A Strasbourg, les élus célèbrent la renaissance d'une collectivité alsacienne

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Une poupée vêtue d'un costume traditionnel alsacien est suspendue à un drapeau lors d'une manifestation pour protester contre le projet d'unification des régions d'Alsace, de Lorraine et de Champagne-Ardenne.
Une poupée vêtue d'un costume traditionnel alsacien est suspendue à un drapeau lors d'une manifestation pour protester contre le projet d'unification des régions d'Alsace, de Lorraine et de Champagne-Ardenne. (Crédits : Reuters)
La création d'une "Collectivité européenne d'Alsace", qui doit remplacer en 2021 les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, marque une victoire d'étape dans le combat des élus locaux contre la région Grand-Est, mal digérée en Alsace.

"C'est une journée historique pour l'Alsace et pour les Alsaciens. Il y a quelques mois encore, on n'aurait pas imaginé la création d'une collectivité d'Alsace". De retour de Paris dans la soirée du lundi 29 octobre, où une délégation d'élus locaux venait de rencontrer Edouard Philippe et des membres de son gouvernement, la Colmarienne Brigitte Klinkert célébrait sa victoire. Aux côtés de Frédéric Bierry, son homologue président (LR) du département du Bas-Rhin, la présidente (Divers Droite) du conseil général du Haut-Rhin a consacré une année entière à tenter de convaincre les exécutifs nationaux de conférer aux collectivités alsaciennes de nouveaux "super-pouvoirs".

Les deux départements, dont les sièges sont à Strasbourg et à Colmar, voulaient mieux distinguer leur action publique, diluée depuis la réforme territoriale de 2016  dans les frontières élargies du Grand-Est. Leur victoire, c'est la promesse de la création en 2021 d'une "collectivité Européenne d'Alsace". Ce département aux compétences élargies récupérera l'action transfrontalière, la promotion du bilinguisme, la promotion économique et touristique, des compétences sur le transport routier et certains projets ferroviaires. "Il y a un autre symbole auquel les habitants sont attachés : les plaques minéralogiques retrouveront le logo de l'Alsace", promet Frédéric Bierry.

Vers une nouvelle entité alsacienne

Initiée par les mouvements régionalistes avant d'être récupérée par les partis de tous bords, la colère grondait depuis 2015. L'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron a douché les espoirs d'un détricotage du Grand-Est et d'une renaissance de la région Alsace : le président élu a rappelé qu'il n'était pas question de toucher à la carte des régions redessinées. Les deux conseils départementaux se sont alors entendus pour mener ensemble des actions de lobbying. En juin cette année, ils ont obtenu la rédaction par le préfet de Région Jean-Paul Marx d'un rapport sur l'évolution possible des collectivités territoriales. Après plusieurs visites ministérielles et le rendez-vous de ce lundi à Matignon, la première manche est gagnée. Reste à ratifier le projet dans deux délibérations des assemblées départementales, et à attendre la publication d'un décret qui créera la nouvelle entité. Les deux préfectures actuelles seront maintenues à Strasbourg et à Colmar.

La promotion du bilinguisme est vue, à l'intérieur de l'Alsace, comme une politique essentielle de développement culturel. Elle s'adresse aussi à des milieux économiques : avec moins de 4% de chômage, la région voisine du Bade-Wurtemberg est un pourvoyeur net d'emplois pour les travailleurs alsaciens. Mais l'adéquation entre l'offre et la demande bute sur des problèmes linguistiques. La future collectivité pourra donc embaucher des enseignants... si elle en trouve : l'Education nationale est, elle aussi, confrontée à cette pénurie. L'Alsace entend aussi régler des problèmes de transport qui découlent parfois de la proximité avec l'Allemagne. "Nous demandons un mécanisme de régulation du transit des poids lourds sur notre axe nord-sud. Nos routes sont surchargées depuis la mise en place d'un péage routier en Allemagne", rappelle Brigitte Klinkert.

