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La gauche la plus bête du monde !

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 28 novembre 2016 à 17:08 - Mis à jour le 28 novembre 2016 à 17:31

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Pendant longtemps, l'expression « la droite la plus bête du monde » a fait la preuve de sa pertinence. Au tour de la gauche de lui ravir le titre.

Divisée entre factions rivales, traversée de contradictions entre gaullistes, libéraux, bonapartistes, souverainistes, la droite a longtemps alimenté la machine à perdre, se montrant incapable de faire émerger un champion incontesté dans ses rangs. C'est pour vaincre cette malédiction qu'avait été créée l'UMP, l'Union pour un mouvement populaire, qui a joué son rôle en 2002 et 2007 avant de se déconsidérer au travers de la lutte fratricide à laquelle se sont livrés François Fillon et Jean-François Copé. L'expérience de la primaire de l'automne 2016, une première pour la droite française, vient de casser cette malédiction, en réussissant à sélectionner un nouveau leader bénéficiant d'une légitimité populaire incontestable. C'est une innovation politique majeure, cinq ans après celle qui avait permis au parti socialiste de choisir, selon le même processus populaire, son candidat.

Des valeurs clairement à droite

Elu par deux électeurs sur trois ayant participé dimanche à la primaire de la droite et du centre, soit 3 millions de Français, François Fillon, que personne n'a vu venir, a réussi le tour de force d'écraser tous ses adversaires et de rassembler son camp autour de convictions et de valeurs clairement à droite : la famille, le libéralisme, l'identité. Porté par une dynamique démocratique et des convictions fortes, il propose une offre politique claire, qui mêle une vision très traditionnelle sur les questions de société et une approche très libérale de l'économie. Comparé de façon un peu excessive à celui de l'Angleterre de Margaret Thatcher, son programme économique et social prévoit un électrochoc qui vise à mettre l'Etat sous tension, pour supprimer 500.000 postes de fonctionnaires en cinq ans, revoir de fond en comble le fonctionnement de l'assurance-maladie et redonner du souffle aux entreprises en allégeant leurs charges.

L'opinion est-elle prête à entendre un discours de vérité

Le programme de François Fillon, devenu majoritaire à droite, peut-il rassembler les Français ? C'est là toute l'ambiguïté du pari fait par le candidat. Sa conviction selon laquelle l'opinion est prête à entendre un discours de vérité et à supporter un programme de réformes radicales reste à confirmer. Se baser sur le constat que dix ans de réformes inachevées n'ont pas permis, que ce soit sous Nicolas Sarkozy, empêché par la crise, ou sous François Hollande, empêché par sa majorité, de sortir la France de l'ornière, est une chose : obtenir un vote majoritaire des Français pour le mettre en œuvre en sera une autre.
En théorie, le candidat de la droite a déjà emporté l'Elysée, s'il se confirme un face-à-face avec le Front national au second tour. Ce match annoncé n'est toutefois pas aussi certain qu'on le dit. D'abord parce qu'une droite dure peut mordre sur l'électorat parti au Front national, transformant Fillon en candidat de « l'espoir du désespoir », selon la formule de l'économiste Charles Gave. Mais aussi parce qu'un espace s'ouvre au centre et à gauche. Un centre que vont se disputer François Bayrou qui soutenait jusqu'ici Alain Juppé, et Emmanuel Macron. Le second a même poussé l'audace jusqu'à proposer au premier de rejoindre les rangs d'En Marche. Même si la victoire de François Fillon redonne un peu d'espace politique à Emmanuel Macron, on voit bien que contrairement à ce qu'affirme ce dernier, le règne des partis politiques n'est pas achevé. Dans un régime démocratique, les partis restent un cadre institutionnel privilégié pour fabriquer un rassemblement autour d'un projet et d'un homme.

Même s'il a mangé son chapeau, Valls a ouvert un front

La balle est donc désormais dans le camp de la gauche. A elle de construire une offre politique nouvelle et moderne pour faire face à celle de la droite. Le spectacle affligeant offert par le parti socialiste au pouvoir n'incline pas à l'optimisme. Après la droite, au tour de la gauche d'être « la plus bête du monde », de se déchirer autour de batailles d'ego plus que de projets. Même s'il a mangé son chapeau ce lundi, renonçant à démissionner, le Premier ministre Manuel Valls a ouvert un front en défiant ouvertement le président de la République dans le JDD. Du coup, les regards se tournent vers François Hollande, le principal responsable de la décrépitude du parti socialiste, et le seul à même de décider du sort de son camp. A lui de dire s'il veut se représenter en 2017 pour un second mandat, à lui de dire pour quoi faire et à lui de dire comment il espère rassembler.

Dans toute autre configuration, c'est-à-dire si la gauche avait réussi, le président sortant serait le candidat et le chef naturel de son camp. Le fait que pour les Français, ce quinquennat soit assimilé à un échec oblige François Hollande à sortir désormais de son silence. Car, au vu de l'exemple donné par François Fillon, seul un candidat de gauche relégitimé sur un projet clair et moderne sera en mesure de défendre ses chances en 2017. Faute de quoi, le risque est grand de l'élimination dès le premier tour. Après le succès de la droite, la gauche sortirai grandie d'une primaire ouverte, de Mélenchon à Emmanuel Macron... Pour l'instant, l'un comme l'autre ont écarté une telle hypothèse et même Sylvia Pinel, pour le PRG, veut se présenter seule, à l'image de Yannick Jadot, candidat des Verts. Avec une gauche aussi fracturée, on voit mal en effet comment elle peut espérer casser la dynamique Fillon, quitte à désespérer un peu plus son électorat.

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L'heure de vérité pour François Hollande

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Pour François Hollande, c'est l'heure de vérité. Il a le choix entre trois humiliations : celle de renoncer dès aujourd'hui à se représenter, auquel cas c'est Manuel Valls qui s'imposera comme l'homme fort et le candidat légitime ; se présenter à la primaire, au risque d'en être éliminé, à l'image de Nicolas Sarkozy ; ou enfin même s'il gagne la primaire (ou a fortiori s'il décide d'y aller en sautant cette étape), celle de ne pas passer le premier tour de la présidentielle et de rouvrir la plaie du 21 avril 2002 en offrant à la gauche et au centre le choix cruel d'un second tour entre François Fillon et Marine Le Pen...

Philippe Mabille

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