Anaïs Vivion, l'insatiable "killeuse" d'applications mobiles

Frédéric Thual

Frédéric Thual
Elle a l'entreprenariat dans la peau. Derrière ses lunettes à monture épaisse et ses yeux rieurs, Anaïs Vivion ne désarme pas.
Et des décisions, elle en prend. De 8 heures à 22 heures, elle enchaîne petits-déjeuners, webinars, pitches à la Cantine numérique, entretiens d'embauche, déjeuner avec un client, un œil sur le management, les business plans, l'administratif, la communication, et repart en réunion avec les équipes ou ses associés pour décider du futur modèle économique... Des enfants ?
En moins de quatre ans, la startup nantaise est devenue une agence spécialisée en stratégie et innovation autour des applications pour les mobiles, prisée par des groupes de presse (Sud-Ouest, 20 minutes...), des assureurs, des banquiers, des e-commerçants, des sociétés de services et des startups...
« L'ambition est de devenir une référence nationale d'ici à trois ans », souligne l'entrepreneuse, auréolée, à 27 ans, de nombreuses distinctions (Prix du Jeune entrepreneur de l'Ouest, catégorie Numérique; prix Femme Digital Ouest...).
Entrée dans le monde du travail en alternance comme chargée de communication et de marketing dans une entreprise spécialisée dans le contenu multimédia et la cartographie pour mobile, elle se passionne pour le monde de l'informatique et se prend très vite au jeu du commercial, des business plans, de la négo et de l'organisation entrepreneuriale, ...
Les usages et les besoins grandissants autour du mobile lui titillent les narines.
Alors, en 2011, elle quitte Bordeaux, rejoint son mari à Nantes où elle fonde BeApp avec deux experts rencontrés lors de ses précédentes expériences. Ces derniers détiennent 30% du capital, Anaïs 70%. Yann Borissoff, designer, prend en charge la direction artistique ; Cédric Guinoiseau, ingénieur, la direction technique. Ces « trois gros bosseurs » aux profils et caractères complémentaires vont faire de l'humilité, du professionnalisme, de la passion et du partage les valeurs de l'entreprise et un critère de sélection. Lors d'entretiens d'embauche, chaque candidat doit avoir la moyenne pour chacun de ces items.
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D'emblée, Anaïs Vivion se rapproche de l'incubateur Atlanpole, intègre le dispositif Atlantic Pionnières, dédié à l'accompagnement des femmes chef d'entreprise et fréquente le club Melcion. Un moyen de professionnaliser son projet.
Pour BeApp, l'objectif était clairement affiché : proposer à la fois du conseil sur mesure et monter une plateforme, type « Wordpress », pour développer soi-même des applis mobiles.
Avec 1.000 euros en poche, le trio part en quête de financement. Le réseau Nantes Initiatives lui accorde 23.000 euros. Malgré des premiers clients dès les premiers mois, l'enthousiasme bancaire est pour le moins modéré. Seule BNP Paribas accepte de les suivre pour 70.000 euros. Des partenariats conclus avec EADS, Total, le réseau Entreprendre et quelques autres permettent de rassembler 200.000 euros pour lancer la plateforme et effectuer les premières embauches.
« La double vocation de notre modèle économique a rassuré », explique Anaïs Vivion. Pas pour longtemps. La plateforme ne trouvera jamais son marché.
Le dilemme, c'est que la communication menée autour de la plateforme a, en revanche, généré du business pour la seconde activité de BeApp, qui se repositionne en 2013 comme agence innovation mobile. Le virage est pris.
De 300.000 euros en 2013, le chiffre d'affaires a doublé l'année suivante et s'est hissé à 810.000 euros en 2015. Très vite, l'effectif de BeApp est monté de sept à 14 personnes, et 18 aujourd'hui. « Une taille un peu bâtarde », s'impatiente Anaïs Vivion, qui réfléchit à la mise en oeuvre d'un comité de direction pour déléguer et se déployer sur le territoire national. L'ouverture d'une agence parisienne est programmée pour 2016.
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