Maintenir la cohésion politique autour du projet

Dans le dossier épineux de la promotion économique, les équilibres locaux menacés par la loi NOTRe pourraient être rétablis. L'Adira, agence territoriale de développement économique placée sous la houlette des départements, se sentait menacée depuis la réforme territoriale de 2016. "En juillet 2018, le tribunal administratif a jugé nos financements illégaux", rappelle son directeur général Vincent Froehlicher. Dépendante à 90% des conseils départementaux, ses soutiens financiers étaient contraires au principe qui veut que les régions soient désormais chef de file de l'action économique. L'Adira, dont le budget s'élève à 4 millions d'euros sera désormais financée par toutes les collectivités ."Il ne faut pas casser ce qui fonctionne", estime Robert Herrmann, président (PS) de l'Eurométropole de Strasbourg, un territoire dont l'attractivité justifierait pourtant des activités de promotion et de prospection spécifiques. Les élus se sont entendus pour sauver l'Adira : en Alsace, l'organisation de la promotion économique territoriale a été mise en place... à l'aube des trente glorieuses.

Après avoir paraphé ce lundi l'acte de projet de la collectivité européenne d'Alsace, les élus locaux vont s'atteler à une tâche plus ardue : maintenir leur unanimité autour de ce projet. De manière peut-être anecdotique, le maire de Colmar Gilbert Meyer (LR) réclame déjà pour sa ville le siège de la nouvelle entité. "Pas question", répondent en substance les Strasbourgeois. Car le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, malgré leur "désir d'Alsace" partagé, se sont longtemps regardés en chiens de faïence. En 2013, un précédent projet de création d'une collectivité unique d'Alsace avait été soumis à référendum. La population l'avait rejeté. "Le contexte était différent, c'était avant la création du Grand-Est", rappelle Frédéric Bierry. Une partie de la population n'a pas digéré l'intégration dans cette entité "grande comme deux fois et demie la Belgique", dans laquelle les autorités alsaciennes ont dû composer avec des élus lorrains et champardennais.

Des voisins sur lesquels les Alsaciens ont eu tendance à porter un regard méprisant... Sans entrer dans des querelles de voisinage, les élus lorrains le leur rendent bien. "On va s'adapter tout en poursuivant la construction de l'espace plus vaste qu'est le Grand-Est", relativise François Werner, vice-président (UDI) du Conseil régional du Grand-Est et maire de Villers-lès-Nancy. Mais plusieurs autres élus, dont le Nancéien André Rossinot (ex-Parti radical, rallié à LREM), ont exprimé dans la presse locale leur embarras face à l'insatisfaction permanente des Alsaciens. "Leur désir d'Alsace, c'est du réchauffé. (...) Moi, je milite pour un désir de Lorraine, et je demande un effort pour la Lorraine et le Sillon lorrain", a prévenu le président de la métropole du Grand Nancy.

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a écrit le 31/10/2018 à 21:29 :
La France est un grand pays uni avec toutes ses belles régions.

L’histoire c’est l’histoire comme le passe est le passé

Bien sûr que les régions riches peuvent être solidaires des régions ou il y a moins d’emploi : c’est un même pays non ?

Après les voisins... c’est à l’extérieur de la France : ça reste des voisins...

Je ne comprends pas le délire de certains ... l’union fait la force d’un pays : Lorrain ,Alsacien , Parisien ou Corse... c’est la France et ses couleurs.
Rendez vous en Alsace pour le marché de Noël : vin chaud &Bredele😋
a écrit le 31/10/2018 à 18:44 :
Nous avons refusé l'unification des deux départements . Les "politiques" ne l'ont pas admis donc ils trouvent un système pour contourner la volonté du peuple.

