Règle d'or  : déjà Mendès France...

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Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction
Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction (Crédits : A.CAEN)
La transparence, c'est toujours mieux quand elle s'applique aux autres. En acceptant de réduire de 10 % le montant de leur indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), tout en refusant de rendre compte de l'usage qu'ils font de cet argent, les députés viennent de montrer pourquoi il est si difficile de réduire la dépense publique dans notre pays. Comment ceux chargés de voter un budget qui réclame un effort à tous les Français peuvent-ils être crédibles s'ils ne s'appliquent pas à eux-mêmes la rigueur qu'ils exigent des autres ?

Cette décision est emblématique des dysfonctionnements de notre démocratie. Les mêmes résistent avec acharnement à toute remise en cause du cumul des mandats, qui figure pourtant parmi les promesses du président élu. Mais comment ne pas voir qu'il est incompatible d'exercer à la fois un mandat national et un mandat local lorsque le premier exige de contrôler les dépenses du second ? On n'est pas ici dans le symbole, mais au c?ur du problème de la dépense publique, à savoir son défaut de gouvernance. Edgar Faure l'avait très bien dit : « La France sait faire, mais ne sait pas défaire. » Depuis vingt ans, on a multiplié les structures, empilé les niveaux territoriaux, créé des agences publiques et parapubliques aux fonctions souvent redondantes, pour ne pas dire inutiles. Il est temps de se rendre compte d'une simple vérité : si on ne parvient pas à réduire les dépenses, c'est parce qu'on ne le veut pas. C'est évidemment tellement plus facile d'augmenter les impôts.

Le procès est certes un peu injuste. N'y a-t-il pas eu la RGPP, la fameuse revue générale des politiques publiques ? Il faut lire le rapport remis mardi à ce propos au Premier ministre pour comprendre pourquoi réformer l'État est aussi ingrat. Les fonctionnaires qui ont mis en ?uvre cette politique y sont injustement accusés d'avoir procédé à des rationalisations aveugles, appliquant des méthodes de consultants du privé, dans le seul but de réaliser des économies rapides et sous la pression d'une règle de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux qui aurait « pris le pas » sur les autres objectifs. La RGPP a pourtant produit de bons résultats, avec près de 12 milliards d'euros d'économies de 2009 à 2012. Et, dans le budget 2013, certains ministères comme Bercy appliqueront même une règle encore plus rigoureuse, avec le non-remplacement de deux départs sur trois. Preuve que c'est possible et que la méthode a du bon, même s'il faut sans doute la rendre plus humaine en y associant mieux les fonctionnaires.

Le nouveau gouvernement s'apprête à la reprendre sous un autre nom, en étendant l'approche à une réflexion sur le périmètre des missions de l'État, en liaison avec celles des collectivités locales et de la Sécurité sociale. Le 1er octobre, Jean-Marc Ayrault donnera le coup d'envoi à cette « RGPP de gauche » qui ira de pair avec l'acte III de la décentralisation. Peut-être pourra-t-il s'inspirer utilement du discours « Gouverner, c'est choisir », prononcé le 3 juin 1953 par Pierre Mendès France : « Ne disposant que de moyens limités, nous devons veiller soigneusement à les affecter aux objets essentiels, à éliminer ce qui est moins important au profit de ce qui l'est davantage. Dans tous les domaines, nous aurons à transférer l'effort de l'improductif au productif, du moins utile au plus utile. Ce sera la règle d'or de notre redressement, règle universelle valable pour les activités privées comme pour le secteur public. L'État doit donner l'exemple. » Soixante ans après, la règle d'or de Mendès France n'a pas pris une ride.

