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ClimatTransitions Écologiques

Jouets en plastique, emballages à usage unique: haro sur les déchets des fast food

Giulietta Gamberini

Publié le 03 décembre 2019 à 14:40 - Mis à jour le 03 décembre 2019 à 15:34

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Reuters

Le Quotidien Numérique

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Amendements parlementaires, pétitions, actions militantes, tribunes d'ONG: un vent de protestation se lève contre la gestion par les chaînes de restauration rapide de leurs montagnes de déchets. Il va jusqu'à remettre en cause le modèle économique des fast-food, fondé sur l'utilisation d'emballages jetables.

Est-ce la fin des jouets dans les menus pour enfants dans les fast food ? Vendredi 29 novembre, les députés de la Commission développement durable ont adopté un amendement s'attaquant aux déchets produits par les chaînes de restauration rapide. Dès 2021, la distribution gratuite de jouets en plastique pourrait ainsi être interdite. Dès 2023, c'est le modèle du tout jetable qui serait remis en cause, avec l'interdiction des emballages à usage unique pour "les repas et boissons" consommés sur place, qui devront désormais être servis "dans des gobelets, des couverts, des assiettes et des récipients réemployables".

Ces amendements, qui seront soumis à l'Assemblée nationale à partir du 9 décembre, s'inspirent d'initiatives de citoyens et d'ONG. Celles-ci se sont multipliées depuis quelques mois en France, réclamant la mise en place par les fast-food d'actions de tri, de recyclage, voire de réduction de leurs déchets. Depuis l'adoption en 2016 d'un décret d'application de la loi de transition énergétique pour la croissance verte, dit "décret cinq flux", les chaînes de restauration rapide - comme l'ensemble des entreprises et des administrations - sont en effet tenues de trier le papier, le carton, le verre, le plastique et les métaux, afin d'en permettre le recyclage. Mais la plupart ne le font pas, malgré la quantité gigantesque de déchets d'emballages  produits par leurs 4 millions de clients quotidiens: 183.000 tonnes par an. L'utilisation d'emballages à usage unique étant au cœur de leur modèle économique, elles respectent encore moins la hiérarchie des modes de traitement des déchets établie par le Code de l'environnement, qui impose la prévention et la réduction à la source, déplorent les ONG.

Deux pétitions en France

Ainsi, une pétition lancée sur Change.org  en octobre par une femme française, Chloé, à l'adresse des dirigeants de McDonald's, Burger King et Quick, demandant l'arrêt de la distribution de jouets en plastique en France, a déjà remporté plus de 123.000 signatures. Elle était inspirée par une pétition similaire lancée par deux enfants britanniques, déjà signée par presque 564.000 personnes. Celle-ci a poussé Burger King à supprimer les jouets en plastique ainsi qu'à mettre en place des poubelles pour recycler les jouets déjà distribués. Et McDonald's à proposer des fruits ou des livres en alternative aux jouets .

Une autre pétition demandant à McDonald's de passer au zéro déchets, lancée par une Française, Marine Laclautre, a été signée par plus de 142.000 personnes. Elle a été suivie d'un "rapport collectif citoyen" visant à démontrer - sur un échantillon néanmoins limité de 8% des magasins - que moins d'un tiers des restaurants de l'enseigne pratiquent le tri et mettent au disposition du public des poubelles spécifiques. Les autres ne disposent que de bennes où les déchets sont mélangés. Martine Laclautre, veut désormais dessiner "le McDo sans déchets du futur", avec l'aide d'un économiste et d'un expert environnemental.

Un « mépris absolu pour l'urgence écologique » selon les ONG

Les ONG accélèrent aussi le rythme de leurs actions et prises de parole. Le 23 novembre, Zero Waste France -  qui en 2017 avait déjà publié un rapport très critique sur la gestion des déchets de McDonald's - a invité ses membres et sympathisants à un repas "zéro déchets" dans un restaurant parisien de l'enseigne, lors duquel les participants ont demandé à être servis dans leurs propres récipients réutilisables. L'objectif était d'insister sur l'urgence "de s'attaquer aux pratiques les plus absurdes et les plus inutiles", parmi lesquelles  "les emballages jetables utilisés pour servir des repas sur place", a expliqué la responsable du plaidoyer de l'association, Laura Châtel. Cela représente environ la moitié des déchets générés par l'enseigne, selon l'ONG.

