Markus Kerber : « L'euro est trop cher pour le Portugal et trop bon marché pour l'Allemagne »

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Markus Kerber a introduit un recours devant la cour de Karlsruhe contre l'aide à la Grèce et un autre contre la politique de la BCE devant la Cour de justice européenne.

Markus Kerber professeur de finances publiques et d'économie à l'université de Berlin, fondateur du think tank Europolis

Pourquoi avez-vous introduit un recours contre la Banque centrale européenne (BCE) devant la Cour de justice européenne ?

Je suis convaincu qu'il faut un moyen de contrôle sur la BCE qui commence à créer son propre droit. Tout le monde reconnaît qu'elle agit complètement en dehors de ses limites. J'ai pris cette initiative pour savoir si l'on souhaite vraiment laisser la BCE être maître de l'état d'exception, en décréter les conditions préalables, en prescrire les mesures et même en décider la durée... En tant que juriste de formation et économiste, cela me donne la nausée.

Que reprochez-vous concrètement à la BCE ?

La BCE a un seul mandat : la politique monétaire. Elle a même le monopole en la matière. Un monopole qui va de pair avec son indépendance politique totale. Elle ne doit pas être sujette à une quelconque instruction de la part d'un gouvernement. À partir du moment où, sous la pression ou pas d'un gouvernement, elle continue une politique d'achat de bons d'État, elle entame une action ayant visiblement des considérations fiscales. Elle fausse la concurrence sur le marché des capitaux. Or le jeu que nous avons institué dans la conception de la BCE veut que ce soient les marchés seuls qui déterminent le prix des émissions de la dette souveraine.

Comment alors sortir de cette crise et sauver l'euro ?

Au début, j'étais favorable à la création d'une monnaie unique mais l'euro est aujourd'hui inadapté. La zone euro dans sa configuration actuelle n'est pas défendable et ne peut pas survivre. Non seulement en raison de cette grande crise de la dette mais également en raison du différentiel de compétitivité entre ses différents membres. L'euro est trop cher pour le Portugal et trop bon marché pour l'Allemagne. Il faut une politique d'austérité ainsi qu'une politique de croissance. Il faut soit faire rétrécir la zone euro, soit trouver un mécanisme permettant d'adapter la configuration à ce que j'appelle une zone de monnaie régionalisée.

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