Viser loin et oublier nos peurs...

Une France qui n'aurait plus peur... celle qu'Erik Orsenna appelle de ses vœux dans nos colonnes. C'est ce que l'on peut souhaiter de mieux à notre pays alors que s'achève une campagne électorale éreintante qui a dressé l'inventaire scrupuleux de nos peurs et de nos défaillances, ne s'arrêtant que pour de brèves escales sur nos forces et nos atouts.
François Roche
François Roche

La France que l'on a décrite ces dernières semaines n'est pas celle que l'on connaît. Elle n'est pas cette nation usée, aigrie, repliée sur elle-même, obsédée par son passé, méfiante devant l'étranger, refusant la compétition économique, acceptant comme inéluctable le déclin de son potentiel industriel, technique, scientifique, culturel, que trop de débats politiques ont décrit à l'envi.

Cela ne veut pas dire qu'elle n'est pas confrontée à des problèmes sérieux dans son modèle social et économique. Mais il n'existe pas de malédiction du déclin à partir du moment où ces problèmes sont identifiés et qu'il existe, au sommet de l'État, une vision stratégique partagée sur la direction à prendre pour les dix ou vingt ans qui viennent, et sur un plan d'action à la fois crédible dans ses principes et rigoureux dans sa mise en application. Le nouveau président ne devrait se donner qu'un seul objectif : préparer l'avenir, réinventer un modèle largement ouvert sur le monde, dans lequel le potentiel intellectuel, créatif, scientifique et entrepreneurial français trouverait à s'exprimer à plein, ce qui serait la seule façon de trouver la place qui doit être la nôtre dans les nouveaux équilibres économiques qui se profilent à l'horizon.

La France est d'une richesse infinie. Il suffit d'aller à la rencontre de ses territoires, de ses universités, de ses centres de recherche, de ses entreprises pour s'en convaincre. Démultiplier ce potentiel, favoriser son déploiement par une gouvernance avisée, tel devrait être le souci premier de tout gouvernement.

Dans le débat qu'ils ont eu ensemble, Erik Orsenna l'académicien, expert de la mondialisation et Nicolas Baverez, l'analyste acéré de la réalité économique et politique française, se sont retrouvés sur ce point : la France que l'on voudrait c'est celle qui prend à bras-le-corps son destin européen, qui s'engage dans de nouvelles coopérations avec les pays de la rive sud de la Méditerranée, qui prend conscience de la nécessité de gérer ses ressources et ses territoires avec le souci du long terme, qui est capable de donner à ses enfants une éducation qui les arme pour les défis économiques de demain, sans distinction d'origine ou de classe.
Dans l'entretien qu'il nous a accordé, Nicolas Sarkozy ne dit pas autre chose lorsqu'il affirme vouloir « renforcer notre compétitivité, refaire de la France une terre industrielle » et sur chaque thème faire « le choix courageux, celui d'une France forte ». « Je veux une terre de production, pas de délocalisations », dit encore Nicolas Sarkozy. Comment ne pas être d'accord avec cette proclamation qu'il lui appartiendra, s'il est réélu, de faire partager à l'ensemble du corps social et des forces économiques, ce qui implique des actions fortes, portant sur une échelle de temps bien au-delà des limites d'un quinquennat.

La France en 2040... L'exercice peut paraître osé, voire incongru en ces temps où l'urgence prime, où les réponses doivent être immédiates. Pourtant, ce travail initié par la Datar en 2009 et dont nous publions les principales conclusions, est éclairant. Il part de la géographie, de l'organisation de l'espace et, en poussant un certain nombre d'hypothèses, il tente de dresser la carte de France de 2040 en y intégrant les différentes composantes des territoires : l'évolution de la démographie, le sort des villes moyennes, l'urbanisation, la métropolisation, le partage de l'espace entre l'urbain et le rural, les grands flux de communication et de transport.

Ce que sera la France en 2040 dépend de grands choix politiques et de société qui devront être faits dans les toutes prochaines années. Ces choix concernent le type de gouvernance dont la France veut se doter dans les territoires, le type d'agriculture qui correspondra le mieux aux besoins de la population mais aussi au respect des ressources et des sols, le type d'investissements en matière de technologies de communication, mais aussi de transports et de services publics, le type d'urbanisation que l'on souhaite privilégier.
Veut-on la concentration des richesses dans de grandes métropoles régionales largement ouvertes sur le monde, ou veut-on privilégier la construction d'un tissu économique diffus dans l'ensemble des territoires, organisé autour d'un archipel de villes moyennes ? Sans parler du type de fiscalité et des modes de financement qu'il faudra inventer pour rester cohérents avec les choix opérés.

Ce sont des choix lourds qui engagent des modifications dans le mode de vie et d'organisation sociale et géographique des Français. Mais on ne pourra pas réinventer un modèle français sans intégrer des perspectives et des visions de long terme. Viser loin est peut-être une bonne façon de faire disparaître les peurs quotidiennes.

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Commentaires 3
à écrit le 07/05/2012 à 19:45
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Article exceptionnel, trivial et juste ô combien. Exceptionnel, parce que c'est une voix qui crie dans un désert intellectuel. Trivial, parce qu'il rappelle des choses tellement évidentes. Juste, parce que si on va vers le passé, on va vers le passé....

à écrit le 05/05/2012 à 22:43
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du Quand le monde explosera la derniere voix que l on entendra sur les ondes est celle d un expert entrain de dire que c est impossible! Orson wells Du bla bla vague et consensuel

à écrit le 05/05/2012 à 4:02
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On dirait qu'il parle de l'Israel.

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