Brexit  : et s’ils restaient  ?

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(Crédits : © Francois Lenoir / Reuters)
David Cameron n'a pas déclenché cette semaine la négociation qui doit matérialiser le « Brexit ». Jusqu'à nouvel ordre, le Royaume-Uni reste, de jure, membre plein et entier de l'Union. Et certains s'interrogent : et si, finalement, ils restaient ?

Tout cela n'aurait-il été qu'un mauvais rêve, la crise de la quarantaine d'une grande nation déboussolée ? Après des mois de débats fébriles qui se sont conclus par le vote de 17 millions de Britanniques en faveur du Brexit, l'hypothèse du maintien du Royaume-Uni dans l'Union semble totalement saugrenue. Et pourtant, elle a bel et bien commencé à circuler à Bruxelles.

« Nous travaillons sur l'hypothèse que le Royaume-Uni veut quitter l'Union européenne », expliquait deux jours après le vote un haut fonctionnaire du Conseil européen. Sans blague ? Il en existerait donc une autre ?

De l'autre côté de la rue de la loi, on ne se donnait pas la peine de manier l'antiphrase. « Il n'y aura pas de Brexit », prédisait avant le sommet du 27 juin une source haut placée à la Commission européenne. Pourquoi ces doutes, alors que le résultat du vote est sans appel ? S'agit-il de déni après la gifle du « Leave » britannique ?

« Non-demandeen divorce »

De « wishfull thinking » motivé par la peur de la contagion ou la crainte de devoir négocier en ordre dispersé un nouveau statut pour le Royaume-Uni ? Ou bien est-ce une anticipation rationnelle ? Probablement un peu des trois.

D'abord il y a la « non-demandeen divorce ». Le Premier ministre démissionnaire n'a pas actionné le fameux article 50 qui aurait donné le top départ des négociations 
de sortie. Cette « réserve » souligne un point de droit important : il ne dépend que du Royaume-Uni de s'abstenir. Partout en Europe, sauf en France, on ne cesse de rappeler que le mariage n'est pas rompu. La chancelière Merkel évite de mettre trop de pression sur Londres. Le chef du parti conservateur polonais au pouvoir Jaroslaw Kaczynski suggère carrément de tenir un second référendum pour sauver l'unité du... Royaume-Uni lui-même. Mais peut-on ne pas tenir compte du vote de 33 millions de Britanniques chauffés à blanc par des semaines de campagne ?

Non, mais... répond-on à Bruxelles et ailleurs, en tablant sur une situation politique intérieure de plus en plus dégradée. Cameron a cherché à gagner du temps en invoquant son propre manque de légitimité et en annonçant qu'il faudrait attendre le Congrès conservateur d'octobre pour qu'une autorité puisse être investie du pouvoir de négocier. Finalement, sous pression, il a annoncé la nomination d'un nouveau premier ministre au plus tard le 2 septembre... et la création d'un département Brexit au sein de son administration. Mais cela ne veut pas dire que la crise politique ne va pas s'aggraver, les marchés désespérer, les demandes de passeport irlandais atteindre des sommets, les partis travailliste et conservateur poursuivre leur délitement au point de rendre la négociation ingérable. Qui sait ce qui peut se passer d'ici à septembre ?

Enfin, il y a la difficulté presque insurmontable de la situation créée par ce vote. Transformer un rejet en projet n'a jamais été facile.

« Le Royaume-Uni est pris en sandwich entre ses intérêts économiques qui voudraient qu'il participe à l'avenir comme pays tiers de la façon la plus poussée possible au marché unique, et l'acceptabilité politique d'une telle option », note une source diplomatique.

Brexit et souveraineté...

En effet, si Londres obtenait un statut à la norvégienne, ses entreprises financières pourraient certes conserver leur passeport européen mais le gouvernement serait privé 
de toute influence sur l'adoption d'une législation qu'il serait tenu de faire respecter... tout en continuant à contribuer au budget européen.

« Cela serait difficile à avaler pour ceux qui ont prétendu le contraire et assuré que le Brexit permettrait aux Britanniques de recouvrer leur souveraineté », ajoute cette source.

Si le « non-divorce » devient pensable et même indispensable, au moins comme possibilité, c'est en fait que le Royaume-Uni, dont le système politique et même l'unité territoriale sont désormais menacés, réalise tout simplement que son appartenance à l'Union européenne, toute imparfaite qu'elle fut, fait partie de son identité. En la quittant, il pensait se retrouver lui-même, alors qu'il court le risque de se perdre.

