Global Britain ?

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Laurence Daziano.
Laurence Daziano. (Crédits : DR)
A l'heure où une transition jusqu'en 2023 commence à être évoquée, l'Union européenne doit éviter l'enlisement des négociations et offrir une alternative au "Global Britain" par une "European Britain". Par Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po.

Les partisans du Brexit avaient un rêve qui se résumait au slogan "Global Britain" : renouer avec l'esprit capitaliste de l'empire britannique victorien. Enfin débarrassé de la bureaucratie bruxelloise, le capitalisme britannique allait pouvoir se déployer au niveau mondial, créer un "Singapour-sur-Tamise", appuyé sur le Commonwealth et porté par les perspectives de croissance économique et démographique des pays émergents.

Conserver l'ancrage européen du Royaume-Uni

Londres espérait devenir un centre financier mondial pour les introductions boursières des multinationales et conclure d'ambitieux accords commerciaux qui auraient permis de doper le commerce bilatéral entre le Royaume-Uni et les grands pays émergents, au premier rang desquels la Chine et l'ancien empire des Indes. Cependant, les Britanniques ont dû se rendre à l'évidence. Les introductions en Bourse transfrontalières sont rares et les entreprises chinoises optent pour Hong-Kong. L'économie britannique pâtit des incertitudes liées à l'accord final sur le Brexit et l'inflation rogne le pouvoir d'achat des classes moyennes. Plus fondamentalement, la Grande-Bretagne s'est aperçue qu'elle était arrimée à l'Europe, tant pour ses perspectives de croissance que pour ses infrastructures.

A l'heure où une transition jusqu'en 2023 commence à être évoquée, l'Union européenne doit éviter l'enlisement des négociations et offrir une alternative au "Global Britain" par une  "European Britain". Cela signifie de négocier rapidement un accord définitif sur les grandes lignes du Brexit. Cela implique aussi de conserver l'ancrage européen du Royaume-Uni avec des projets concrets.

Avancer sur le terrain des coopérations concrètes

Lors du Sommet franco-britannique de janvier 2018, le président français et la première ministre britannique ont évoqué les différentes coopérations engagées et ont appelé à leur poursuite. Parmi ces différents projets, ils ont notamment évoqué les accords franco-britanniques de défense et les projets d'infrastructures, tels que les EPR construits par EDF sur les côtes du Somerset ou les interconnexions, comme le projet Aquind qui doit relier les réseaux électriques français et britanniques. Ce projet, financé par des fonds privés, a d'ailleurs reçu le statut de "projet d'intérêt commun" européen malgré le Brexit. Un avis favorable de l'ACER, le régulateur européen de l'énergie, permettrait d'avancer sur le terrain des coopérations concrètes appelées de leurs vœux par Emmanuel Macron et Theresa May, tandis que le chantier des EPR a déjà débuté à Hinkley Point.

Alors que l'heure de vérité approche sur le Brexit, les élites des deux côtés de la Manche doivent prendre soin de ne pas rééditer les erreurs des années 1930 sur le protectionnisme et le repli sur soi. Les acquis européens du Royaume-Uni doivent être préservés et cultivés, en veillant à poursuivre les "réalisations concrètes créant une solidarité de fait" pour reprendre l'expression favorite de Robert Schuman.

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(*) Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique.

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Commentaires
a écrit le 13/06/2018 à 12:16 :
Le Brexit c’est une «  retraite bien méritée » de l’UK. L’Asie devenant à son tour «  un pole financier international et Européen »
a écrit le 11/06/2018 à 17:59 :
Economie du passé ou économie d’avenir ?
On ne va tout de même pas rompre les accords et les équilibres économiques construits depuis des décennies sous prétexte qu'une partie, certes majoritaire, de la population a eu une crise passagère de rejet.

D’ailleurs les choses changent et si on analyse quelques données : https://www.theguardian.com/politics/ng-interactive/2018/jan/26/guardian-icm-brexit-poll-full-results
On peur remarquer que ce sont surtout les retraités et les sans emploi qui cautionnent le Brexit. Les étudiants pensent à 71 % que l’impact économique du Brexit sera négatif et en cas de nouveau vote, 74 % des étudiants préféreraient rester dans l’UE.
C’est un peu comme si on voulait les priver de leur avenir ?
a écrit le 11/06/2018 à 11:33 :
L'UE est déjà enlisé avec 27 pays a uniformiser, donc 1 y échappe cela devrait leur simplifier le problème?? Mais non! Ils sont bien plus retord que ça, diviser leur est indispensable pour imposer l'uniforme donc un autre pays sera obligé d'y entrer!
a écrit le 11/06/2018 à 10:39 :
Il existe déjà pour cela l'Espace Economique Européen qui contient l'UE et 4 autres états qui refusent toute intégration politique. Il s'agit d'un "marché unique" au sens zone de libre-échange.
a écrit le 11/06/2018 à 9:12 :
"Avancer sur le terrain des coopérations concrètes"

Heu... Vous parlez de l'europe là hein, vous savez celle du dumping social, dumping fiscal, de l'impuissance politique, du rejet de ses peuples, des pays qui se déchirent entre eux...

Bref à un moment, faut arrêter de rêver, je pense que 26 ans sont dorénavant largement suffisants. Vite un frexit.
a écrit le 11/06/2018 à 9:10 :
Non, UK, out, hit the road, Jack... Cela fait près de 50 ans qu'ils nous baladent, maintenant, ça suffit pour tout le monde, game over !!
a écrit le 10/06/2018 à 12:34 :
En quittant l'UE les britanniques font une erreur historique et il est probable qu'ils retireront leur demande après un nouveau vote .Si ce n'est pas le cas il est toujours possible de réunifier l'Irlande en mettant fin à cette partition coloniale !Les "pieds verts" (de rage )devraient être peu nombreux .
a écrit le 10/06/2018 à 10:30 :
exercice militaire franco-britannique (Catamaran 2018) en ce moment en Bretagne.

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