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Illustration de la newsletter Climat & environnement

Zero Waste France, Surfrider Foundation Europe et France Nature Environnement viennent également de publier une tribune dans Le Monde. Elles y appellent le gouvernement à appliquer la loi, et les grandes chaînes de restauration rapide à à s'y conformer, malgré le caractère purement "symbolique" de la sanction prévue: 75.000 euros, alors que le chiffre d'affaires annuel de l'ensemble des fast-food en France atteint presque 19 milliards. En déplorant le "mépris absolu de ces grandes entreprises pour l'urgence écologique qui préoccupe pourtant un nombre croissant de Français", les trois ONG les invitent également à "mettre en place des solutions de prévention de production des déchets telles que le remplacement des emballages jetables par du réutilisable, et de créer enfin un cadre de consommation qui ne bafoue pas la préservation de la planète".

Un rappel à l'ordre du gouvernement

Avant l'été, le gouvernement a pour sa part rappelé à l'ordre les plus grandes enseignes (McDonald's, KFC, Burger King, Starbucks, Domino's Pizza, Subway, Class'Croute, Exxi, Monts Fournil, La Mie câline, La Croissanterie, Brioche dorée, Paul, Jour Healthy Groupe, Five Guys et Cojean) , sans pour autant encore les sanctionner. Après avoir été convoquées par la secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire Brune Poirson, elles se sont d'ailleurs engagées à rendre 70 % de leurs établissements "opérationnels" pour le tri d'ici à la fin de l'année, et 100% avant 2021.

En exerçant son droit de réponse à un article du Up Mag, McDonald's assure que "un plan de déploiement précis du tri sélectif en trois ans pour tous les restaurants a été défini", et que "l'enseigne sera donc bien en capacité de proposer le tri sélectif dans 100% de ses restaurants en trois ans". En novembre, la chaîne a également annoncé l'introduction d'un nouvel emballage sans couvercle dans tous ses restaurants européens avant fin 2020 pour son dessert glacé McFlurry, afin d'économiser 1.200 tonnes de plastique par an. En France, elle va également déployer pour les boissons fraîches un nouveau couvercle en fibres, fabriqué à partir de "sources certifiées 100% durables et de matériaux recyclés", n'impliquant pas l'utilisation de pailles, qui seront interdites dès 2020. Cela devrait permettre d'économiser 1.100 tonnes de plastique par an.

Selon McDonald's, le plastique est aujourd'hui utilisé dans 12% de ses emballages, et plus de 60% de ses restaurants ont des structures de tri sélectif, rapporte l'AFP. L'objectif que s'est fixé l'enseigne pour 2025 est que tous ses emballages soient issus de ressources renouvelables, et que dans tous ses 37.000 restaurants du monde ses déchets soient recyclés.

Retards et justifications

Certaines enseignes, comme le groupe Holder, qui détient la marque Paul, annoncent toutefois déjà que l'objectif de déployer le tri dans 70% de leurs établissements français avant la fin de l'année ne sera pas atteint, en mettant souvent en avant les difficultés liées à leur système de franchise ou à l'absence d'infrastructures locales de valorisation des déchets. McDonald's anticipe aussi les critiques concernant le caractère encore insuffisant de ses initiatives. "A la vitesse à laquelle nous essayons de faire bouger les choses, nous savons que peut-être nous allons mettre sur le marché des solutions imparfaites, mais les consommateurs nous accorderont du crédit et nous continuons à améliorer" les produits, s'est justifié auprès de l'AFP le vice-président en charge du développement durable, Keith Kenny.

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En France, McDonald's n'a d'ailleurs pas encore répondu à la demande d'interdire les jouets en plastique, au-delà de la mise en place au niveau mondial d'un groupe de travail censé réfléchir à leur empreinte écologique -notamment à la possibilité de recourir à un seul type de plastique afin de les recycler plus facilement. Ni Chloé ni Marine Laclautre n'ont encore réussi à être reçues par l'enseigne.

Giulietta Gamberini

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