Un budget 2012 à oublier, rapidement ?

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Le budget 2012, dont l'essentiel a été présenté, paraît bien singulier pour une loi de finances de fin de quinquennat. Habituellement, les impôts sont augmentés en début de mandat et diminués à l'approche des élections majeures. Nicolas Sarkozy pourra seulement mettre en avant un certain courage...

Soucieux, avant tout, de rassurer les agences de notation et les marchés financiers, en leur prouvant que les déficits publics seront effectivement réduits, Nicolas Sarkozy a-t-il oublié qu'il faisait de la politique ? C'est un bien curieux budget pour une année d'élection présidentielle que François Fillon a présenté mercredi. Certes, il ne s'agit que de son volet « recettes ». Formellement, le projet de loi finances sera présenté courant septembre, après son adoption par le Conseil des ministres. Mais toutes les mesures fiscales sont désormais connues, c'est-à-dire le plus important aux yeux des Français qui ont appris cette série de taxes sur le tabac, l'alcool, les boissons trop sucrées... sans oublier, pour ceux qui épargnent, des prélèvements supplémentaires sur les revenus qui en sont issus. Le gouvernement classe ces hausses d'impôt sur l'épargne dans la catégorie « taxation des hauts revenus ». Pourtant, détenir un contrat d'assurance-vie ne suffit pas pour être riche. Ou alors, la France compte beaucoup, beaucoup de riches.

Pour l'opinion, le budget 2012 risque donc de se résumer à une série de taxes, sans aucun signal positif. Comment s'appuyer sur de telles décisions pour mener campagne ? À cet égard, Nicolas Sarkozy se livre à une véritable rupture par rapport aux usages en vigueur depuis trente ans.

De 1978 à 2007, aucune majorité au pouvoir n'a été reconduite à l'issue des élections législatives. Le tempo fiscal des quinquennats est donc alors rythmé par la présentation du bilan forcément calamiteux des prédécesseurs, puis par l'annonce de hausses d'impôts, selon la situation plus ou moins dégradée des finances publiques, hausses bien sûr imputables à la mauvaise gestion de l'équipe précédente. Plus tard, en fin de mandat, à l'approche des élections, les gouvernements cherchent, au contraire, à faire oublier ces potions amères, en allégeant la pression fiscale. En accordant des baisses d'impôts générales et quelques cadeaux ciblés. Édouard Balladur, Premier ministre de 1993 à 1995, candidat à l'élection présidentielle cette année-là, est emblématique de cette pratique. Sitôt arrivé au pouvoir, il charge la barque des dernières années Mitterrand, annonçant un déficit laissé par les socialistes équivalent à 6 % du PIB, un chiffre faramineux pour l'époque. Et d'augmenter dans la foulée la CSG de 1,3 point. Dix-huit mois plus tard, alors que se profile la campagne pour l'élection présidentielle, Édouard Balladur ne manque pas d'insérer quelques sucreries dans le projet de budget pour 1995. Ainsi, la réduction d'impôt dont bénéficient les particuliers employeurs est multipliée par quatre...

L'exemple du quinquennat Jospin est tout aussi significatif. Aidé par Dominique Strauss-Kahn, le Premier ministre socialiste, dès son arrivée au pouvoir, parvient à convaincre les entreprises de payer plus d'impôts afin de qualifier la France pour l'euro.

D'autres prélèvements sont augmentés, face à un trou supposé dans les recettes fiscales. De quoi alimenter la thèse de la gauche « étatophile et dépensolâtre », comme le dira Laurent Fabius. À l'approche des élections, ce dernier est justement appelé à Bercy pour préparer quelques cadeaux fiscaux. Avant de virer à gauche toute en 2005, il assume fin 2000 une baisse significative de l'impôt sur le revenu et, à la surprise générale, la suppression de la vignette automobile. La redevance télé devait disparaître, mais le monde de la culture a peur d'être privé de recettes. Va pour la vignette.

Rien de tout cela avec Nicolas Sarkozy, donc. Après avoir baissé franchement les impôts en arrivant au pouvoir - la fameuse loi Tepa -, le gouvernement est revenu progressivement sur ces allégements (bouclier fiscal, intérêts d'emprunt...). Et, à l'approche de l'élection présidentielle, il va devoir communiquer simplement sur la hausse des taxes. Comment faire campagne sur cette base ? Comment assumer ce budget ? « Tout dépendra de la réponse socialiste », estime le politologue Stéphane Rozès. « Si les socialistes démontrent qu'une autre voie était possible, alors Sarkozy se trouvera en mauvaise posture. Surtout s'ils prouvent que le chef de l'État pouvait résister à la pression extérieure, mieux négocier avec l'Allemagne face à la crise de la zone euro. À l'inverse, si le PS ne convainc pas, Nicolas Sarkozy pourra mettre en avant son courage, le fait qu'il est prêt à endosser des mesures impopulaires afin de redresser le pays. »

Le mieux, pour Nicolas Sarkozy, serait peut-être de faire oublier rapidement ce budget. En présentant un programme économique suffisamment convaincant pour le quinquennat à venir. Tâche ardue.

 

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