Auto électrique : le jeu des 100.000 bornes

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Le gouvernement veut multiplier par cinq d'ici à 2022 la taille du parc, les ventes annuelles et le nombre de bornes de recharges publiques disponibles. La France a tout intérêt à accélérer dans l'électrique parce que c'est, avec le véhicule autonome, l'enjeu d'une bataille mondiale dont dépend le sort de nombreux emplois.
Le gouvernement veut multiplier par cinq d'ici à 2022 la taille du parc, les ventes annuelles et le nombre de bornes de recharges publiques disponibles. La France a tout intérêt à accélérer dans l'électrique parce que c'est, avec le véhicule autonome, l'enjeu d'une bataille mondiale dont dépend le sort de nombreux emplois. (Crédits : Lucy Nicholson)
La civilisation automobile, fondée sur le moteur à combustion thermique, a juste un petit défaut : elle est en train d'asphyxier nos villes, de congestionner nos poumons et nos routes. Minée par des scandales comme l'affaire Volkswagen, qui a détruit la confiance des consommateurs, l'industrie auto est condamnée à se remettre en cause pour participer à la lutte contre le réchauffement climatique. La solution est connue : il faut passer à l'électricité, en mode TGV.

L'industrie automobile a été la grande affaire industrielle du XXe siècle, source de libération individuelle et de progrès technologiques incessants. Louis Renault construit seul sa Type A en 1898. Dix ans plus tard, l'Amérique industrialise la Ford T. Cent ans plus tard, Elon Musk présente au public sa Tesla Model S, une berline familiale haut de gamme et 100% électrique, dont les ventes ont franchi les 200.000 exemplaires malgré un prix « insane », comme le mode de conduite de même nom qui permet à l'engin de passer de 0 à 100 km/h en 3,2 secondes.

D'un siècle à l'autre, le parc automobile mondial a dépassé le milliard de véhicules en circulation en 2010 ; il devrait encore doubler à la fin de la décennie, à raison de bientôt 100 millions de ventes par an, tous types de véhicules confondus. Le chiffre paraît gigantesque et il l'est, même si on le rapporte à une population mondiale qui comptera bientôt 7 milliards d'âmes. Cette civilisation automobile, fondée sur le moteur à combustion thermique, a juste un petit défaut : elle est en train d'asphyxier nos villes, de congestionner nos poumons et nos routes. Minée par des scandales comme l'affaire Volkswagen, qui a détruit la confiance des consommateurs, l'industrie auto est condamnée à se remettre en cause pour participer à la lutte contre le réchauffement climatique. La solution est connue : il faut passer à l'électricité, en mode TGV.

Bonne nouvelle, les tendances sont encourageantes. En 2017, selon l'Agence internationale de l'énergie, il s'est vendu dans le monde 1,1 million de véhicules 100 % électriques ou hybrides rechargeables, soit une croissance de 57 %. Plus de la moitié, soit 580.000 unités, ont été achetées en Chine, qui représente à elle seule 40 % d'un parc mondial de 3,1 millions d'unités. En France, 25 000 véhicules 100 % électriques et 12.000 hybrides rechargeables ont été vendus l'an dernier. Avec 120.000 unités, notre pays peut se féliciter d'avoir le plus important parc « zéro émission » en Europe.

Les incitations publiques sont cruciales

La performance est pourtant médiocre si l'on regarde les chiffres en valeur relative. Le bon élève de l'Europe est plutôt la Norvège, où la motorisation électrique représente désormais 39 % du marché. Bien sûr, la Norvège est un « petit pays » (en nombre d'habitants), bien servi par l'accès à une électricité hydraulique abondante et bon marché. Difficile de la comparer à la Chine, où l'électrique ne pèse encore que 2,2 % du parc total, comme le démontre la pollution endémique de ses grandes métropoles. Mais pour parvenir à ce résultat, la Norvège a employé des recettes dont la France pourrait utilement s'inspirer : la voiture électrique y est exemptée de taxes à l'importation et de TVA, et son heureux propriétaire bénéficie de la gratuité des péages autoroutiers et peut rouler sur les voies réservées aux bus. L'ambition d'Oslo est de parvenir à 100 % de ventes de véhicules électriques dès 2025. Cinq ans avant l'échéance de 2030 fixée par Anne Hidalgo pour l'interdiction de circulation de véhicules thermiques à Paris (dès 2024 pour les diesels)... Nicolas Hulot a évoqué pour sa part 2040 pour la disparition totale du moteur thermique en France.