Encore une fois!!!!
Réponse de le 31/10/2018 à 21:02 :
La prochaine fois votez contre la feuille de route de Bruxelles adressée au pays France qui prône les euro-régions et vous aurez à nouveau la main.
a écrit le 31/10/2018 à 16:05 :
tu parles d'une victoire : un emballage concotée par Jacqueline sans consultation de la base ! Ce sont les autonomistes qui se battus pour sortir l'Alsace du Grandest dont on apprend les modestes résultats de M. Rottner et Co. et non pas de créer un millefeuille supplémentaire par le trio LR-PS-LREM pou cause électorale, ces mêmes surdoués ayant dit oui sur le redécoupage territorial du Grand Est par le trio Hollande-Valls-Macon entre deux tours de scooter rue du Cirque !
a écrit le 31/10/2018 à 15:14 :
Il eut été plus astucieux de fusionner l'Alsace et le Bade Wurtemberg :)
a écrit le 31/10/2018 à 13:24 :
un premier pas avant de devenir allemands ?
Réponse de le 31/10/2018 à 17:47 :
On a rien demandé.Jamais.On nous a imposé la nationalité française après la guerre de 30 ans et Mulhouse a subit un blocus par l’armée française en 1798 pour l’obliger à devenir française.
Jusqu’en 1950 90% de la population alsacienne parlait uniquement l’allemand.
Laissez nous en paix récupérez vos impôts et nous nous organisons comme nous voulons loin du soleil éblouissant de Paris...
Réponse de le 01/11/2018 à 15:20 :
Mais que faites vous donc en France depuis tout ce temps alors?
Si ça vous est insupportable, un aller simple et tchao !
a écrit le 31/10/2018 à 13:12 :
En 2013, les journaux titraient "Echec du référendum alsacien : "Un signe fort pour la classe politique en place"
La fusion du conseil régional d'Alsace avec les deux conseils généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin n'aura pas lieu."

Aujourd’hui on célèbrent le piétinement de ce référendum, un de plus !

Il n'y a pas de "Le contexte était différent, c'était avant la création du Grand-Est" qui vaille, car il n'y a eu aucun référendum pour nous demander notre avis là dessus, non plus.

Mais si le Grand-Est les horripile, et il est question de la promotion du bilinguisme, l'étape suivante, ce sera la fusion avec le Bade-Wurtemberg peut être ?!
Réponse de le 31/10/2018 à 17:48 :
pourquoi pas
Réponse de le 01/11/2018 à 15:12 :
Un aller simple vers l'Allemagne vous est conseillé
a écrit le 31/10/2018 à 13:03 :
La fin de l'article est indigne d'un journaliste, nous ne porte pas un regard condescendant sur nos voisins et ce d'autant que dans une France qui taxe tout ce qui respire, nous avons besoin de nos autres voisins les Suisse et Allemands pour maintenir notre economie à flot.
Si on veut sortir du Gros Tesque c'est que ca genere des depenses supplémentaires au lieu de permettre des économies, augmente le mille-feuille administratif, rend les déplacements encore plus longs et polluants jusqu'à Nancy ou Chalons, et que chaque région a son bassin de vie propre et ses besoin spécifique : l'Alsace vers le bassin rhénan, la Lorraine vers la Sarre et le Luxembourg, la Champagne vers Paris.

