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La prospérité des « derniers de cordée » n'est pas au coin de la rue !

Philippe Mabille

Publié le 26 septembre 2018 à 13:47 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:30

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La stratégie budgétaire du gouvernement ressemble à une course contre la montre, entre soutien fiscal à la croissance et espoir que les réformes structurelles engagées finiront par produire des effets positifs.

« Enlisé à l'Elysée »... « Le quinquennat est déjà fini »... « Emmanuel Macron, aussi impopulaire que son (ses) prédécesseur (s) au bout d'un an de pouvoir »... La rentrée n'est pas rose pour le pouvoir, mais faut-il prêter tant d'attention à ceux qui comme Nicolas Sarkozy prédisent qu'« avec Macron, ça risque de très mal finir » (à Marseille le 22 octobre devant ses « amis » LR) ou comme François Hollande critiquent « les comportements excessifs » et « les décisions injustes », ajoutant, dans une forme de retour vers le futur : « si ce pouvoir-là échoue, qui peut prendre la place... » ! Peut-être s'y voient-ils déjà...

Syndrome du ras-le-bol fiscal

Face à ces oiseaux de mauvais augure, l'acte II du Macronisme, avec le projet de budget 2019 adresse un signal fort à l'opinion : 6 milliards d'euros pour le pouvoir d'achat, claironne Bercy, additionnant les baisses d'impôts pour apaiser les Français, atteints du syndrome du ras-le-bol fiscal. Poursuite de la suppression de la taxe d'habitation, allégements de charges sociales, exonération des heures sup', atténuation de la hausse de la CSG pour une partie des retraités : apparemment, l'argent coule à flot, et ce budget miraculeux baisse tout, les impôts, la dépense publique, les effectifs de fonctionnaires..., tout sauf le déficit qui remonte. Bref, Macron 2019 fait du Sarkozy 2007, lorsque, juste un an avant la chute de Lehman Brothers, l'ancien président avait tiré avec sa loi Croissance et pouvoir d'achat une traite sur l'avenir. Un pari risqué dont les effets avaient été annulés par la grande crise de 2008-2009 et fait exploser la dette publique.

Contesté par les économistes

6 milliards pour le pouvoir d'achat, le chiffre est contesté par les économistes, notamment par l'OFCE, cet institut de conjoncture jugé « engagé » par le porte-parole de Macron, Benjamin Griveaux (comprendre «  ce repaire de dangereux gauchistes »), qui ne compte lui « que » 3,5 milliards en soustrayant à la fête annoncée les mesures négatives prises en catimini pour financer le grand bazar fiscal, comme la désindexation de nombreuses prestations (retraites, allocations familiales).

Chaque budget est coutumier de cette bataille de « chiffronniers » et celui-là n'échappe pas à la règle, prouvant que l'ancien monde est toujours de la partie, quoi qu'on en dise. Ainsi, pour Bercy, le déficit public n'augmente pas vraiment à 2,8% puisqu'il faudrait en retirer l'impact des 20 milliards d'euros de la transformation du CICE en allégements de charges : il ne serait donc que de 1,9% en 2019. Ce raisonnement affichant un déficit « hors mesures exceptionnelles » en dit long sur le degré de créativité comptable que doivent assumer Gérald Darmanin et Bruno Le Maire. Mais il ne masque pas la cruelle réalité : la dette publique de la France reste calée à 98,6% du PIB (elle dépassera les 100% après l'intégration prévue de celle de la SNCF) et on voit mal comment elle pourrait diminuer de 5 points d'ici la fin du quinquennat.

Fin prochaine de la politique du "quantitative easing"

Ce sera d'autant plus difficile que la prévision de croissance de 1,7% affichée pour 2019 semble pour le moins optimiste alors que les prix du pétrole flambent (déjà plus de 82 dollars sur le Brent contre 73 dollars dans les prévisions de Bercy) et que la poussée de l'inflation sous-jacente commence à mettre la pression sur Mario Draghi, le président de la BCE, qui va devoir mettre fin l'an prochain à sa politique de « quantitative easing » (achats d'actifs) ce qui se traduira par une hausse des taux d'intérêt qui réduira encore un peu plus les maigres marges budgétaires.

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Pour résumer, la stratégie budgétaire de la France ressemble à s'y méprendre à une course contre la montre, entre soutien fiscal à la croissance et espoir que les réformes structurelles engagées finiront par produire des effets positifs. Bercy, dans une note du Trésor, a ainsi affirmé que la loi PACTE en cours de discussion au Parlement pourrait doper le PIB français de 0,3 point d'ici 2025, voire même de 1 point à long terme (un horizon incertain dont on cherche encore la date dans les couloirs du ministère) si on y ajoute la hausse de productivité induite par l'allégement du coût du travail. L'objectif de la loi est de donner un « coup de booster » à l'économie, affirme Bruno Le Maire en présentant ce texte fourre-tout de plus de 70 articles sur la création d'entreprise, l'épargne salariale, l'assurance-vie, les privatisations, etc. Un coup de booster nécessaire, Emmanuel Macron est en train de le découvrir, car l'espoir qu'il nourrissait de pouvoir compter sur un cycle économique de reprise pour accompagner ses réformes est en train de se retourner contre lui.

Macron a peu de prise sur la situation

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Le malheur, pour le chef de l'Etat, est qu'il aura peu de prise sur cette situation : l'avenir de la croissance est entre les mains de Donald Trump et de Xi Jin Ping, dans un affrontement commercial dont nul ne sait jusqu'où il ira, et dans celle d'une Europe incapable de s'unir pour se montrer à la hauteur des défis qui l'attendent. La chance d'Emmanuel Macron est la faiblesse de ses adversaires politiques et la conscience qu'il a que les temps à venir seront « napoléoniens », comme l'écrit Jean-Marc Daniel dans « La valse folle de Jupiter » (L'Archipel). Dans un diagnostic sévère des débuts du quinquennat, l'économiste déplore qu'après avoir été « à la fois réformateur sur le fond et sur la forme » comme ministre de l'Economie, « Emmanuel Macron, président, se montre beaucoup plus hésitant (...) Il engage des réformes sans aller jusqu'au bout les menant en quelque sorte 'à mi-chemin' ».

Philippe Mabille

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