Les réseaux sociaux pistent les 5 sens : Clubhouse dit ouïe

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Comme le pronostique Luc Julia, cocréateur de l'assistant vocal Siri et vice-président innovation de Samsung[9], nous vivons déjà dans un environnement ubiquitaire, « fait d'interfaces technologiques dites émotionnelles capables de percevoir nos émotions et nos humeurs à partir de nos gestes, de la façon dont nous bougeons un sourcil ou dont notre voix se module ».
Comme le pronostique Luc Julia, cocréateur de l'assistant vocal Siri et vice-président innovation de Samsung[9], nous vivons déjà dans un environnement ubiquitaire, « fait d'interfaces technologiques dites "émotionnelles" capables de percevoir nos émotions et nos humeurs à partir de nos gestes, de la façon dont nous bougeons un sourcil ou dont notre voix se module ». (Crédits : Reuters)
HOMO NUMERICUS. Photos, vidéos, textes, messages vocaux, et demain recours possible à l'odorat et au goût... les technologies embarquées des réseaux sociaux captent et transmettent l'ensemble de nos sens, donc nos ressentis. (*) Par Philippe Boyer, directeur relations institutionnelles et innovation à Covivio.

Paradoxalement, et presque vingt ans après l'émergence des réseaux sociaux (Facebook a été créé en 2004, Twitter en 2006, Instagram en 2010...), nous ne sommes encore qu'au début de cette révolution. S'il est vrai que, jamais, dans l'histoire de l'humanité, des technologies ne se sont immiscées aussi rapidement dans nos vies - il a fallu plusieurs décennies pour que l'électricité, le téléphone, l'automobile, le transport aérien ou les réfrigérateurs fassent partie de notre quotidien, alors que les nouvelles technologies, ont connu un rythme d'adoption quasiment immédiat -, de nouvelles interfaces, plus émotionnelles, permettent aux réseaux sociaux d'étendre leur emprise au-delà des seuls écrans.

La théorie d'Aristote selon laquelle les êtres humains sont dotés de cinq sens (la vue, le toucher, le goût, l'ouïe et l'odorat) aurait tout aussi bien pu être inventée par les Facebook, Instagram, YouTube et autres Clubhouse. Tous ces réseaux sociaux ayant fondé leurs modèles d'affaires sur quelques-uns de ces sens en prenant soin de concevoir des produits et des interfaces qui fassent appel à nos émotions, et ceci pour toujours mieux nous contrôler et réveiller le consommateur qui dort en nous. Devancer nos désirs, dépasser nos attentes, telle est l'attraction irrésistible exercée sur nous par ces sites dits « sociaux » qui font désormais partie intégrante de nos vies.

L'audio, avenir des réseaux sociaux

Après l'avènement du « toucher » (ce sens règne sur l'ensemble de nos appareils technologiques : tableaux de bord de voitures, bornes d'information, tablettes, smartphones... tout est tactile) et de la « vue » (nous passons en moyenne plus de cinq heures chaque jour devant nos écrans[1]), les réseaux sociaux basculent vers la voix (l'ouïe). Si WhatsApp, Messenger et WeChat (en Chine) ont ouvert la voie à cet usage grandissant de la parole, l'actualité de ces dernières semaines retient la percée de Clubhouse[2], nouveau réseau social qui propose l'audio comme seul moyen de communication entre ses membres.

