Il faut pouvoir compter sur le digital

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(Crédits : DR)
HOMO NUMERICUS. La crise actuelle met le digital sur le devant de la scène. Il avait déjà changé nos vies, il s’apprête à les transformer encore plus profondément : travail, éducation, santé. Au moins cette crise aura-t-elle permis de faire émerger cette tendance de fond. Par Philippe Boyer, directeur de l’innovation à Covivio.

C'est désormais une triste évidence. La crise sanitaire que nous vivons laissera de très profondes cicatrices dans nos sociétés : humaines, sociales, économiques voire politiques. Outre qu'elle démontrera, s'il en était encore besoin, que les pays ne sont pas tous égaux en matière de prophylaxie sanitaire face à ces risques d'épidémies - il n'y a qu'à voir la façon dont Taiwan, Singapour, la Corée du Sud s'y sont pris, très en amont, pour tenter de juguler le virus - cette épreuve humaine permettra, et c'est une bonne nouvelle, d'accélérer un certain nombre de phénomènes émergents. Comme souvent, les crises servent de catalyseurs pour ce qui n'en était qu'au stade d'épiphénomène devienne la norme.

Dans le monde de l'entreprise, en France, les quelques 5 millions d'adeptes du télétravail[1] verront très probablement leurs effectifs doubler, tripler... au cours des prochains mois. Les freins psychologiques que pouvaient encore avoir quelques chefs d'entreprises peu enclins à faire pleinement confiance à leurs salariés sont en train de disparaitre. Pour peu que l'on dispose d'une connexion internet et d'un ordinateur portable doté de logiciels de messagerie et de vidéoconférence (ces derniers, le plus souvent gratuits), il devient possible de garder le lien avec son entreprise, ses collègues, ses fournisseurs, ses clients... Bref, et sous une forme qui n'exonère évidemment pas de se retrouver « physiquement » dans un bureau pour travailler collectivement à l'avancée de projets, ces habitudes de travail « hors les murs » vont de plus en plus faire partie de nos vies. Le profit est évident : plus de sérénité, plus de productivité et plus de santé. A l'inverse, moins de fatigue et moins de stress en lien avec le fait d'être obligé de passer du temps dans les transports.

Ecole de la confiance

S'agissant de l'éducation, les thuriféraires qui prônent l'école forcément « à l'école » devront, eux aussi, réviser leurs jugements. Bien sûr, rien de remplacera l'assistance d'un professeur qui prend le temps d'aller au-devant de l'élève en difficulté pour lui donner le coup de pouce décisif qui lui fera comprendre l'accord grammatical ou le conseil pour lui permettre de résoudre une équation mais, là encore, le numérique peut être un formidable moyen d'ouvrir l'éducation. Notre pays n'est pas en reste. Entre les MOOC (Massive Open Online Course, ces formations à distance capables d'accueillir un grand nombre de participants), les tutoriels thématiques ouverts à tous ou encore les outils numériques développés par l'éducation nationale, il s'agit, là aussi, de basculer dans cette « école de la confiance[2] », comme l'appel de ces vœux le ministère sur son site.

E-santé

Enfin, le secteur de la santé connaîtra lui aussi de profonds bouleversements à l'instar d'un autre pays de l'Union Européenne, l'Estonie (1,3 million d'habitants). Celui-ci a déjà largement ouvert la voie sur ce sujet. Dans ce petit pays Balte, la médecine du futur dont tout le monde parle (prédictive, personnalisée, télémédecine, e-santé...) se vit déjà au quotidien : avec 98% des données numérisées, y compris dans le domaine de la santé, il est devenu très facile de consulter son médecin à distance, prendre un rendez-vous, renouveler une ordonnance... Une bonne partie des pré-actes médicaux passent par un guichet digital unique qui regroupe l'ensemble des services de soins. La France n'est pas sen reste mais gageons que cette crise sanitaire actuelle accéléra encore les choses. Qu'il s'agisse du développement de la télémédecine en milieu rurale comme urbain, de big data et d'intelligence artificielle au service des médecins et de la recherche, d'objets de santé connectés capables de relayer des informations personnelles aux professionnels de la santé..., dès lors que distanciation sociale s'imposera à l'avenir comme une norme et le confinement comme une obligation revenant cycliquement, il deviendra impossible de se passer de cette médecine à distance.

Dans le film « Radioactive », diffusé en salles quelques jours avant les mesures de confinement, l'actrice britannique Rosamund Pike qui interprète Marie Curie a ces paroles : « On ne fait jamais attention à ce qui a été fait ; on ne voit que ce qui reste à faire. ». Certes mille choses resteront à faire une fois que nous relèverons la tête et il nous faudra capitaliser sur tout ce qui a déjà été fait, y compris sur le numérique en tant qu'accélérateur de la reconstruction.

[1] https://newsroom.malakoffhumanis.com/assets/synthese-etude-teletravail-2020-2a13-63a59.html?lang=fr

[2] https://www.education.gouv.fr/

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Commentaires
a écrit le 26/03/2020 à 17:56 :
Le digital comme art de vivre? Non merci! La société future que ce monsieur décrit est juste une prison, une cage à oiseaux, un aquarium pour poissons rouges. Qui voudrait de ça?
a écrit le 25/03/2020 à 14:50 :
Le digital c’est trompeur : il faut toujours avoir un plan B avec le digital , quand une ligne plante pour utiliser l’autre pour un SAV...
a écrit le 25/03/2020 à 10:46 :
Le "digital" évite tout déplacement inutiles et aura des conséquences sur l'utilité des véhicules, de l'entretien des réseaux routiers, chemin de fer et aérien, la demande d'énergies fossiles...et le transport de virus!
a écrit le 24/03/2020 à 22:45 :
"dès lors que distanciation sociale s'imposera à l'avenir comme une norme"
Pour n'importe quelle personne saine d'esprit, la distanciation sociale comme norme de vie n'est même pas envisageable. Si certains geeks peuvent très bien être heureux en restant devant leur écran 24H sur 24, ils ne forment qu'une petite minorité.
a écrit le 24/03/2020 à 17:48 :
Chacun prêche pour sa paroisse, cependant, le "' numerique" partout et pour tous et toutes est une chimère, et surtout un danger. Je l'écris souvent, parce qu'il donne un bonne idée du Monde actuel, une bonne grosse "couillonade".

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