Un film belge, une fois, sans rire

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(Crédits : DR)
Rostropovitch, Meldhau, Jarrett s'y sont fait applaudir. Mais l'autre soir, c'est une tout autre musique qui montait de la magnifique salle Henri Le Boeuf du Palais des beaux-arts. Le chef d'orchestre s'appelle Guy Verhofstadt, chef du groupe libéral au Parlement européen.

 Battant l'air de ses bras interminables, l'ancien Premier ministre belge vient de publier un livre pour populariser l'idée fédérale européenne. Il aimerait en faire un film et raconte son entretien avec un producteur, dans un bar de Beverly Hills, « par une magnifique journée ensoleillée ».

- « Comment s'appelle le livre ? », demande l'Américain.

- « Europe's Disease (LaMaladie de l'Europe) », lui répond le Belge.

- « Shit ! Who cares ? », lui répond l'autre. La salle s'esclaffe.

Verhofstadt n'a pas renoncé.

Il voudrait refaire le coup d'Al Gore, dont le documentaire sur le changement climatique Une vérité qui dérange, a fait le tour du monde.

« Il y avait aussi des diapos dans le film d'Al Gore », explique-t-il.

Puis il convoque Inside Job, le petit bijou de Charles Ferguson sur la crise des subprimes, qui a reçu l'Oscar du meilleur documentaire en 2011.

Mais là, les spectateurs ne rient pas : ils n'ont pas vu le film... ou ne voient pas le rapport.

Verhofstadt raconte lui-même l'histoire

Celle d'un projet dévoyé : la Communauté politique - une construction fédérale parfaite - dont le traité avait été signé en 1953 (on l'a oublié depuis) et qui n'a jamais vu le jour à cause... des Français. Le rejet de la communauté européenne de défense par l'Assemblée nationale en 1954 a tout gâché. Moyennant quoi, il n'y eut que des communautés « sectorielles » : charbon et acier, énergie atomique et marché commun. Et depuis, l'Europe est « malade ». Malade de quoi ?

« De la règle de l'unanimité », c'est-à-dire de ce droit de chaque État de poser son veto sur certaines décisions... et notamment celles qui touchent à l'autorité budgétaire des parlements.

« Cette Europe à la carte ne peut et ne doit pas fonctionner », dit-il.

Pour preuve : la crise grecque.

- « Imaginez la Californie qui dit : on n'aime pas le dollar, on retourne à la peseta », dit-il. Alors que faire ?

- « La première chose à faire est de se débarrasser de l'unanimité », explique le député européen.

Verhofstadt veut faire les États-Unis d'Europe... pilotés depuis la Commission, qu'il rêve de présider depuis qu'il a quitté « le 16 » (rue de la Loi, où travaille le chef du gouvernement belge, qu'il fut de 1999 à 2008). Comme cela, on pourra résoudre la crise de l'euro, des migrants, géopolitique et même retrouver la croissance.

Les Britanniques songent-ils à quitter le navire ?

Qu'à cela ne tienne !

« Le Brexit est une grande opportunité pour une Europe plus intégrée. On leur donne ce qu'ils demandent et, en contrepartie, on renonce à l'unanimité. »

Comme si, une fois résolu le problème Cameron, il n'y aurait plus de problème finnois, grec, espagnol, français... Le correspondant du Times, invité, fait son point : l'Union européenne souffre du « syndrome TINA » (There is no alternative). « Le plus grand danger qui la guette, ce n'est pas le Brexit, mais l'explosion des populismes », explique Bruno Waterfield.

Et de citer « la Grèce devenue une colonie de la dette de Francfort » et « les migrants envoyés en Lituanie à cause des quotas ».

L'Europe ne parle plus que « de faire faire des choses aux peuples » tout cela au nom de la mondialisation.

- « C'est malheureux », explique le Britannique.

Et soudain, le libéralisme de Verhostadt pâlit.

Le spectacle se termine. Derrière moi, un éminent économiste de la place souffle à l'adresse de son compatriote flamand : « C'est un populiste. »

À vouloir faire du fédéralisme populaire et grand public, à simplifier à l'extrême, le politicien flamand en est venu à « bâcher » sans précaution les gouvernements nationaux et leur électorat.

Paradoxalement, il est devenu l'exact contrepoint du populisme souverainiste. Récemment, derrière des portes closes, un dirigeant européen n'a-t-il pas eu ce mot :

« Je ne suis pas extrémiste, je me situe à égale distance de Marine Le Pen et... Guy Verhofstadt » ?

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