"Dans toute la fonction publique, on est à l'os ! "

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Jean-Claude Mailly réclame une pause dans la Révision générale des politiques publiques qui ne cesse, selon lui, de dégrader la qualité du service public.

Du 13 au 20 octobre, plus de 3 millions de fonctionnaires sont appelés à voter pour renouveler leurs représentants dans les instances de concertation de la fonction publique. Etes-vous confiant ?

Nous sommes confiants. Mais l'élection, c'est l'élection. Nous verrons bien les résultats. Résultats qui devront également être analysés d'un oeil nouveau car c'est la première fois qu'on organise une élection en tir groupé. Comme ce sont des élections dans la fonction publique, ce sont les fédérations de FO qui ont fait le travail sur le terrain. Elles s'y sont préparées depuis les dernières élections professionnelles et nous présentons des milliers de candidats. En tant que confédération, nous intervenons dans la ligne droite. C'est pourquoi j'ai intensifié depuis la rentrée mes déplacements sur le terrain.

Ces élections professionnelles sont soumises à de nouvelles règles de représentativité syndicale. Cela change-t-il la donne ?

Ces nouvelles règles ont transformé les organisations syndicales en machines électorales, ce qui accentue inévitablement la concurrence entre nous. Et nous oblige à consacrer beaucoup de temps à faire campagne auprès des fonctionnaires. J'ajoute que ces élections sont les premières depuis la mise en place de la Révision générale des politiques publiques (RGPP).

Est-ce à dire que vous comptez sur le discours très critique de Force ouvrière à l'égard de la RGPP pour engranger davantage de voix ?

Je rappelle que nous nous battons contre la RGPP depuis son démarrage en 2007 et que cette question figure dans la campagne. Nous avons certes obtenu des résultats de manière ponctuelle, mais pas ce que nous demandons depuis le début, à savoir un arrêt de la RGPP. Aujourd'hui, il faut faire une pause. Car je l'ai vu lors de mes différentes visites dans les commissariats, les écoles, les prisons, les hôpitaux..., tous ont en commun des tensions budgétaires liées à la RGPP. Elle entraîne une dégradation des conditions de travail et, par ricochet, impacte les usagers. Dans toute la fonction publique, on est à l'os ! C'est particulièrement vrai à l'hôpital où la loi Hôpital, santé, patients, territoire (HPST) a accentué les choses. Les questions budgétaires l'emportent sur le reste. Lorsque l'on sait qu'à l'hôpital la masse salariale représente environ 67 % du budget, c'est là qu'on compresse en premier les coûts. Un exemple : dans les établissements pour personnes âgées dépendantes, les aides-soignantes ont sept minutes montre en main pour s'occuper d'une personne, c'est-à-dire la lever, la laver et l'habiller. Au final, le personnel n'est pas satisfait de son travail et les familles sont mécontentes. La qualité du service public est mise à mal.

Qu?allez-vous faire ?

Compte tenu de l?urgence, nous allons demander au ministre de la Santé, Xavier Bertrand, de faire quelque chose. Il faut par exemple modifier les modes de tarification dans les hôpitaux. Si la tarification à l?activité (T2A) fonctionne pour certains actes médicaux, elle est totalement inadaptée dans d?autres. Un exemple : le service des grands brûlés à l?hôpital de Marseille a été contraint de fermer des lits? car il manquait de personnel. Les hauts- fonctionnaires de la fonction publique le voient, mais ne peuvent le dire car ils ont un devoir de réserve. C?est pourquoi il faut un vrai débat en France sur le rôle et les missions du Service public dans la République. En 2007, quelques mois après son élection, Nicolas Sarkozy s?y était engagé? mais rien n?a été fait. C?est pourquoi je tire la sonnette d?alarme. Et j?interpellerai les candidats à l?élection présidentielle sur le sujet.

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Commentaires
a écrit le 21/10/2011 à 7:19 :
j'avoue ne pas comprendre : on est à l'os dans la fonction publique mais les dépenses publiques représentent 56% du PIB soit 10 points de plus que l'Allemagne et 10 points de plus que le niveau atteint en France à l'époque à laquelle les finances publiques étaient encore équilibrées, c'est à dire il y a plus de 30 ans. Le journaliste qui a interviewé Mailly pourrait peut-être nous donner qqs explications
a écrit le 20/10/2011 à 16:39 :
Beaucoup de réactions
Tout simplement:
Le secteur public est à l'os, FO en parle
Le secteur privé est à la moelle, FO n'en parle pas

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