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Commentaires
a écrit le 01/07/2016 à 22:05 :
Tous les peuple-nation veulent une refondation de l'Europe qui centralise ce qui est d'intérêt commun et laisse aux états ce qui est le leur souveraineté . C'est aussi le message envoyé par les électeurs britanniques . Il ne se passe rien tant que le gouvernement britannique (actuel ou issu de nouvelles élections ) n'adresse sa "notification" à Bruxelles et aucun membre de l'UE ne peut exiger ni de LR faire ni fixer un calendrier (art 50 du traité ). Avec la montée des anti commission européenne , l'UE serait bien avisée de mettre rapidement en chantier ce travail...avant les élections 2017 en France et en Allemagne. Pour le reste, les marchés ont retrouvé leur niveau de l'hypothèse "remain" et anticipent le maintien de la Grande Bretagne dans l'UE, Aux politiques d'être à la hauteur du défi.
a écrit le 01/07/2016 à 14:17 :
L'Union, ça ne veut rien dire. Ce qui existe, ce sont des traités entre Etats. La France n'a jamais voté sur l'Europe car c'est typiquement le genre de referendum flou qui n'a aucun sens. La France a voté sur des traités (dans le deuxième cas sur un projet de constitution devenu un traité). Comme le traité actuel est clairement refusé par des peuples fondateurs (la France et la Hollande), il faut nécessairement le remplacer par un...ou plusieurs traités. Je pense qu'il est préférable d'avoir un traité par sujet avec donc des périmètres d'adhésion différents . Il faut réécrire un traité socle qui ne traite que de libre circulation des biens avec des normes minimales et il faut l'écrire de telle sorte que l'Angleterre puisse y adhérer. Ensuite il faut un autre traité spécifique pour la gestion de l'euro et trouver une régulation techniquement acceptable pour la survie de cette monnaie sans perte de souveraineté politique (car ce n'est pas accepté par les peuples des pays de la zone) et enfin il faut réécrire Schengen totalement fort probablement. Pour le reste (convergence fiscale et sociale, existence d'un budget européen...), il y a urgence à lever le crayon et à réfléchir...
Chaque pays (et peuple) devrait se prononcer séparément sur chacun des traités, ce serait plus clair, et c'est à cette condition là seulement qu'on peut poser des questions claires dans des referendums.
a écrit le 01/07/2016 à 11:08 :
Imaginons que le prochain vote voit une déculotté des brexiteurs un peu partout dans le pays et qu'une énorme majorité de bremainers succède à la majorité actuelle.
Après tout, le brexit n'a fait que 37% des citoyens inscrits sur les listes électorales, il n'y a pas de majorité qualifiée (et c'était une folie de lier le destin du pays à un simple référendum sans condition de participation et de suffrage).

La prochaine majorité, forte de sa légitimité pourrait effectivement décider de ne pas tenir compte du référendum qui n'était que consultatif.

Ceci dit, à moins que l'élection aie lieu dans moins de trois semaines, il n'est pas souhaitable que l'attentisme prévale, on ne peut pas rester dans le vide pendant encore des mois.

Je pense que l'UE devrait poser un ultimatum et déclarer qu'à une date donnée, en l’absence, soit de dépôt d'une demande officielle L50, soit d'une déclaration solennelle de maintien dans l'UE, alors le brexit serait automatiquement acté et que les dispositions et traités seraient revus, avec ou sans la coopération du RU.
Réponse de le 01/07/2016 à 22:18 :
Ben voyons, des ultimatums envers un pays souverain d'Europe maintenant, si c'est pas de l'ingérence ça ! Vu que ce n'est que l'article 50 qui permets un départ de l'Union européenne (et non un référendum, voir le traité de Lisbonne, ce n'est pas être anti démocratique que de le souligner), et qu'il n'a pas été activé à ce jour, les fautifs sont plutôt du coté de Bruxelles, de part leurs empressement. Empressement basé sur quelle légalité en fait ? Il est normale qu'une telle entreprise se prépare un peu à l'avance (y a même pas de nouveau premier ministre, allo!), pour le bien de tous, y compris des Européens.
Réponse de le 02/07/2016 à 10:45 :
Et quand les anglais réclament des règles spécifiques et un allégement de leur participation financière, n'est ce pas une forme d'ultimatum. Le tord de l'EU est d'avoir accepté les demandes anglaises.
Tous les pays membres de l'EU devraient appliquées des règles communes et identiques.
Réponse de le 03/07/2016 à 14:34 :
Gérard, l'Europe doit être un projet positif, qui donne envie de participer, pas un chantage "Marché unique contre coup de bâton". Si des domaines sont trop hétéroclite, laissons le aux Nations alors.
a écrit le 01/07/2016 à 8:50 :
Ce genre d'article est franchement inutile il ne se repose que sur l'espoir néolibéral que rien ne change alors que l'économie a besoin d'un profond remaniement, d'un véritable bouleversement cette situation de monopole devient suffocante.

Vouloir que rien ne bouge est le signe d'une méconnaissance profonde de notre économie qui est à l'agonie.
Réponse de le 01/07/2016 à 12:25 :
Et s'il avait que notre économie qui était à l'agonie... C'est qu'il faut aussi changer de braquet si on veux sauvegarder le climat et notre planète, ou simplement faire face aux pollutions et raréfactions (poissons, pétrole, etc).
A force d'attendre (10, 20, 30 ans), on risque bien, à la fin, de devoir jeter le bébé (le capitalisme) avec l'eau du bain (le néolibéralisme).
Réponse de le 01/07/2016 à 15:03 :
de toutes les façons sa va bouger avec ou sans la UK. Et notre économie n'est pas à l'agonie, ou tu n'est plus payé la moitie, il aura plus d'indemnité chômage plus de système de santé etc.. De quoi tu plein toi exactement dans ta vie. que ce qui a changé ou c'est seulement du catastrophisme gratuit histoire d'avancer des billes pour extreme droite qui elle risque de nous ruiner définitivement. Il n'ont rien compris a ce qui se passe en Angleterre.

Arrêter de jouer les défaitistes, le seul pays dans la mouise actuellement c'est l'Angleterre et ils trouverons un moyen pur son sortir mais sa ne va pas être gratuit.

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