Clubhouse, réseau social affinitaire qui mise sur la voix

Sur Clubhouse[3], application lancée il y a moins d'un an et qui approche les 8 millions de téléchargements dans le monde[4], ni message écrit ni vidéo. Simplement la voix via des conversations thématiques dans des « salles réservées » (rooms) qui nécessitent un parrainage préalable pour pouvoir y être admis. Certes, Clubhouse n'en est qu'à ses débuts (2 millions d'utilisateurs actifs) mais, il n'empêche, cette application, sorte de radio virtuelle diffusée entre auditeurs avertis et cooptés, préfigure peut-être le futur des réseaux sociaux : une diffusion affinitaire, au moyen de la voix, qui agit comme un bouche-à-oreille démultiplié du fait de la proximité et de la confiance que l'on peut avoir avec les orateurs. Ce sont des « proches » qui parlent et non des « inconnus » comme sur Twitter[5] ou Facebook. De telles caractéristiques censées faire évoluer les codes des réseaux sociaux n'auront pas échappé à ces deux plates-formes historiques : l'une et l'autre réfléchissent à contrattaquer pour « tuer dans l'œuf » cet encombrant concurrent qui entend se faire une place sur ce marché de la voix en fort développement[6]. Certes, Clubhouse doit encore faire face à bon nombre de défis, parmi lesquels son modèle économique (gratuité totale ou partielle), confidentialité des données personnelles collectées[7], modération des contenus échangés... mais il n'empêche que cette percée de la voix, inattendue et pourtant bien dans le sillage des podcasts déjà en plein essor, deviendra à n'en pas douter un média d'avenir.

Interfaces émotionnelles et neuromarketing

Le goût et l'odorat pourraient bien, eux aussi, devenir, les prochaines frontières explorées par les réseaux sociaux dans le but de proposer aux milliards d'internautes de nouvelles expériences sensorielles, notamment assises sur le neuromarketing. Par exemple, et pour les odeurs, à l'instar de quelques appareils qui embarquent déjà des dispositifs olfactifs[8], le recours à l'odorat permettra de donner aux produits ou aux lieux une dimension immersive proche de la réalité, sorte de réalité augmentée intelligente.

Comme le pronostique Luc Julia, cocréateur de l'assistant vocal Siri et vice-président innovation de Samsung[9], nous vivons déjà dans un environnement ubiquitaire, « fait d'interfaces technologiques dites "émotionnelles" capables de percevoir nos émotions et nos humeurs à partir de nos gestes, de la façon dont nous bougeons un sourcil ou dont notre voix se module ». En d'autres termes, et en interaction avec les technologies présentes sur les sites et notamment sur les réseaux sociaux, l'interface Homme-machine sera de plus en plus ténue. La voix, la vue, le toucher, la capacité à sentir et à ressentir... autant de caractéristiques éminemment humaines qui sont plus que jamais convoitées par les machines. Le futur de ces nouvelles technologies se jouera dans la captation et la transmission de tous nos ressentis.

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NOTES

[1] "Temps passé devant un écran pendant le temps libre", Enquête CoviPrev, France métropolitaine 2020, Santé publique France

[2] https://ledigitalpourtous.fr/2021/01/30/clubhouse-twitter-spaces-nouveaux-rois-du-live-audio/

[3] https://apps.apple.com/fr/app/clubhouse-drop-in-audio-chat/id1503133294

[4] https://techcrunch.com/2021/02/18/report-social-audio-app-clubhouse-has-topped-8-million-global-downloads/

[5] https://blog.twitter.com/en_us/topics/product/2020/your-tweet-your-voice.html

[6] https://www.nytimes.com/2021/02/10/technology/facebook-building-product-clubhouse.html

[7] https://cyber.fsi.stanford.edu/io/news/clubhouse-china

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9veil_olfactif

[9] In revue Usbek&Rica n°25 « 2050 : quels futurs pour internet ? »

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Commentaires
a écrit le 25/02/2021 à 11:33 :
C'est une bonne idée, et pas besoin de penser progrès pour y parvenir, je me souviens à dix ans écouter la nuit france culture et france inter qui avait des sons tellement chaleureux, tellement beaux et bons, puis la compression, phénomène de formatage de la radio s'il en a été, est arrivée mettant tout à plat ce qui était délicieusement nuancé.

Un bon ingénieur son peu faire des miracles et espérons que l'odorat et le gout, forcément trafiqués, forcément formatés, débarquent le plus tardivement possible voir pas du tout ce qui serait de loin le plus préférable. Il faut arrêter de laisser la société marchande faire avancer la société, elle n'est pas faite pour cela loin de là.

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