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OpinionsHomo Numericus

IA : ces mois ne durent que quelques jours

Philippe Boyer

Publié le 11 décembre 2023 à 11:07 - Mis à jour le 11 décembre 2023 à 12:29

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Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

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HOMO NUMERICUS. L'intelligence artificielle générative a pour effet d'accélérer le temps : ce qui était impensable ou irréalisable devient possible et accessible du jour au lendemain. Les États tentent de juguler le rythme effréné de ce progrès technologique qui bouleverse en profondeur nos sociétés. Par Philippe Boyer, directeur relations institutionnelles et innovation à Covivio.

On ne le souligne pas assez, mais l'intelligence artificielle (IA), outre ses impressionnantes caractéristiques technologiques intrinsèques, a également pour vertu d'accélérer le temps. Il n'a fallu que quelques mois pour que ChatGPT donne naissance à un nouvel écosystème, sans parler de son rythme d'adoption par le plus grand nombre : une moyenne de 10 millions de requêtes quotidiennes depuis ce fameux 30 novembre 2022 qui marque la sortie de ChatGPT 3.5 par OpenAI.

Au palmarès de l'adoption des innovations technologiques, ChatGPT surpasse, et de loin, X (ex-Twitter) puisqu'il aura fallu attendre deux années (une éternité à l'ère numérique...) pour que ce réseau social atteigne ses premiers 50 millions d'utilisateurs, trois années pour Facebook et quatre pour YouTube.

À l'inverse de la phrase de Boris Vian dans L'Écume des jours : « Les jours durent des mois », avec l'IA, le rapport au temps s'inverse : les mois ne durent que quelques jours.

Accélération du temps

Au cours de ces dernières semaines, le temps technologique s'est encore accéléré du fait d'une rafale d'informations technologiques qui témoignent que nous avons peut-être basculé dans une nouvelle dimension.

Résumons : d'abord, la possibilité de « fabriquer des images » simplement en parlant à une machine (des artistes s'emparent de cette innovation à base d'IA pour créer les premiers films réalisés entièrement... sans acteurs ni caméras).

Ensuite, l'apparition progressive de smartphones et de lunettes qui embarquent des applicatifs d'IA. L'augmentation technologique de ces objets du quotidien (il faudra sans doute s'habituer au vocable d'« IA Phone ») fera qu'ils deviendront progressivement de vrais assistants personnels (via des avatars) capables de devancer nos attentes et d'anticiper nos désirs.

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Conférences internationales

Toujours au cours de ce mois écoulé, pas moins de quatre conférences internationales ayant pour thème, de près ou de loin, l'IA, furent organisées dont, début novembre, le sommet de Bletchley Park au Royaume-Uni.

Une centaine d'experts, chefs d'entreprise ainsi que les représentants des principales puissances mondiales - Chine, États-Unis et UE - se sont entendues sur une responsabilité partagée face aux risques de l'IA avec, en fond de tableau, l'évidente question de la régulation de ces technologies. Le secrétaire général des Nations unies allant même jusqu'à souhaiter que les futurs principes de gouvernance de l'IA soient fondés sur la Charte des Nations Unies et la Déclaration universelle des droits humains.

En parallèle à ce sommet, s'est également tenue une réunion spéciale du G7 au cours de laquelle un code de bonne conduite sur l'IA a été adopté en faveur d'une technologie sûre, sécurisée et digne de confiance ; tout cela évidemment sur fond de lutte entre les États pour imposer leurs vues, leurs standards et leurs champions.

L'accélération ne faiblit pas

La sortie grand public de ChatGPT et des très nombreux autres applicatifs d'IA générative a ravivé la grande crainte qu'un jour prochain la machine puisse prédire les réactions humaines et que notre espèce se retrouve sans ressource technologique pour la stopper. Nous serions alors en pleine prophétie vivante des « 3 lois de la robotique » formalisées par l'auteur de science-fiction, Isaac Asimov, pour qui il importe de délimiter jusqu'où une machine peut aller trop loin.

L'évidence est là : les technologies d'IA génératives vont vite, très vite même au point qu'une majorité de chercheurs sont convaincus que l'IA nous dépassera dans tous les domaines de nos vies : Sam Altman, ex puis à nouveau patron d'Open-AI, déclara même il y a quelques mois que cette super intelligence artificielle devrait être là avant 2030. Nous y sommes presque !

D'ici là, le monde de l'IA aura encore tourné cent fois, car l'accélération sur ces technologies ne faiblit pas : ici, Google et son nouveau « Gemini », en réponse à son ennemi juré Microsoft. Ce dernier qui développe GPT-4 porté par OpenAI est par ailleurs dans les starting-blocks pour mettre sur le marché GPT-5, courant 2024. Là, le développement d'autres formes d'IA encore plus puissantes à l'instar de celles dites « multimodales », c'est-à-dire capable de traiter et de combiner différents supports d'information : textes, sons, photos, vidéos, code informatique... et de combiner simultanément toutes ces sources pour formaliser un résultat à la fois logique et sophistiqué.

Quand on sait que des logiciels entraînés à l'IA sont déjà capables de fabriquer des molécules de médicaments, on peut raisonnablement penser que ces IA génératives, multimodales... pourraient de plus en plus suppléer l'Homme dans nombre de tâches, évidemment les plus secondaires et répétitives, mais également les plus complexes, celles qui demandent esprit de logique, voire de créativité.

L'hubris de la Silicon Valley

Accélération du temps, mais également, et dans le même temps, retour spectaculaire en arrière du fait que les débats actuels sur les atouts et les dangers de l'IA donnent à penser que nous sommes en train de revivre les premiers temps de la bombe atomique.

Quiconque a vu le film « Oppenheimer » ne peut s'empêcher de faire le parallèle entre l'hubris évident des grands acteurs de Silicon Valley ayant lâché leur créature IA dans la nature (au passage avec le rêve d'avoir découvert une nouvelle source financière inépuisable) et les doutes et dilemmes moraux des pères de la bombe atomique dans les années 1940 aux États-Unis.

Nous sommes dans ce moment historique où rêves, espoirs, doutes et peurs sont au cœur des préoccupations des scientifiques et des politiques. Ces derniers demandent comment s'y prendre pour réguler cette « chose » protéiforme qui ne cesse de progresser et qui étend peu à peu son emprise sur les vies de milliards d'humains. Dans le cas de la bombe atomique, il fallut attendre Hiroshima et Nagasaki pour réaliser que l'atome peut être la meilleure ou la pire des découvertes.

Philippe Boyer

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