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Opinions

La Chine se positionne en leader mondial de la lutte contre la pollution due au plastique

John Richardson (*)

Publié le 29 janvier 2020 à 14:01 - Mis à jour le 29 janvier 2020 à 14:14

La réglementation interdit notamment la production et la vente des sacs en plastique ultra-fins d'une épaisseur inférieure à 0,025 mm.

La réglementation interdit notamment la production et la vente des sacs en plastique ultra-fins d'une épaisseur inférieure à 0,025 mm.

Reuters

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OPINION. Largement responsable de la pollution des océans due aux déchets en plastique, la Chine vient d'annoncer une réglementation limitant fortement l'utilisation d'articles à usage unique. Une décision qui risque d'avoir de lourdes conséquences économiques pour les fabricants de plastique occidentaux. (*) Par John Richardson, Consultant senior, Asie, ICIS.

En tout et pour tout, ce sont seulement dix fleuves qui transportent 90 % du plastique qui pollue nos océans, et cinq d'entre eux se trouvent en Chine. Sur ces cinq fleuves, le Yangtze déverse à lui seul 55 % des déchets plastiques responsables de la pollution mondiale des océans. C'est dans ce contexte international que la Chine vient d'annoncer qu'elle prévoit d'interdire ou de limiter fortement l'utilisation d'un large éventail d'articles en plastique à usage unique.

Lire aussi: L'immense défi de la sortie du plastique

Cette réglementation, annoncée en début de semaine, n'était pas inattendue mais son envergure et sa sévérité sont surprenantes. En effet, la réglementation interdit notamment la production et la vente des sacs plastiques ultra fins d'une épaisseur inférieure à 0,025 mm. Elle exige un arrêt progressif d'ici la fin 2020 de la production et de la vente de la vaisselle jetable en mousse plastique, des cotons-tiges jetables en plastique et des produits de beauté et de toilette comme les nettoyants pour le visage, les dentifrices et les exfoliants contenant des micro-billes de plastique. Une interdiction à l'échelle nationale sera également mise en place dès la fin de l'année pour les pailles jetables en plastique. Des restrictions seront introduites sur la quantité de plastique utilisée pour emballer les produits vendus en ligne, secteur en plein essor en Chine et dont la valeur aurait augmenté de 30 % en 2019 selon une estimation, pour atteindre environ 2 trillions de dollars.

Lire: L'Assemblée vote la fin de l'emballage plastique à usage unique d'ici... 2040

"Le gouvernement chinois ne plaisante pas"

Alors que la Chine, comme nous l'avons dit, est une source majeure du problème mondial du plastique, les responsables gouvernementaux chinois sont convaincus que le pays peut améliorer son image internationale en jouant un rôle déterminant pour apporter une solution, selon les dires de plusieurs cadres supérieurs qui travaillent pour des sociétés de polymères ou de plastique exportant de grandes quantités de pastilles plastiques en Chine.

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"C'est ainsi que j'interprète l'une des raisons motivant cette nouvelle réglementation. Et le gouvernement chinois ne plaisante pas, cette réglementation sera appliquée", affirme le cadre d'une société produisant des pastilles plastique.

Les pastilles plastique exportées par sa société, comme celles de ses concurrents, sont fondues et transformées en Chine pour produire d'innombrables matériaux d'emballage tels que les films, sachets, bouteilles et conteneurs rigides qui sont au cœur de la crise de pollution du pays.

Une crise de l'eau due aussi à la pollution

La lutte contre la pollution de l'eau est une autre raison majeure expliquant la réglementation, car la Chine peine à trouver un approvisionnement suffisant en eau potable sur son territoire. Si l'accent est mis sur les principaux vecteurs de risques à long terme pour l'économie chinoise comme l'énorme endettement du pays et sa population vieillissante, l'eau est peut-être une menace encore plus grave pour la croissance.

L'ONU estime que huit provinces du nord de la Chine connaissent une "pénurie d'eau totale", la quantité d'eau potable disponible étant tombée en dessous de 500 mètres cubes par personne et par an. Dans 11 autres provinces chinoises, où vivent des centaines de millions de personnes, la quantité d'eau potable disponible est inférieure à 1.000 mètres cubes par an, un niveau qui selon l'ONU correspond à une "pénurie d'eau". La crise de l'eau est due à la fois au changement climatique qu'à la pollution, y compris aux 60 millions de tonnes de déchets plastiques que la Chine génère chaque année. À titre de comparaison, les États-Unis, autre grand champion du tout jetable, en produisent 38 millions de tonnes.

31% de la consommation mondiale de polyéthylène

La série de restrictions sévères sur l'importation des déchets plastiques a été le premier signe que la Chine commençait à prendre au sérieux ses problèmes liés au plastique. Ces restrictions, visant à mieux protéger la santé des travailleurs locaux du secteur du recyclage ainsi qu'à préserver l'environnement local, sont entrées en vigueur en janvier 2018 et ont créé d'énormes problèmes pour l'Union européenne et les autres recycleurs occidentaux. Jusque-là, ces pays envoyaient la plus grande partie de leurs déchets plastiques en Chine.

Ces nouvelles mesures auront des conséquences encore plus lourdes pour les multinationales du pétrole, du gaz et des produits chimiques qui fabriquent les pastilles ou résines plastiques, surtout le polyéthylène (PE) - un type de plastique largement utilisé pour les produits à usage unique, selon les données de l'ICIS, le service indépendant de renseignements sur les matières premières. En 2000, la Chine représentait seulement 12 % de la consommation mondiale de PE, d'après l'ICIS. Ce
chiffre est passé à 31 % en 2019. En Asie-Pacifique, dont la population se monte à environ 3 milliards de personnes contre 1,4 milliard en Chine, la consommation de PE est passée de 9 % à seulement 15 % au cours de la même période. En 2009, la Chine a dépassé l'Amérique du Nord pour devenir le plus grand consommateur de PE par
volume. La Chine est également le plus grand importateur mondial de résines PE.

On voit ainsi que, si la demande chinoise en PE venait à diminuer, les conséquences économiques pour les fabricants de produits chimiques et de PE seraient profondes, surtout pour les entreprises américaines qui ont augmenté leurs capacités, misant notamment sur la poursuite probable de la croissance exponentielle de la demande chinoise. Parmi les grands producteurs de PE on trouve Total, ExxonMobil, Chevron et Dow Chemical.

L'objectif de créer une industrie moderne du recyclage

Du point de vue de la Chine, les avantages économiques d'une application efficace de ces restrictions et du développement en parallèle d'une industrie moderne du recyclage sont vastes. On prévoit que la Chine va investir des centaines de millions de dollars pour créer une industrie moderne et de pointe qui générera de nouvelles opportunités d'emploi, alors que les industries manufacturières de base contractent leurs effectifs à cause de la hausse des coûts de main d'œuvre. La hausse des salaires est l'une des conséquences du vieillissement de la population chinoise.

Une grande question se pose, à savoir si cette nouvelle réglementation radicale pourra être appliquée efficacement dans un pays aussi vaste que la Chine. Il serait toutefois risqué de parier sur un échec, étant donné que le pouvoir du gouvernement central chinois s'est beaucoup renforcé depuis l'arrivée de Xi Jinping à la présidence en 2012.

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La Chine a ébahi le monde entier par sa croissance économique fulgurante au cours des 20 dernières années. La dégradation de son environnement a atteint des niveaux tout aussi choquants. Aujourd'hui, elle est en passe de choquer d'une manière bien plus positive, en jouant un rôle majeur dans la résolution de la crise mondiale de la pollution par les plastiques.

John Richardson (*)

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