TTIP/Tafta : le jeu trouble de Matthias Fekl

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Ce n'est ni Paris, ni Berlin, ni Vienne, ni Gabriel et pas plus Matthias Fekl, le jeune secrétaire d'État au Commerce du gouvernement Valls, qui empêchent la conclusion du deal avant la fin de l'année.
Ce n'est ni Paris, ni Berlin, ni Vienne, ni Gabriel et pas plus Matthias Fekl, le jeune secrétaire d'État au Commerce du gouvernement Valls, qui empêchent la conclusion du deal avant la fin de l'année. (Crédits : Reuters)
Il est rentré de Bratislava triomphant, Matthias Fekl, le jeune secrétaire d'État au Commerce du gouvernement Valls. Mais pour quel résultat?...

« Pour la première fois, il y a une vraie prise de conscience des problèmes que soulèvent les négociations » du TTIP, le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement, a-t-il déclaré à l'AFP, ajoutant :

« Quasiment la moitié des États membres ont indiqué que, en l'état actuel des choses, les négociations ne pouvaient pas aboutir. »

Politiquement, le message est clair: nous avons entendu la peur de l'opinion. Parfait! Mais que d'approximations et de mensonges par omission dans sa manière d'y répondre!

D'abord, ce n'est pas « quasiment la moitié », mais 10 pays sur 28 qui ont exprimé, de façon plus ou moins ferme, le souhait de geler les négociations. Ensuite, plus personne ne défend depuis longtemps l'idée que les négociations auraient pu aboutir avant la fin de l'administration Obama. Tout comme le président Hollande, en disant qu'on n'y arriverait pas, le ministre ne fait qu'exprimer une évidence, en la parant des atours d'une victoire politique. Enfin, les négociateurs européens n'ont pas attendu le 23 septembre pour constater qu'il y avait des difficultés.

Le blocage vient en fait du côté américain

La Commission répète depuis des mois que « la substance doit prévaloir sur une échéance artificielle », autrement dit sur la date des élections américaines.

Quant aux lobbies bruxellois qui défendent l'accord, ils estiment que, en juillet, quand les négociateurs ont commencé à vraiment mettre des textes sur la table après trois ans de pourparlers, on était proche d'une solution sur environ 60% des sujets.

Ce n'est ni Paris, ni Berlin, ni Vienne, ni Fekl, ni Gabriel qui empêchent la conclusion du deal avant la fin de l'année. C'est tout simplement les élections américaines, qui font qu'il n'y aura pas de secrétaire au Commerce opérationnel avant mi-2017, et tout simplement l'énormité de l'entreprise.

"Si on le fait, on devient les maîtres du standard mondial"

Une entreprise qui mérite d'être passée au crible de la critique, mais dont Pascal Lamy a dit tout de même :

« Si on le fait, on devient les maîtres du standard mondial. Les Coréens, les Japonais, les Chinois devront s'ajuster à une norme euro-américaine. »

Rien n'empêche de préférer les slogans des manifestants à l'avis de l'ancien directeur général de l'OMC, mais on aurait bien aimé un commentaire du ministre sur ce dernier avis.

M. Fekl oublie également de rappeler que, depuis 2006, le Parlement européen a adopté 11 résolutions appelant soit à ouvrir, soit à poursuivre les négociations. On peut déplorer que les socialistes français n'y soient pas majoritaires, mais il faut quand même l'accepter. Sans doute les autres sont-ils tous sous l'influence du big business...

Des négociations très longues, quoi d'étonnant?

Dire que les négociations commencées il y a trois ans sont à l'arrêt est tout aussi faux : elles se poursuivent, de round en round, depuis trois ans. D'ailleurs, rappelons que l'accord avec le Canada, le CETA, que M. Fekl devrait signer en octobre des deux mains comme il l'a promis, a demandé quelque sept années d'efforts. Et l'enjeu était autrement moins important avec un pays de 31 millions d'habitants. S'il faut encore trois ou quatre ans pour boucler le deal américain, cela restera tout à fait honorable pour une négociation internationale de cette ampleur.

Apparemment, le prochain combat de M. Fekl est d'obtenir une majorité pour suspendre les négociations. On aimerait bien savoir au service de quoi il compte mettre cette pause. Sans doute le président Hollande éclairera-t-il l'opinion sur ce point le 21 octobre, où les chefs d'État et de gouvernement des Vingt-Huit, réunis à Bruxelles, s'empareront du sujet.

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Commentaires
a écrit le 01/10/2016 à 1:01 :
Et si tout simplement le TTIP/Tafta était un danger pour les peuples européens en particulier?
Est ce démocratique de donner aux multinationales d'être au dessus des lois votés par les citoyen(ne)s?

est que l'intérêt bien compris de notre pays, de son industrie, de on mode de vie, mais aussi celui de l'UE sont de signer un traité qui nous liera et soumettra à l'administration américaine et aux mutinationales.

la souveraineté démocratique: c'est voter le budget, voter l'impôt, c'est battre monnaie, c'est privilégier l'intérêt général, se retrouve dans les lois votés par les parlements?

Les intérêts à long terme de notre pays et de l'UE sont ils les mêms que ceux de l'administration américaine?

Même le peuple américain est hostile au TTIP Tafat.

La démocratie et l'indépendance , la souveraineté ne se brade pas, se soumettre n'est pas un progrès, ni pour l'industrie, ni pour notre pays, ni pour l'UE.

Le TTIP ferait de nous un protectorat de l'administration américaine!

Non la démocratie, non la souveraineté démocratique ne peut être bradé par des technocrates au de lobbies américains et bruxellois. La liberté de choix, la liberté de vivre comme nous le voulons n'est pas à brader, ni à abandonner!
a écrit le 30/09/2016 à 16:52 :
On ne voit pas pourquoi un accord ne serait pas possible sur tout ou partie des sujets et pour certains états et pas d'autres. Evidemment si on exige un accord en vigueur avec 28 états et sur tous les sujets, il n'y aura jamais d'accord (puisqu'il faut 28 signatures).
a écrit le 30/09/2016 à 12:57 :
Il aurait aussi été intéressant de souligner que les Etats-Unis sont très fermes concernant certains intérêts français, comme l'ouverture des marchés publics (alors que le Canada a accepté d'ouvrir ses marchés publics dans le cadre du CETA), ce qui constitue une autre raison du soi-disant "refus" de la France.
a écrit le 30/09/2016 à 11:09 :
"on était proche d'une solution sur environ 60% des sujets"

Les hommes d'affaires parlent comme les politiciens, cette phrase ne veut strictement rien dire.

Ou au pire qu'il y avait 40% de sujets sur lesquels les désaccords étaient flagrants et 60% de sujets non conclus et donc 100% de sujets non aboutis c'est pas vraiment une réussite, à savoir l'inverse de ce qu'à voulu lui faire dire son auteur.

Une belle leçon de détournement sémantique, merci.

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