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2016, année charnière pour l'économie africaine

Abdelmalek Alaoui

Publié le 21 mars 2016 à 06:05 - Mis à jour le 25 mars 2016 à 16:54

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Au-delà des images des raids terroristes, des renversements de dirigeants et des batailles politiciennes africaines qui envahissent les écrans médiatiques internationaux, l'an dernier, un événement majeur pour le continent africain est passé quasiment inaperçu : le croisement des courbes des dettes privées et publiques. Une réalité inédite qui ne va pas sans générer de nouveaux dangers pour l'économie du continent, analyse Abdelmalek Alaoui, PDG de Guepard Group (Rabat) et Expert en géoéconomie.

Alors que les dettes des pays africains étaient majoritairement détenues par des institutions multilatérales (FMI, Banque Mondiale) ou par d'autres états, les prêteurs sont désormais en majorité privés, incluant les fonds d'investissements.

Cela signifie que les États africains, s'ils connaissaient un défaut de paiement, pourraient se retrouver à la merci des célèbres « fonds vautours », tels ceux qui ont acculé l'Argentine, empêchant le pays de se financer pendant presque une décennie.

Or, quelques années auparavant, l'Afrique a connu un autre croisement de courbes qui traduisait quant à lui une montée en puissance de son attractivité et de son insertion dans l'économie mondiale.

En 2006, « les flux de capitaux privés vers l'Afrique subsaharienne (ASS) ont dépassé pour la première fois les flux publics, atteignant 50 milliards de dollars, quatre fois plus qu'en 2000 » (In L'intégration de l'Afrique dans l'économie mondiale, sous la direction de Arnaud Bourgain, Jean Brot, et Hubert Girardin, Editions Karthala, Paris, 2014).

Le privé, nouveau centre de gravité de la confiance faite à l'Afrique

En clair, l'on assistait en 2006 à un basculement du centre de gravité de la confiance internationale économique en direction de l'Afrique, se déportant du secteur public et des organismes multilatéraux vers le capital privé.

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Ces deux changements ne sont pas anodins. Pris ensemble, ils traduisent une prise de risque croissante du secteur privé mondialisé dans sa relation avec l'Afrique.

S'ils peuvent, en partie, être expliqués par le niveau du cours des matières premières de l'époque, par la crise financière qui a obligé les investisseurs internationaux à accroître leurs investissements en direction de cette « dernière frontière » qu'est l'Afrique, et par la marche forcée vers la croissance de la Chine, la tendance est suffisamment lourde et substantielle pour affirmer ici qu'un point de basculement a été franchi au niveau de la confiance mondiale accordée à l'Afrique.

Dans ce cadre, tout retour en arrière serait synonyme de catastrophe économique pour le continent et de plongée dans l'incertitude.

Désengagement des "zinzins" et déception côté BRICS

Car si les interlocuteurs économiques mondiaux de l'Afrique sont désormais dans le secteur privé, la capacité de mobilisation des interlocuteurs traditionnels - publics ou multilatéraux - s'est retrouvée, quant à elle, considérablement réduite au cours de la période 2010-2015.

Le FMI comme la Banque Mondiale ont dû allouer une très grande partie de leurs ressources aux divers plans de sauvetages des économies d'Europe du Sud, changeant leurs priorités pour les réorienter vers le Vieux Continent.

Les BRICS, sur lesquelles reposaient nombre d'espoirs de croissance africaine rapide, ont été frappés de plein fouet par la crise, avec à leur tête une Chine qui peine à retrouver une croissance à deux chiffres et qui doit faire face à une profonde reconfiguration interne.

Quant aux économies européennes et aux anciennes puissances coloniales, elles ont désormais les yeux rivés sur la crise migratoire, sur l'atonie de leur croissance interne, et affrontent à la montée des extrémismes et des nationalismes.

Ces trois facteurs leur interdisent de facto d'avoir un agenda ambitieux pour l'Afrique.

Tout juste leur reste-t-il un volontarisme de discours, matérialisé par la multiplication des nouvelles initiatives dirigées vers le continent, et dont la faiblesse des moyens n'a d'égale que le prestige des personnalités qui les composent.

Un triple mécanisme met l'Afrique sous une pression croissante

De manière globale, l'Afrique doit donc faire face à un triple mécanisme qui la met sous une pression croissante en ces débuts d'année 2016.

D'une part, le visage de ses interlocuteurs a changé, ceux-ci étant devenus des entités privées. D'autre part, ses soutiens traditionnels sont aux prises avec leurs propres changements d'agenda et leurs difficultés internes. Enfin, les industries extractives ne constituent plus une solution adaptée pour tirer la croissance et maintenir une paix sociale soumise à la prégnance d'une démographie croissante.

Le signal d'une formidable course de vitesse vient donc d'être lancé pour le continent en 2016.

Sur fond de baisse des cours matières premières, de diversification trop lente des économies africaines, et de ralentissement de la croissance mondiale, l'Afrique doit à la fois retrouver de la marge de manœuvre budgétaire, conduire des réformes douloureuses, et trouver les moyens de rendre sa croissance inclusive et durable.

Or, depuis les indépendances, le continent n'a jamais réussi à articuler un exercice de conduite du changement de sa structure productive qui permettrait de mettre en place une telle dynamique. Dans un contexte de raccourcissement des horizons temporels et d'augmentation de la mise sous pression, qu'est ce qui permet de croire que ce qui n'a pu être réalisé hier pourrait l'être aujourd'hui ?

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Telle est la grande question à laquelle la majorité des gouvernements d'Afrique sont condamnés à répondre en 2016, au risque de créer les conditions d'une nouvelle crise économique continentale.

...

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Abdelmalek Alaoui

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