Dettes publiques : la tentation de faire payer l'étranger

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Quand les créanciers sont de lointains inconnus, la tentation est beaucoup plus forte de couper simplement le nœud gordien de la dette en la reniant. En 2007 et 2008, les propriétaires de maison retardaient leurs paiements : c'est maintenant au tour des gouvernements.

Encore aujourd'hui, le monde financier est menacé d'une réplique du séisme de 2008, et ce, à une échelle encore plus catastrophique. Mais les chocs financiers rayonnent cette fois-ci autour de l'épicentre de l'Europe et non des États-Unis. Les mécanismes financiers en cause ne sont plus ici des produits financiers complexes, mais un des plus anciens instruments financiers du monde : les obligations gouvernementales. Pendant que les Etats et les banques centrales entament une course frénétique contre la montre pour trouver une solution, une profonde dynamique psychologique va à l'encontre d'un règlement ordonné des problèmes de dette souveraine : une nation n'aime pas reconnaître ses dettes envers des étrangers.

Quand les créanciers sont de lointains inconnus, la tentation est beaucoup plus forte de couper simplement le noeud gordien de la dette en la reniant. En 2007 et 2008, les propriétaires de maison retardaient leurs paiements ; c'est maintenant le tour des gouvernements. Le prêteur est loin et anonyme dans les deux cas. Les titres hypothécaires américains n'étaient plus détenus dans une banque locale, mais ficelés en instruments financiers ésotériques pour être revendus mondialement, comme la dette souveraine grecque, en grande partie due à des étrangers. Car la principale question déterminante si un État peut soutenir sa dette est la suivante : à qui la doit-il ?

Ce paramètre influe grandement sur la régularité et la promptitude à régler les intérêts d'une dette. Les monarchies française et espagnole du début du XIXème siècle ont, la plupart du temps, déclaré leurs fréquentes et spectaculaires banqueroutes sur des dettes extérieures. Les Pays-Bas et l'Angleterre ont toutefois pris une voie différente. Ces pays dépendaient beaucoup moins des créanciers étrangers que des prêteurs du pays. La Glorieuse Révolution en Angleterre a amené avec elle une révolution du monde de la finance. Plus précisément, la reconnaissance des droits du Parlement - la classe prêteuse - à exercer un contrôle du budget.

En bref, la révolution financière du monde moderne s'est construite sur un ordre politique, antérieur à la transition achevée de la démocratie universelle, dans lequel la classe politique était composée de créanciers. Beaucoup de pays ont adopté ce modèle qui est devenu le fondement d'un système financier moderne et stable.

Après 1945, les États industriels prospères se finançaient majoritairement à l'intérieur de leurs frontières. Mais en cours de route, une nouvelle donne est apparue. La libéralisation des marchés financiers amorcée dans les années 1970 a permis aux gouvernements d'accéder à de nouvelles sources de financement. Dans le milieu des années 1980, les États-Unis se sont mis à emprunter plus qu'ils ne prêtaient à l'étranger pour financer leur dette.

L'Europe a emprunté le même chemin. La promotion de la zone monétaire s'est faite sur la plus grande facilité d'emprunt qu'auraient les membres de l'Union européenne. Avant la fin des années 1990 et de l'avènement de l'Union monétaire, la grande partie de la dette souveraine des Etats membres était détenue à l'échelon national. C'est ainsi qu'en 1998, les étrangers ne détenaient qu'un cinquième de la dette souveraine. Cette part s'est accrue rapidement au lendemain de la création de l'euro. En 2008, à l'aube de la crise financière, les trois quarts de la dette du Portugal, la moitié de celle de l'Espagne et de la Grèce, et plus de 40% de celle de l'Italie étaient détenus à l'étranger.

La tentation politique de transférer le fardeau de la dette à des étrangers croît à mesure de la portion de la dette payable à l'étranger. Le leitmotiv des économistes voulant qu'une union budgétaire doive accompagner une union monétaire cache une vérité plus profonde à propos des dettes et des obligations : une dette souveraine est rarement honorée si on ne retrouve pas au sein de la nation qui emprunte un sens des responsabilités communales ou collectives. Car c'est par ce mécanisme que diminue l'attrait d'une expropriation des créanciers et qui rend les emprunts plus sûrs et moins coûteux.

En fin de compte, une Europe solidaire du fardeau de la dette est la seule option viable pour sortir de la crise actuelle. Mais ceci requiert une centralisation des responsabilités et des contrôles politiques sensiblement plus importante que celle que les Européens semblent prêts à vouloir réaliser maintenant. Et c'est pourquoi un grand nombre d'entre eux risquent de payer beaucoup plus cher pour obtenir du crédit à l'avenir.

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Commentaires
a écrit le 08/10/2011 à 20:10 :
De toute façon la dette publique de la France ne pourra pas être remboursée...
a écrit le 06/10/2011 à 20:45 :
Vous n'avez pas parlez de la dette de l'état français vis a vis des epargnants français aux alentours de 800 milliards d'euros!ON efface là aussi!Sans oublier que le reste de la dette n'est pas forcemment detenue par des etrangers individuels!Un fond de pension US ou souverain ça peut faire du bruit, surtout si ils s'unissent et sont plusieurs et par la suite se retrouvent nombreux à le faire !Eux plus nous epargnants français à réclamer notre du ça fait tres lourd!Vous prennez le relais pour expliquer ce qui peut se passer???

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