Les incitations publiques sont cruciales pour faire basculer le marché vers le 100 % électrique. Les opinions sont plutôt favorables, mais de trop nombreux obstacles freinent la marche vers le zéro carbone. Avec une autonomie réelle de 200 à 300 km, la voiture électrique est celle des « trajets du quotidien », mais n'est pas adaptée à un usage familial sur longue distance. La peur de la panne est encore bien présente, et le prix, malgré les primes à l'achat, reste le principal obstacle à une adoption par les ménages les plus modestes, pas prêts à payer 25 smic pour un véhicule pas assez autonome.

Passer de 23.000 à plus de 100.000 bornes accessibles

Cependant, avec l'arrivée de nouveaux modèles, les constructeurs promettent des progrès spectaculaires en 2019. Le gouvernement veut multiplier par cinq d'ici à 2022 la taille du parc, les ventes annuelles et le nombre de bornes de recharges publiques disponibles : cela veut dire passer de 23 000 à plus de 100 000 bornes accessibles, pour éviter le deuxième péril qui guette l'« électromobiliste », celui de la queue à la borne.

Dernière pièce de l'équation, la défense de l'industrie nationale. La France a tout intérêt à accélérer dans l'électrique parce que c'est, avec le véhicule autonome, l'enjeu d'une bataille mondiale dont dépend le sort de nombreux emplois. Le remplacement progressif du parc automobile mondial représente des dizaines de millions de voitures et un marché de plusieurs dizaines de milliards d'euros par an. Avec le passage d'une technologie à l'autre, il est crucial pour l'Union européenne de ne pas dépendre de l'étranger pour la fabrication des batteries. Sinon, nos constructeurs seront condamnés à devenir de simples assembleurs qui auront vu s'échapper la valeur ajoutée. Et nous roulerons en électrique, certes, mais en électrique chinois...

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Commentaires
a écrit le 08/06/2018 à 15:14 :
S'est bien beaux toutes s'est voiture electrique, bon mais d'où vas venir tout cette électricité....
L'on réduit nos barrage hydroélectrique, l'on ferme nos central nucléaire, nous n'avons pas les moyens d'acheter plus de gaz ou du pétrole"...
Les eolien et le photovoltaïque sa ne produit presque rien...
Alors ? Le future s'est des dynamos a pédaler dans chaque habitation...
a écrit le 08/06/2018 à 13:40 :
"Louis Renault construit seul sa Type A en 1898. Dix ans plus tard, l'Amérique industrialise la Ford T. Cent ans plus tard, Elon Musk présente au public sa Tesla Model S ..." : vous oubliez un évènement important, surtout vu le sujet de l'article : la 1ière voiture à passer les 100km/h, la "Jamais contente" de Camille Jenatzy était ... une voiture électrique !!
a écrit le 07/06/2018 à 14:37 :
Nous devons changer de vision de l'automobile si on veut passer au tout electrique, actuellement un vehicule essence ou diesel est conçu pour 200000km le reste etant du bonus, un véhicule electrique quel qu'il soit pour 1 million minimum ce qui est écologiquement intelligent, aucun fabricant ne le conçoit, ce sont des essences électrifiées donc 200000km. L'etat non plus, routes dégradées, ralentisseurs qui détruisent nos véhicules et nous mettent en danger, mettre 60000€ dans une voiture et à 200000 entendre dire: votre direction est hs, la suspension est morte, pardonnez moi du mot mais c'est con!
a écrit le 07/06/2018 à 1:57 :
Les véhicules électro-solaires type Lightyear One dont l'opérateur de réseau Ennedis fait la pub car il en a compris l'intérêt, Stella Vie, Stella Lux, Sunswift Violet, Thyssenkrupp Blue.cruiser, Sunricruiser, Sunriser etc n'utilisent que 60 kg de batteries pour des autonomies d'environ 800 km le jour et 400 km la nuit et une charge solaire positive jusqu'à 70 km/h. Malgré les limites du solaire reçu/m2 ce sont les véhicules les plus efficients au monde. Bien sûr c'est fiable, durable et ne consomme quasiment rien donc les constructeurs font la moue et vont se faire prendre le marché par d'autres. Pourtant pour lutter contre le réchauffement climatique qui est bien d'origine anthropique comme on le sait depuis le 19e siècle, c'est une solution très efficace en plus de réduire nos importations fossiles.
a écrit le 06/06/2018 à 23:38 :
Bonjour.
Accoler combustion et thermique m’interpelle.
Existerait-Il une combustion sans production de chaleur ?
Cordialement
C.D.
a écrit le 06/06/2018 à 14:52 :
sachant que produire une voiture electrique coute plus chere a la planete qu'une voiture essence,que pour la recharger l'electricité viens forcement d'une centrale nucléaire,que les batterie,une fois morte ne sont pas recyclées a 100% vous avez toujours l'audace d'appeler ca une voiture "propre"!!!!!

