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OpinionsGénération deuxième gauche

Parti socialiste: la fin du parti d'Epinay, et après?

Photo de Pierre-Yves Cossé

Pierre-Yves Cossé

Publié le 17 mai 2016 à 09:28 - Mis à jour le 17 mai 2016 à 09:54

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La descente aux enfers du PS s'accélère. C'en est fini du parti fondé au congrès d'Epinay en 1971. Le redressement est possible, mais il sera très long. Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Dans son inexorable descente aux enfers, le PS vient d'accélérer sa marche. Que pouvaient espérer, en cas de succès, les vingt-quatre députés qui ont tenté de renverser le gouvernement de François Hollande ? Imposer un tournant à gauche au Président de la République et à la majorité du groupe parlementaire PS ? Improbable à quelques mois d'un scrutin présidentiel et après plusieurs reculs. Se positionner pour empêcher la réélection de François Hollande ? Inutile, l'opinion s'est déjà prononcée. Faire émerger un candidat de la « vraie » gauche ? Irréaliste en l'absence parmi les 24 d'un leader reconnu par l'opinion et du fait de la présence de Jean-Luc Mélenchon en position de force par rapport à quelques dizaines de parlementaires PS ?

Prendre le contrôle du parti après l'élection présidentielle. Plausible mais enjeu médiocre.

Après avoir perdu an cinq ans le Sénat, la majorité des communes, des départements, et des régions, ainsi que la présidence de la République et l'Assemblée nationale, l'état de décomposition sera avancé. La mue d'un parti de gouvernement en parti minoritaire voué à l'opposition déclamatoire, du type parti communiste ou parti de gauche, sera accomplie.

Le sort du PS n'intéresse plus les Français

Le sort du PS n'intéressera guère les Français, au moins pour un temps. Et ce temps devrait être long. Car cette descente n'est pas simplement le résultat d'une présidence ratée, qui n'a jamais su définir des étapes, maîtriser un calendrier, préparer et expliquer les réformes, le projet de loi El Khomri en étant la manifestation la plus récente et la plus évidente de cette absence de professionnalisme qui exaspère les Français ; comment ne pas s'être ajusté au préalable avec la CFDT ? Le mal est beaucoup plus profond.

Le PS a perdu ses références idéologiques. A un lénino- marxisme mis à l'écart au nom de la liberté et de l'efficacité, avait succédé un keynésianisme simplifié, qui se déclinait à l'échelle nationale. Il est aujourd'hui balayé, au moins partiellement, par la mondialisation triomphante, la généralisation du marché et la victoire du néolibéralisme. Parallèlement, un individualisme s'est imposé dans la société au détriment des valeurs collectives, renforçant les nantis et affaiblissant les fragiles. A la vérité, le PS n'a même pas livré la bataille des idées. Il s'est mis à la remorque du néolibéralisme reaganien et thatchérien, repris voire amplifié par Bruxelles, et a cherché seulement à en limiter ou en cacher les effets. Devenu les gestionnaire d'un système qu'ils n'ont jamais réellement accepté, ils ont donné l'impression d'être en permanence à la remorque des évènements, de ne pas être à leur place dans l'exercice du pouvoir.

Revisiter le modèle social

Le point de départ d'un redressement serait de reconnaître les profonds changements intervenus dans le monde et dans la société, de les expliquer, et de redéfinir en conséquence les marges de manœuvre de la France. Elles existent mais elles ne sont plus les mêmes. Les valeurs de la gauche n'ont pas changé : solidarité, justice, équité, liberté, le possible lui a changé. Le « modèle social » pour autant qu'on puisse le définir, est à revisiter. De nouvelles prestations sont nécessaires, en particulier pour faire face à des changements de métiers plus fréquents, par exemple dans le domaine de la formation permanente. D'autres devront être réduites, y compris dans les domaines sensibles du chômage et de la santé.

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En même temps qu'une vision à long terme, il faut proposer un chemin et des mesures en vue d'une relance des investissements et des exportations, sans laquelle notre déclin se poursuivra.

