"Le ciel s'est assombri" pour les professionnels du recyclage

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L'impact est particulièrement visible sur la filière papiers-cartons, les prix du carton recyclé ayant atteint leur niveau le plus bas depuis dix ans.
L'impact est particulièrement visible sur la filière papiers-cartons, les prix du carton recyclé ayant atteint leur niveau le plus bas depuis dix ans. (Crédits : Reuters)
Dans la deuxième partie de l'année 2018, plusieurs filières ont subi les effets du durcissement par la Chine de ses critères d'importation de déchets et de matières recyclées.

Le regain d'optimisme manifesté par les industriels du recyclage l'an dernier paraît déjà loin.

"2018 a été une année en demie-teinte pour le secteur. Après des débuts positifs dans le sillage de l'embellie de 2017, le ciel s'est assombri", analyse Jean-Philippe Carpentier, président de la fédération des professionnels Federec.

Malgré la nouvelle hausse de 2% des déchets collectés, qui ont atteint 107 millions de tonnes, le chiffre d'affaires global des entreprises du recyclage a en effet baissé de 0,8%, se stabilisant à 9 milliards d'euros, révèle l'observatoire statistique du marché publié par Federec mercredi 30 octobre.

Et l'augmentation de 9% des investissements, qui s'élèvent à 568 millions d'euros, est motivée autant par les bons résultats de 2017 que par la crainte de "temps durs", analyse Jean-Philippe Carpentier. Quant à la croissance de 1,6% des emplois, elle s'accompagne d'une diminution de 9% du nombre des entreprises, due à "l'émergence d'un nouveau phénomène de concentration, bien que moins fort qu'il y a dix ans", souligne-t-il.

Les perspectives restent d'ailleurs plutôt mornes aussi pour 2019 et 2020. Seulement 15% des entreprises du secteur prévoient en effet d'augmenter leur chiffre d'affaires en 2019, alors que 30% anticipent même une régression, selon l'observatoire.

Le chiffre d'affaires de la filière plastiques perd 4,5%

Principale raison des difficultés des entreprises du recyclage: la baisse des cours des matières premières recyclées, due à un rapport de plus en plus défavorable entre la demande et l'offre. La décision de la Chine de durcir les critères d'importation de déchets triés et de matières premières recyclées sur son territoire a provoqué une saturation de l'ensemble des autres marchés, et donc un effondrement des prix, explique Federec. L'impact est particulièrement visible sur la filière papiers-cartons, les prix du carton recyclé ayant atteint leur niveau le plus bas depuis dix ans.

N'arrivant plus à écouler la matière triée, "certains centres de tri risquent tout simplement de fermer", alerte Pascal Genneviève, président de cette filière chez Federec.

Mais les effets de la fermeture des portes chinoises se font également sentir dans la filière plastiques, où les exportations hors Union européenne ont chuté de 18% à 3% entre 2017 et 2018, et où le prix s'est écroulé, notamment pour les films d'emballage. "Globalement, la baisse des prix a engendré une diminution du chiffre d'affaires de nos entreprises de 4,5%", souligne Pierre Moguerou, président Federec plastiques.

"La décision chinoise et le contexte international ont aussi freiné certains marchés très dynamique à l'export, comme les moteurs électriques et les câbles de cuivre", regrette aussi Federec. "Mais certaines entreprises se sont adaptées et ont investi en France et en Europe".

L'espoir d'une réindustrialisation de l'Europe

La fédération insiste toutefois aussi sur l'impact potentiel de la législation sur les activités de ses entreprises. "L'absence de débouchés pour les déchets ultimes des centres de tri a déjà provoqué l'arrêt de certaines activités", déplore notamment Federec. Selon la fédération, la solution consiste dans le développement de la filière du combustible solide de récupération (CSR, combustible préparé à partir de déchets), qui pourrait absorber 2,5 millions de tonnes de déchets ultimes en 2025. C'est plus d'un tiers des 8 millions de tonnes qui, selon la loi transition énergétique de 2015, ne pourront plus être enfouis.

"Le projet de loi économie circulaire est l'occasion de déterminer des objectifs clairs de consommation de ce combustible", plaide donc Jean-Philippe Carpentier.

| Lire aussi: Le compostage des boues d'épuration en sursis

La mise en oeuvre de la récente directive européenne sur les plastiques à usage unique, qui fixe des objectifs d'incorporation de plastique recyclé de 25% en 2025 et de 30% en 2030, est aussi une opportunité, puisqu'elle "fait espérer le développement de nouvelles usines en France et en Europe", note Pierre Moguerou. En France, Federec regrette toutefois un "contexte réglementaire incertain", en citant notamment le projet de consigne de bouteilles en plastique du gouvernement, qui mettrait à son sens en danger l'équilibre de la filière de recyclage des plastiques.

| Lire aussi: Plastique : pourquoi la consigne proposée par le gouvernement divise

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Commentaires
a écrit le 31/10/2019 à 8:59 :
"Selon la fédération, la solution consiste dans le développement de la filière du combustible solide de récupération"

LA solution consiste à mettre en place une économie circulaire mais l'avidité de nos mégas riches ne le veut pas.

"Hâte toi déclin !" Nietzsche
a écrit le 30/10/2019 à 21:19 :
Est ce que cela va favoriser l'économie circulaire (dans le quel pas un copek n'est sur la table. Dépense d'investissement, gain de savoir faire dans la transformation?
Le schéma de l'économie 2000 revient en boomerang !

Petit exemple.

Lorsqu'il y avait du rhum aux Antilles, pour avoir le savoir faire il y a avait nombreux métiers pour palier aux besoins, des savoirs faire.

Aujourd'hui l'évolution technique a fait disparaître les savoirs faire mais aussi l'incapacité de les conserver !

C'est une image de ce qui s'est passé en 2000 qui fait qu'en plus, le rhum ne t'appartient plus !

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