Triple A : tel est pris qui croyait prendre...

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L'édito de la Tribune

L'heure de vérité approche pour la zone euro : la Grèce avec Lucas Papadémos, l'Italie avec Mario Monti et l'Espagne dans une semaine avec Mariano Rajoy, le leader de la droite qui succédera probablement à un Zapatero démonétisé : le paysage politique se clarifie dans les pays atteints par la crise, avec une alternance systématique du pouvoir qui, en Grèce et en Italie, restera à confirmer par des élections. Le risque politique qui pèse sur l'avenir de l'euro va donc demeurer, pour de longs mois encore, une source d'instabilité sur les marchés. Ceux-ci doutent de la capacité des dirigeants européens de sortir du triptyque infernal déficits-rigueur-récession et exigent pour prix de leur défiance des primes de risque exorbitantes sur les emprunts de ces États. Schizophrénie suprême, ces taux d'intérêt prohibitifs aggravent, voire rendent inévitable dans le cas de la Grèce, leur insolvabilité.

Ce piège redoutable, duquel la zone euro ne parvient pas à s'extirper depuis le déclenchement de la crise de la dette à l'automne 2009, menace désormais directement la France. « Nous sommes en guerre contre les marchés financiers », a déclaré vendredi Bruno Le Maire, le ministre de l'Agriculture en charge du projet UMP pour 2012, en réponse à l'incident provoqué par l'agence de notation Standard & Poor's qui a annoncé « par erreur » la dégradation de la France. Depuis, la défense contre cette prophétie autoréalisatrice s'est organisée et le gouvernement a détourné l'attention en accusant le candidat socialiste, François Hollande, de « défaitisme » pour avoir fait siennes les positions exprimées par Jacques Attali dans notre édition de jeudi 10 novembre : parce qu'elle doit désormais emprunter au double du taux d'intérêt payé par l'Allemagne à 10 ans, la France ne fait plus partie, dans l'esprit des investisseurs, des pays notés triple A.

Est-il « irresponsable », comme a accusé la ministre du Budget, Valérie Pécresse, de constater que la France est cotée pratiquement au même niveau que la Belgique, notée AA+ ? Et que dire de l'Italie, récemment dégradée de Aa2 à A2 par Moody's, qui doit désormais s'endetter à plus de 7 % alors même que ce pays dégage un excédent primaire de son budget, ce qui n'est pas arrivé à la France depuis l'an 2000 ? L'irresponsabilité ne serait-elle pas plutôt du côté du gouvernement qui, plan de rigueur après plan de rigueur, ne parvient pas à calmer les inquiétudes de nos créanciers ?

Plus le temps passe, plus il apparaît que la croissance sera en 2012 inférieure à la prévision révisée à 1 %. Le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Olli Rehn, vient de le signifier gravement au gouvernement : il faut faire encore des efforts. Tous les économistes le disent : il faudrait au moins 30 milliards d'euros d'économies en 2012 pour crédibiliser le retour du déficit à 3 % en 2013. Nicolas Sarkozy, tout à sa campagne présidentielle, n'a fait que la moitié du chemin. Il est donc mal placé pour donner des leçons de bonne gestion aux Grecs et aux Italiens. Et en renvoyant la rigueur budgétaire dans le but du camp adverse, le gouvernement joue les pompiers pyromanes.

Il reste encore six mois avant l'élection présidentielle, et trois mois avant que Moody's ne rende en février son verdict sur le maintien ou non du triple A de la France. Largement le temps de faire ce qu'il faut pour le conserver, plutôt que de passer son temps à reprocher à ses adversaires politiques quelque chose dont on est soi-même... responsable. « Tel est pris qui croyait prendre » : le piège du triple A, que Nicolas Sarkozy a tendu à son adversaire socialiste, risque bien, si cela finit mal, de se retourner contre lui-même.

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