Ce point de départ, il faudrait un miracle pour qu'il se situe au lendemain de l'échec à la présidentielle et aux législatives. La difficulté de la tâche, le flou et la dispersion des idées et les divisions entre les hommes excluent une maturation rapide. Cela ne veut pas dire que pour autant la gauche aura disparu de notre univers intellectuel et politique. Elle sera diluée dans la société civile sous des formes les plus diverses et à travers des relais variés, associations, clubs, syndicats, SCOP, ONG et autres Nuit Debout.

Ralentir voire stopper la descente aux enfers?

Cette descente aux enfers peut-elle être ralentie voire stoppée? Trois phénomènes pourraient influer sur le cours des choses, mais leur plausibilité est faible

Une résurrection de François Hollande ? Le président peut parfaitement obtenir plusieurs succès à l'extérieur ou à l'intérieur : embellie conjoncturelle confirmée, stabilisation de la situation sociale, consolidation de nos positions en Afrique, initiative en Europe prometteuse... Compte tenu de l'abîme de défiance qui s'est creusé entre les Français et lui, il est improbable que l'opinion se retourne en sa faveur. Le temps viendra où son bilan sera partiellement réhabilité, mais c'est son successeur qui profitera des efforts considérables faits en faveur des entreprises et du redressement de notre compétitivité et s'en attribuera le mérite. Certains des ministres actuels, comme celui de la Défense, seront justement regrettés un jour mais ce jour n'est pas venu. Car le président entraîne dans sa chute ses ministres, dont le premier. Le fait qu'il se représente n'est même plus un évènement majeur pour les prochains mois.

Un cafouillage de la droite exaspérant les Français ? Le risque que les primaires de la droite se passent mal est réel. Non pas les querelles de personnes inévitables, qui s'oublieront. En revanche des positions excessives pourraient effrayer les électeurs. La droite s'autolimite lorsqu'une gauche puissante lui fait peur. Si cette dernière est trop faible, l'aiguillon disparait. et seul subsistera l'aiguillon Marine Le Pen. Une surenchère entre la droite et l'extrême droite n'est pas à exclure, dans le climat actuel de droitisation et d'insécurité. Quelques indices peuvent inquiéter : adoption par le Sénat d'une peine de perpétuité réelle qui équivaut au quasi rétablissement de la peine de mort (bon courage pour les gardiens de prison !) suppression annoncée de l'ISF sans relèvement d'une taxation du capital sous une autre forme alors que les inégalités de patrimoine ne cessent de croître. Il suffirait d'une forte remise en cause dans un domaine sensible comme la santé pour que l'alternance soit perçue comme une insupportable revanche sociale.

Cela dit, entre le langage tenu pour gagner des primaires et celui qui sera adopté pour s'adresser à l'ensemble des électeurs, il y aura plus que des nuances, plutôt un recentrage.

Et Macron?

Une percée d'Emmanuel Macron ? Le Ministre de l'Économie a de nombreux atouts : sa jeunesse, sa séduction, sa connaissance des réalités internationales et du monde des entreprises. Il a une vision et des compétences. Il est en situation pour proposer d'ici quelques mois un ensemble d'orientations et de propositions novatrices et réalistes, sans recourir à la phraséologie habituelle. Cela dit, ses handicaps sont au moins aussi nombreux. Il est membre d'un gouvernement rejeté par l'opinion, il doit le quitter en ménageant le président de la République, à qui « il doit tout ».  Il n'est pas élu et encore isolé. Ses amis, qui seraient nombreux, sont-ils capables de constituer un parti, qui recueillerait une partie significative des électeurs de François Hollande de1992 et lui donnerait une base parlementaire minimale ? Le délai est court, même si Internet est un accélérateur, d'autant que le système majoritaire joue en sa défaveur pour les élections législatives. Certes, le pays est en appétit d'un nouveau leader échappant aux normes habituelles. La popularité d'un homme ne suffira pas à transformer un paysage politique au point de mettre au rancart les candidats des partis traditionnels.

Emmanuel Macron, peut-il refaire le coup d'Epinay ? C'est pour l'instant de la science- fiction. La SFIO a attendu quinze ans avant de s'abandonner dans les bras d'un aventurier talentueux. Pierre Mendès-France, quant à lui, n'est pas parvenu à mettre un vin nouveau dans la vieille outre du parti radical.

Pierre-Yves Cossé

Mai 2016

Pierre-Yves Cossé

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