Mesurer vraiment les inégalités, avant de les réduire

Les inégalités ont explosé aux Etats-Unis. L'appareil statistique permet de les mesurer précisément. En France, l'Insee ne diffuse que des informations partielles, peu détaillées. L'institut de la statistique devrait mieux informer le public, et le gouvernement fournir aux parlementaires un rapport annuel détaillé.

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DR (Crédits : Patrick Sordoillet)

Contrairement à un discours infiltrant les esprits, "l'assistanat" (insulte remplaçant désormais le mot "solidarité") n'est nullement "un cancer", bien au contraire. Sans masquer le besoin de combattre tout type de fraude, cette solidarité permet en fait de lutter contre les inégalités, gangrène de la société mais également de notre système économique.

Le "financiarisme" a remplacé aux Etats-Unis le capitalisme fordien au début des années 1980. Il se caractérise principalement par : la croissance du système financier au détriment de "l'économie réelle", la suppression de la régulation financière, la surdistribution de revenus aux actionnaires au détriment de l'entreprise, la mise en place de principes comptables d'imprudence, la valorisation de la rente et de l'héritage sur le travail, la mise en concurrence internationale des salariés et, plus généralement, le fait de privilégier systématiquement le court terme sur le long terme.

Une conséquence majeure du financiarisme est donc la compression des revenus d'une vaste majorité de la population, qui a entraîné une explosion des inégalités. Les Etats-Unis remportent la palme : les 1% des foyers gagnant le plus (top 1%, 1,5 million de ménages gagnant plus de 370 milliers de dollars par an) qui s'adjugeaient 9% du revenu total national en 1975 en absorbent désormais 24% en 2007, soit leur niveau exact de 1928. A l'intérieur, les inégalités règnent : le seul top 0,1% a vu sa part passer de 3% à 12% du revenu national, et le top 0,01% (15.000 ménages gagnant plus de 9 millions de dollars) est passé de 1% à 6% des revenus.

Plus généralement, on constate que le top 1% a absorbé à lui seul 65% de toute la richesse créée durant la période 2002-2007. La population américaine a donc été obligée de recourir à l'endettement pour maintenir son niveau de vie, atteignant même des taux d'épargne nuls et vivant grâce à celle de paysans chinois - nous redécouvrons donc sans surprise en ce moment que le malheur est dans le prêt...

En France, au contraire, il n'y a pas eu une telle explosion des inégalités. La part du top 1% (plus de 125.000 euros) est seulement passée de 7% en 1984 à 9% en 2007, bien loin des 17% de 1928. Seul le top 0,01% (3.500 "happy few" gagnant plus de 1 million d'euros) a vu sa part doubler, mais elle ne représentait en 2007 "que" 0,8% du total. On observe également que ce qu'a gagné le dernier décile a été perdu par l'avant-dernier ; étrange système où les dirigeants siphonnent la part de leurs cadres supérieurs, démotivant ainsi leurs principaux soutiens...

Ainsi, en France, seule une poignée s'est véritablement enrichie, sans effet macroéconomique majeur. Plus que le montant des rémunérations, c'est surtout le système d'incitations perverses qui incite à prendre des risques sans en supporter les conséquences (pile je gagne, face je ne perds rien), qui pose véritablement problème.

Ces chiffres proviennent principalement d'études de Thomas Piketty et Emmanuel Saez. L'Insee ne communique pratiquement aucune donnée fine et détaillée sur les inégalités de revenus - un comble à l'heure de l'informatique. C'est pourtant une des conclusions de la commission Stiglitz, qui a entraîné quelques intéressantes études ponctuelles de l'Insee.

Deux propositions pour conclure :
1/ Il faudrait mettre à disposition du public des données extrêmement détaillées sur la distribution des revenus, des patrimoines (beaucoup plus concentrés que les revenus, 10 % de la population possédant 50 % du total) et de l'épargne nouvelle.
2/ À l'occasion du vote du budget, Bercy devrait fournir au Parlement un rapport annuel sur les inégalités, comprenant l'évolution d'indicateurs chiffrés (comme l'indice de Gini) afin de juger objectivement des résultats des politiques menées.

Au-delà des mots, nous ne pourrons combattre les inégalités dans les faits que par notre capacité à les mesurer objectivement. Le système ne privilégiant que l'égalité a sombré en 1989. Nous vivons actuellement la chute du système basé sur la seule liberté. Puissions-nous rebâtir avant qu'il ne soit trop tard un système d'économie sociale de marché équilibré et conforme à la devise que notre peuple s'est choisie : "Liberté, Égalité, Fraternité".

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Commentaires 2
à écrit le 26/10/2011 à 12:41
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"L'assistanat" (insulte remplaçant désormais le mot "solidarité") donne le ton de l?article. S?il est effectivement indispensable d?aider tout un chacun affrontant une situation critique à raison d?un accident de la vie, faut-il encore que cette aid...

le 16/02/2012 à 10:55
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Discours 0% factuel, 100% idéologique. Et quelle idéologie (planquée sous une couverture pseudo-rationnelle, farcie de clichés) ! Ca vous dit quelque chose à vous, "Liberté, Egalité, Fraternité" ? Je vous rappelle que les 3 vont ensemble en France......

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