Le retour de la guerre du boeuf aux hormones

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Les producteurs de truffes, Roquefort, Vespa et autres moutardes vont-ils devoir renoncer à des dizaines de millions d'exportations vers les États-Unis ? La réponse dépendra largement de Robert Emmet Lighthizer, le très protectionniste nouveau représentant au Commerce (USTR) récemment nommé par Donald Trump.

À la fin de l'année dernière, peut-être rassérénés par l'élection du candidat républicain, les producteurs américains de viande de boeuf ont en effet réussi à faire rouvrir à l'USTR une enquête sur l'interdiction européenne d'importation de boeuf aux hormones américain.L'affaire, l'un des conflits commerciaux les plus toxiques qui ait opposé Bruxelles et Washington depuis soixante ans, remonte aux années 1980. À l'époque, l'Europe refuse obstinément de laisser débarquer sur son marché la viande de boeufs dopés : mauvaise pour la santé et surtout bien trop compétitive, vu sa vitesse de « production ». Furieuse, l'administration américaine porte l'affaire devant l'Organisation mondiale du commerce... qui lui donne raison et l'autorise à prendre des mesures de rétorsion à concurrence de 117 millions de dollars de droits supplémentaires sur une liste de produits « typiquement européens ».

Dès lors, le roquefort pouvait être taxé non pas à 100 % mais... à 300 % avant de se retrouver sur les étalages des magasins de luxe américains. Autant dire adieu aux près de 4 millions de dollars d'exportation du petit chef-d'oeuvre du Larzac. Sans parler de l'eau minérale, des échalotes, de la colle made in Germany, des Vespa et autres produits typiquement européens qui figurent sur la liste rouge des douanes américaines.

L'affaire fait grand bruit...

Bruxelles retourne à la table de négociation. En 2009, « Lady » Catherine Ashton, alors commissaire au Commerce, réussit à sceller un pacte : les Européens acceptent l'ouverture d'un contingent d'importation de 62 660 tonnes de viande de boeuf à 0 % de droits de douane, à condition qu'elle soit garantie sans hormones, et Washington ramène progressivement les taxes des produits visés à un taux plus décent.

Tout aurait pu en rester là si les cow-boys américains n'avaient pas surestimé leurs forces. Au fil des années, le contingent est en effet grignoté par des viandes meilleur marché (et sans hormone) venant d'Uruguay, d'Argentine ou encore d'Australie. Le « deal » ne tient plus. D'où l'annonce par l'USTR, le 22 décembre dernier, d'une enquête qui pourrait déboucher sur la demande d'un nouveau contingent ou simplement la dénonciation unilatérale de l'accord de 2009. Pour les producteurs de boeuf européens, il y aurait là un « coup à jouer », assure un lobbyiste qui voit déjà le quota d'importation s'évanouir et élargir d'autant le marché de la production made in Europe. Ce n'est pas l'avis du député Vert allemand Martin Häusling qui craint la réouverture d'une « guerre commerciale », qui ne profitera à personne, notamment pas aux producteurs de lait européen qui rêvent d'exporter plus aux États-Unis.

La Commission européenne, accusée d'avoir voulu rouvrir le dossier dans le cadre des négociations du traité transatlantique (Tafta ou TTIP), se récrie et assure qu'elle tiendra bon... « Modifier l'interdiction du boeuf traité aux hormones n'a jamais fait partie des négociations avec les États-Unis sur un possible accord commercial », assure un porte-parole. À suivre, donc. En attendant, la balle - et le droit -sont dans le camp des États-Unis. L'USTR clôture son enquête le 22 février.

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Commentaires
a écrit le 20/02/2017 à 9:15 :
On se prive d'un boeuf excellent. Je me souviens d'un merveilleux New York steak, fondant à souhait.
http://wikidiscouvery.com/
a écrit le 17/02/2017 à 20:16 :
Le plus gros producteur de truffes en France, c'est le Parti socialiste :-)
a écrit le 17/02/2017 à 12:12 :
Sauf que vu que trump devrait utiliser massivement le protectionnisme il sera facile pour nous également d'interdire leur nourriture contaminée.

Ah mais suis je bête c'est vrai nous sommes en europe et nos dirigeants européens n'en ont rien à faire de notre santé, ils ne dirigent que pour les actionnaires milliardaires...

Aïe donc en effet.
Réponse de le 17/02/2017 à 23:56 :
C'est pourtant l'Europe qui, par exemple, veut forcer la France à diminuer les taux de particules fines dans l'air de ses villes.
Réponse de le 20/02/2017 à 14:25 :
Oui et ?

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