vive le gpl!!!
Réponse de le 07/06/2018 à 1:06 :
C’est faux, et surtout avec les VE les plus modernes, leur bilan carbone est très inférieur à celui d’un véhicule thermique, et d’autant plus si on considère une électricité très décarbonée comme en France.
a écrit le 06/06/2018 à 12:54 :
FAUX : le très gros de la pollution CO2, ce sont les navires et juste après les camions. Les bobos se focalisent sur le diesel du banlieusard alors que 80% reste dans les transports industriels. Et là on ne les entend pas !
Réponse de le 06/06/2018 à 15:25 :
FAKE NEWS. Chiffres du ministère :" Emissions en 2007, en millions de tonnes Eq.CO2 : transport aérien : 4,6 ; route : 128 ; transport ferroviaire : 0,6 ; maritime : 3 ; autres : 0,6. "
On commence à retrouver de plus en plus cet affirmation que le transport maritime est le principal emetteur de CO2. C'est à des fins politique pour dénoncer la mondialisation et pas fondé sur les faits.
Réponse de le 06/06/2018 à 20:20 :
Les principales sources de pollution au CO2 sont les volcans et les gisements qui ont mal tournés tels que la mine de charbon à Centralia en Pennsylvanie qui est en feu depuis 1962 et la Porte de l'Enfer à Darvaza au Turkménistan qui brûle depuis 1971. Pour le gisement de gaz à Darvaza, la quantité de CO2 émise en une journée est équivalente à la totalité du CO2 émis en Ile-de-France pendant un an.
Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Porte_de_l%27Enfer_(Turkm%C3%A9nistan)
a écrit le 06/06/2018 à 12:21 :
La solution est simple : Il ne s'agit pas de passer à l'électrique ! Surement pas! Mais de changer nos habitudes et nos déplacements urbains. Cela passe par des investissements pour développer les transports en commun et les déplacements alternatifs comme le vélo. Ce n'est pas en remplaçant les voitures à essence par des électriques en nombre équivalent que l'on arrivera à améliorer la vie en ville. Pour les campagnards, rien ne remplacera efficacement la voiture par contre, mais le vrai problème est en ville.
a écrit le 06/06/2018 à 8:49 :
Le reseau mediocre du distribution de l'electricite ne permet pas un tel usage des bornes pour recharger les voitures electriques. On y va voire qu'est ce que ce passe en l'hiver avec le chauffage electrique des foyers partout, plus le surconsommation d'electricite dans les voitures electriques en l'hiver.
Réponse de le 07/06/2018 à 1:08 :
Pour parler ainsi, vous ne savez pas ce qu’est un réseau vraiment peu fiable. Allez donc faire un tour aux États-Unis, ou pire encore, en Afrique.
a écrit le 06/06/2018 à 8:25 :
"Minée par des scandales comme l'affaire Volkswagen, qui a détruit la confiance des consommateurs"

Heu... vous êtes sûr ?

"Volkswagen : va publier d'excellents résultats 2017" https://www.zonebourse.com/VOLKSWAGEN-436737/actualite/Volkswagen-va-publier-d-excellents-resultats-2017-25717532/

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