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Commentaires
a écrit le 29/09/2012 à 7:47 :
Il eut mieux valu ne rien toucher aux émoluments des députés plus tôt que d'assister à cette mascarade. Il serait temps d'avoir un peu plus de sérieux dans la politique. Puisque nous cherchons à réduire le chômage ; nos chers députés pourraient employés à leur service des vrais secrétaires diplômés en place des membres de leur famille ; trop souvent sans la qualification requise. Comment voulez-vous qu'ils bénéficient d'empathie auprès de l'opinion publique, dés lors qu'on assiste à des arrangements entre gens de même condition. Le salaire qu'il leur est attribué correspond à un grand professionnalisme ; donc leur entourage ne peut souffrir d'usage d'un autre temps.
a écrit le 29/09/2012 à 5:57 :
Les députés ne sont pas les seuls à vampiriser les deniers publics: je pense aux sénateurs, et au niveau au-dessus les députés européens, les fonctionnaires européens et leurs chefs non élus les commissaires européens
a écrit le 28/09/2012 à 22:43 :
Enfin, un article qui résume bien le mal : le changement, mot galvaudé, vide de sens, puisqu'on ne dit pas ce que l'on va changer. Une évolution majeur d'allègement de nos structures administratives, une redistribution des agents de l'état seraient bénéfiques aux réductions des dépenses. La croissance, mais pour fabriquer quoi? Vendre à qui? Beaucoup de milliards vont être mis à la disposition d'un crédo, milliards fournis par l'impôt + l'emprunt (encore!). La spirale de l'absurde société de consommation aura-t-elle une fin?
Réponse de le 30/09/2012 à 14:49 :
@gcapel
La société de consommation verra sa fin à partir du moment où les réserves de pétrole seront proches de l'épuisement. Ca a déjà commencé même si on ne nous le dit pas officiellement. Les réserves prouvées sont sur-estimées, et le Peak-Oil dépassé. Le retour de la barbarie dans certains coins de la planète est bientôt de retour, je vous laisse deviner les endroits les plus sensibles.
a écrit le 28/09/2012 à 12:18 :
nos dirigeants sont bien ceux qui nous ont ruiné, gouvernements et élus qui, depuis 30 ans, budget après budget ont sans cesse proposé, voté et mis en oeuvre les déficits budgétaires qu'il a fallu financer avec de la dette. Aujourd'hui il n'est plus possible d'aller plus loin. Ces irresponsables ont choisi d'écraser d'impôts les Français ce qui va accélérer la récession. Ils ne veulent pas réduire la dépense publique, seul remède à cette faillite. Pas de problème, les marchés le feront pour eux. Merci les marchés.
a écrit le 28/09/2012 à 9:57 :
Mendès -France en rêvait, Salazar ( Portugal ) et Ceauscescu ( Roumanie) l'ont fait .
a écrit le 28/09/2012 à 9:37 :
La france est une republique bananiere qui a exporte son savoir faire durant la periode des colonisations en afrique....Nous avons une oligarchie,paye par le contribuable mais qui pense qu'ils n'ont pas besoin de rendre des comptes et qu'ils sont intouchable.Le changement ne se fera certainement pas de maniere pacifique.Ca fait plus de 30 ans qu'on aprle du non cumul des mandats.....
Réponse de le 09/10/2012 à 18:06 :
Oui des années qu'ils nous prennent pour des cochons de payeurs, sans aucune vergogne et en toute impunité, vous avez raison, cela ne changera pas pacifiquement, mais !!!!! Nous sommes seulement deux ???? Cela fait peu pour lutter contre une oligarchie !!!!!!
a écrit le 28/09/2012 à 9:13 :
je trouve cet article excellent et toute la problématique des dépenses publiques y est bien posée. Ne devrait on pas prendre exemple sur le fonctionnement d'autres état où les dépenses de representation doivent être justifiées, non seulement dans leur montant mais dans leur intérêt, comme en Suède ? Mais le "courage" de nos politiques s'arrêtent rapidement quand cela touche leur petite personne si importante... J'en ai même entendu un dire que cette allocation n'était pas suffisante (plus de 5000? par mois, non imposable bien sur). Ça ne résoudra pas bien sur les problèmes de déficit mais l'exemplarité dont on nous rabat les oreilles ne devrait elle pas commencer par des actes aussi simple à mettre en place ?
a écrit le 28/09/2012 à 8:36 :
Ah mendès, quel homme ! Déjà il nous avait mis en garde contre la construction européenne toute entière fondée sur le marché :

http://www.arsin.fr/pages/contributions/discours-de-pierre-mendes-france-contre-le-traite-de-rome.html
a écrit le 28/09/2012 à 8:32 :
L'attitude des députés n'est pas étonnante. Suivant l'exemple de Mollasson, les députés sont des personnes normales, c'est-à-dire des personnes décidées à défendre leurs maigres pécules. Dans la République Fromagère, 10000 euros est le Revenu Minimum d'Adhésion (RMA) au club très fermé des décideurs, des individus qui ont du pouvoir. A moins de 10000 euros, vous êtes un paria, plus personne ne fait appel à vous, plus personne ne vous écoute, on vous rit au nez. A moins de 10000 euros, vous êtes pauvre.
a écrit le 28/09/2012 à 7:40 :
Ce cher Mendès n'a rien inventé et a repris la définition de l'économie.

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