La guerre, mais contre qui déjà ?

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Par Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction.

Depuis quelques jours, le ton a changé en France. La "guerre " est déclarée contre les vilains spéculateurs qui attaquent la dette de la France. Cette guerre a des soldats : les équipes de l'Agence France Trésor qui s'occupent du financement de l'État sur les marchés financiers. Chaque semaine, elles s'assurent du placement d'un programme d'emprunt qui représente sur l'année près de 200 milliards d'euros à moyen et long terme. Avec les tensions récentes, c'est devenu plus cher. L'écart de taux à 10 ans entre la France et l'Allemagne approche de niveaux jamais vus (2 points). Certes, à moins de 4% à 10 ans, le taux en valeur absolue reste historiquement bas. Mais la séquence est désormais claire : "lorsque le spread atteint 1 point, c'est l'avertissement ; à 3 points, c'est l'alarme ; à 5, c'est la fin ", écrit Jean Pisani-Ferry, le directeur du centre européen Bruegel, dans son livre "le Réveil des démons" (Fayard). C'est ce qui est arrivé à la Grèce, au Portugal, à l'Espagne, à l'Italie.

Désormais, même des pays qui semblaient intouchables, comme les Pays-Bas, la Finlande et l'Autriche, sont affectés. Ce n'est pas la première fois que l'Europe connaît cette situation. Avant l'euro, la hiérarchie des primes de risque reflétait la divergence des qualités intrinsèques de chaque pays. L'un des avantages était que les marchés, c'est-à-dire les épargnants mondiaux, exerçaient ainsi une pression sur les gouvernements qui les empêchait de mener une politique trop laxiste. La création de l'euro a mis fin à cette hiérarchie, en faisant croire que le risque souverain était le même, que l'on soit investi sur la dette allemande, italienne ou grecque. Cela pourrait être le cas si l'union monétaire était une véritable union politique, c'est-à-dire une union des transferts, où les pays en excédent (ceux du Nord) accepteraient de financer ceux en déficit (le Sud). Ce n'est, hélas, pas le cas. La convergence des taux, principal bénéfice de l'euro, était notre bien commun. Il a été dilapidé par des gouvernements impécunieux qui sont en train de s'apercevoir, un peu tard, qu'il n'y a pas de "repas gratuit " sur les marchés financiers.

Dès lors, demander, pour ne pas dire supplier, comme le fait actuellement le gouvernement français, à la Banque centrale européenne de sortir son gros "bazooka ", c'est-à-dire intervenir sans limites sur les dettes publiques pour plafonner les taux, semble un peu étrange. C'est avouer son impuissance et son absence de crédibilité. C'est reconnaître que la bataille est déjà perdue et que l'on n'est pas réellement déterminé à faire le nécessaire pour retrouver la confiance des marchés.

Deux plans de rigueur en deux mois n'ont en rien empêché la dégradation de la cote de la dette française. Au contraire, le deuxième a accéléré la chute. Un troisième plan n'aura pas plus d'effet, parce que c'est la parole politique qui s'est démonétisée. A force de ne pas respecter leurs engagements, de baisser les impôts sans baisser les dépenses, nos dirigeants ont fini par perdre tout crédit. Alors que la croissance fait défaut, plus personne ne croit que le déficit public français sera divisé par deux entre 2011 et 2013. Ou en tout cas, il faudra une nouvelle légitimité démocratique, après l'élection présidentielle, pour en décrire le chemin et les modalités. D'ici là, à l'Agence France Trésor, on peut s'attendre à six mois très agités.

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