Le chinois CATL et l'américain Tesla ont-ils signé la mort du cobalt  ?

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(Crédits : Reuters)
CHRONIQUE. Le choix des deux producteurs de substituer au cobalt une technologie fer-phospate dans leurs batteries va peser sur les producteurs miniers de cobalt les plus fragiles. Par Didier Julienne, spécialiste des marchés des matières premières (*).

C'est fait, CATL et Tesla ont annoncé que les batteries des véhicules électriques de la marque éponyme produites en Chine ne contiendront pas de cobalt. Ils fonctionneront avec la technologie plus robuste fer-phosphate.

Pourquoi ? Pour une raison de coût, mais aussi pour ne pas être pris dans la nasse de l'infox sur les « métaux rares ». À force d'avoir crié au loup sur des métaux tel le cobalt, la substitution s'est mise en marche.

En attendant les batteries à lithium solide

Est-ce la fin du cobalt dans les batteries ? Cette substitution évite des surcoûts financiers et cherche à protéger de l'image associée à l'exploitation du cobalt. Elle est surtout une déviation pour éviter autant que faire se peut les batteries Nickel-Cobalt-Manganèse et aborder le plus rapidement possible l'étape suivante, celle des batteries à lithium solide ; voire plus loin une autre destination les batteries sodium.

Qui pâtira de ce mouvement d'éloignement du cobalt ? Il n'est pas certain que tous les constructeurs de batteries suivent cette voie sans cobalt. Toutefois, que ce mouvement d'éloignement soit important ou pas, les producteurs de cobalt en souffriront, mais pas ceux auxquels on pense. En effet, les mines industrielles établies en République Démocratique du Congo (RDC) sont en deuxième ligne, car leur production primaire est le cuivre, le cobalt n'est qu'un produit secondaire qui améliore les marges sans pour autant les construire. Les premières victimes seront donc les mineurs artisanaux de RDC spécialisés dans le cobalt.

Calamité destructrice pour les petits producteurs

Entre Kolwezi et Lubumbashi, ils vivent grâce à des prix du cobalt élevés. Pour eux, la fake-news des « métaux rares » aura provoqué la substitution et donc une calamité destructrice.

Sans doute penseront-ils à ces amateurs de l'information colporteurs d'infox en répétant la phrase d'Hugo : «  L'ignorance est une réalité dont on se nourrit ; la science est une réalité dont on jeûne. Être un savant et maigrir ; brouter, et être un âne. »

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. Il est aussi auteur sur LaTribune.fr.

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a écrit le 19/02/2020 à 7:00 :
Le choix du lithium phosphate (invention française dont personne ne voulait) est un choix national en Chine où tous les véhicules électriques roulent au lithium phosphate, pour des questions de stabilité de cette technologie moins sujette aux incendie et permettant un nombre de cycles 2 à 3 fois supérieur.
Cependant, la densité énergétique est inférieure de 30% environ...
Quand aux batteries au sodium, autre invention française, elle n'est pas encore au niveau de performance du lithium phosphate (l'industrialisation commence juste, et en France), donc pas d'application à court terme dans les véhicules électriques, mais une remplaçante idéale de la batterie au plomb car plus puissante, plus légère et non polluante, sans parler de l'abondance de la matière première, le sodium, que l'on peut extraire du sel (chlorure de sodium).
Le lobby du plomb va se défendre, comme il l'avait fait pour condamner le nickel cadmium que les français maîtrisaient à la SAFT, nous verrons bien... Le monde de la batterie, enjeu majeur du siècle est sujet à beaucoup d'effets d'annonces et de désinformation...
a écrit le 18/02/2020 à 17:47 :
Quand les batteries sodium-saisplusquoi vont sortir, les producteurs de lithium vont avoir des difficultés. C'est étonnant qu'on conserve nos batteries au plomb pour démarrer nos voitures, question de prix ? Trop "luxe" les batteries de voitures électriques ? Ou le lobby du plomb qui a perdu l'imprimerie (linotypes) et voudrait garder ce marché là.

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