Brexit, or not Brexit !

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(Crédits : DR)
« La balle est dans le camp britannique », expliquait un diplomate de haut rang peu avant le dernier sommet européen où la demande britannique de renégocier sa participation à l'Union européenne a été brièvement abordée.

À Bruxelles, on aime dire que David Cameron s'est tiré une sacrée balle dans le pied en engageant son pays sur la voie d'un référendum. Avec quelques dizaines de « Brexiters » (on parle de 20 à 100) du Parlement, le Premier ministre britannique se prépare - c'est certain - à de très pénibles négociations. Il a promis à son parti d'amener les Européens à faire suffisamment de concessions pour le mettre en situation de demander aux Britanniques de renouveler leur contrat d'union... juste un peu plus libre. Ce qu'il n'obtiendra pas à Bruxelles lui sera reproché chez lui, ce qu'il cherchera à imposer comme venant de Londres ne passera pas forcément la barre à Bruxelles... Un dilemme classique de la politique européenne, qui fait dire à ce diplomate :

« Cameron hésite à formuler les choses par écrit parce qu'immédiatement cela deviendrait un objet politique à Londres. » Soit.

Depuis le conseil européen de juin, une petite équipe fait passer une à une ces recommandations dans la moulinette juridique et politique de l'Union. Elle est composée de Tom Scholar, le conseiller Europe de Cameron, l'ambassadeur Ivan Rogers, la secrétaire générale de la Commission, l'Irlandaise Catherine Day, le directeur général chargé de la stabilité financière et des services financiers, Jonathan Faull, britannique également, le chef de cabinet du président Juncker, l'Allemand Martin Selmayr, et quelques personnes de l'entourage du président du Conseil Donald Tusk, qui aura la tâche très ingrate de boucler la négociation entre chefs.

« Beaucoup de travail technique a été fait », expliquait récemment un diplomate.

L'heure de vérité approche

Dans les tout premiers jours de novembre, Cameron écrira à Donald Tusk ce qu'il entend concrètement renégocier. Charge ensuite au président du Conseil de préparer le sommet de décembre où pour la première fois dans l'histoire de l'Union - en fait la deuxième fois si l'on se souvient du cas danois accommodé à Édimbourg en 1992 - les « chefs » discuteront d'un statut « tailor made » pour l'un des leurs. Alors, le problème ne sera plus seulement britannique mais aussi... français, néerlandais, italien, espagnol... Car les demandes du Royaume-Uni résonnent avec celles qui travaillent, sur le Continent, non seulement les éléments anti-européens mais aussi bon nombre de partis de gouvernement.

Londres voudrait par exemple limiter l'immigration : actuellement 300.000 personnes arrivent au Royaume-Uni chaque année, les conservateurs aimeraient ramener ce chiffre à 100.000. Traduit dans les termes de la négociation technique qui s'est engagée, cela pose ce genre de question : comment différencier le bénéfice des prestations sociales en fonction de la nationalité ou, pour le dire plus clairement, assurer une forme de « préférence nationale » ? Il existe des marges de manoeuvre. On ne peut pas douter qu'une fois dévoilées, elles créeront un précédent. Autre volet des discussions en cours : la souveraineté.

Le gouvernement Cameron veut se soustraire à l'objectif d'« union toujours plus étroite » inscrite dans le traité. En d'autres termes, faire clairement comprendre que son pays n'a pas vocation à rejoindre une Europe toujours plus fédérale.

Dès novembre, donc, le cercle fermé des fines lames de la politique européenne n'aura plus le monopole du débat. Tout deviendra plus public, politique, plus trivial... et plus incontrôlable. Or, si le Royaume-Uni s'est forgé de longue date une place à part dans le club, en restant hors de Schengen et hors de l'euro, les pays continentaux ont jusqu'à présent joué le jeu. S'ils venaient à tenter à leur tour de se mettre sur une orbite plus éloignée de Bruxelles, la force centripète qui s'exerce sur le Continent depuis soixante-dix ans pourrait bien venir à faiblir.

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