Le Gros tesque n'a été voulu que par des jacobins centralisateurs qui cherchent à dissoudre tout 'pouvoir' local, ete surtout pas federal, de meme que les élus departementaux qui gardent leur grasses pensions que tout le monde paie.
a écrit le 31/10/2018 à 9:48 :
Que ce positionnement alsacien est pitoyable ! La médiocrité dans sa plus grande dimension ! Après que le département 68 (Colmar) ait fait capoté le référendum d'unification de 2013 en votant principalement NON, les voilà d'accord avec leurs frères du 67 mais pour avoir la capitale à Colmar.
Ces gens ne seront jamais français. Qu'on se sépare définitivement de ces deux départements. Les Lorrains, Champenois et Ardennais seront très heureux de se retrouver entre Français !!
a écrit le 31/10/2018 à 7:55 :
La "Collectivité EUROPÉENNE d'Alsace"...on croit rêver !!! dorénavant les européistes destructeurs de la France avancent à découvert. Et le 11 novembre, pas de commémoration militaire pour ne pas froisser l'Allemagne. Quelle honte !!
Réponse de le 31/10/2018 à 13:02 :
Vivre dans le dogme des siècles passés ne fera pas avancer l'humanité. Si vous voulez faire la guerre, de nombreux pays en souffrent, allez y, vous n'avez que l'embarras du choix. Votre nationalisme mal placé fera la ruine de la France.
Réponse de le 31/10/2018 à 17:54 :
1918 ,350 000 soldats alsaciens portaient l’uniforme allemand et 15 000 l’uniforme français .Les alsaciens pleurent leurs morts et ne fêtent pas la victoire.
1 ère guerre mondiale : une bêtise qui a coûté cher à l’Europe.Faudrait dorénavant éviter ce nationalisme exacerbé.L’Europe unie contre la Chine voilà le défi.
a écrit le 31/10/2018 à 7:48 :
Nous avions déjà la Corse, nous voilà avec l'Alsace sur les bras...Ou comment organiser le bazar...
a écrit le 30/10/2018 à 21:05 :
M Rossinot veut juste faire payer le développement du sillon lorrain par les alsaciens. Vivement que l’Alsace sorte du Grand Est.
Pourquoi donc les lorrains ne veulent ils pas laisser à l’Alsace la possibilité de quitter le Grand Est pour redevenir une région à part entière?
a écrit le 30/10/2018 à 21:00 :
Un premier pas dans la bonne direction après le découpage des régions imposépar F Hollande.
Aucune communauté de destin entre les Alsaciens et les Lorrains.
L’économie la langue la proximité géographique font que l’Alsace est tournée vers l’Allemagne et la Suisse.
Un peu de fédéralisme ferait le plus grand bien à la France.
Les alsaciens veulent juste gérer leurs affaires sans que les lorrains ou les parisiens s’en mêlent.
Mais est ce possible dans le pays des droits de l’Homme et des libertés....?
a écrit le 30/10/2018 à 20:18 :
Très sympa pour le reste de la région grand Est, déjà que la Champagne Ardenne, avec cette région a vu tout partir vers l'Alsace, pour le meilleur et le pire (l'offre santé souffre en Champagne Ardenne, alors que le ferroviaire, il y a du mieux en TER, mais du pire en national TGV, Strasbourg n'en a rien à faire si la desserte TGV de la petite bourgade de Reims devient totalement incohérente au prochain service).
Réforme bâclée, enfin réforme à la sauce hollandaise
a écrit le 30/10/2018 à 19:19 :
Encore une nouvelle couche administrative !

Je ne comprends pas comment le gouvernement a pu autoriser ça.
Réponse de le 30/10/2018 à 20:35 :
Vous le faites exprès ? C'est comme de dire que 2-1+1=3...
a écrit le 30/10/2018 à 18:44 :
Le maire de COLMAR va se faire un plaisir de vous saborder votre belle unité de la même façon qu'il a fait échouer le dernier référendum sur l'unification des deux départements.
a écrit le 30/10/2018 à 18:04 :
C'est bien la peine d'avoir démembré les 22 régions, si c'est pour les reconstituer à l'intérieur des neo-régions. Et ça va déséquilibrer encore plus la région Grand Est qui peine à trouver un modus vivendi.

Voilà qui met en évidence une fois de plus la stupidité nocive de cette réforme bricolée sur un coin de table.
Il fallait supprimer les départements mais garder les régions telles quelles. Elles avaient une cohérence géographique, économique, culturelle, voire linguistique que n'auront jamais un territoire qui va de Paris à la frontière belge, luxembourgeoise, allemande et même suisse.

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