Charlemagne, hélas, n'y peut plus rien

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(Crédits : © Alkis Konstantinidis / Reuter)
La semaine dernière, à Aix-la-Chapelle, Martin Schulz a reçu le prix Charlemagne. Le social-démocrate allemand était honoré pour avoir été un « Spitzenkandidat » (chef de file) aux élections de 2014.

Honoré pour avoir incarné ce qui ressemblait à un choix démocratique entre social-démocratie et démocratie chrétienne ou, pour reprendre un référentiel plus français, entre la gauche et la droite.

En faisant campagne dans toute l'Europe, il avait incarné, avec Jean-Claude Juncker, son principal challenger social-chrétien, l'embryon d'un débat politique européen. Le président Hollande avait fait étape dans la capitale de l'empire. Il prononça un discours personnel et émouvant pour son camarade Martin Schulz.

Une social-démocratie européenne semblait exister

S'il n'y avait pas de « république » européenne, Bruxelles réussissait néanmoins enfin à faire siens les repères idéologiques de ses vieilles nations et à exister comme cité politique.

L'Union avançait. Soit. Mais les choses ne sont pas si simples. Gianni Pittella préside le groupe des sociaux-démocrates au Parlement européen. Cet Italien venu d'une région pauvre coincée entre les Pouilles et la Calabre, est issu d'une dynastie de chirurgiens italiens. Son père et son frère ont comme lui troqué le bloc opératoire pour les antichambres politiques. Inconnu du public français, il est pourtant sur la scène bruxelloise un personnage qui compte.

Avec Manfred Weber, le patron, allemand, des chrétiens-démocrates au Parlement, Martin Schulz, Frank Timmermans, le vice-président de la Commission, et Martin Selmayr, omniprésent chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, il appartient au « G5 », comme l'a appelé le site Politico, ce groupe informel qui pilote l'agenda européen.

C'est un homme de gauche... qui joue à fond la carte de la « grande coalition » à l'allemande placée à la tête du vaisseau bruxellois depuis la fin de l'année dernière.

Il soutient sans état d'âme le social-chrétien Juncker, jadis challenger de Martin Schulz aux Européennes de 2014 et désormais allié, au Parlement, du président de la Commission. Et il n'hésite pas à prendre ses distances avec la gauche de la gauche, incarnée par Syriza.

« La Commission a adopté l'attitude juste » à l'égard de la Grèce, dit-il.

Elle a accordé au gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras « toute la flexibilité nécessaire du point de vue social », dit-il.

Et d'ajouter, en gage de loyauté : « Le gouvernement grec doit mettre en oeuvre les réformes. »

Syriza, il est vrai, n'appartient pas à la famille social-démocrate.

N'y a-t-il donc pas l'épaisseur d'un papier à cigarette entre le centre gauche et le centre droit européens ?

« Nous ne sacrifierons pas nos lignes rouges », dément Gianni Pittella.

Parmi elles, l'établissement de « quotas » de réfugiés, essentiellement venus de Syrie, entre pays européens. Seulement voilà : cette ligne rouge sépare Bruxelles des capitales, pas la gauche de la droite.

Quand le président, social-chrétien, de la Commission a proposé ces mêmes quotas, l'un des premiers à protester n'était autre que le camarade Manuel Valls. Alors que la grande coalition européenne apparaissait plus unie que jamais, la grande famille européenne de la social-démocratie affichait ses divisions sur la question. Preuve s'il en est que ce n'est pas un conflit d'idéologie mais un conflit de légitimité qui travaille en ce moment le continent européen.

Est-ce une crise de croissance ou l'annonce de la fin du projet lancé il y a 70 ans ? L'avenir le dira.

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