Transition agricole  : cinq tendances à suivre de près en 2021

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On voit se multiplier les initiatives autour de la méthanisation à la ferme, de l'emploi du solaire, ou encore de l'éolien, chez 50 000 des exploitations françaises.
On voit se multiplier les initiatives autour de la méthanisation à la ferme, de l'emploi du solaire, ou encore de l'éolien, chez 50 000 des exploitations françaises. (Crédits : DR)
OPINION. De la sobriété énergétique à la réduction des déchets, en passant la revalorisation des circuits courts (production et distribution), l'agriculture française va sans doute accélérer sa mutation en 2021. Par Sophie Cucheval, directrice des opérations chez MiiMOSA, site de financement participatif de l'agriculture et de l'alimentation.

Tandis que 2020 touche à sa fin, impossible de ne pas dresser le constat de mutations profondes d'un grand nombre de nos secteurs traditionnels. Parmi eux, la filière agricole, incarnation s'il en est de notre rapport à l'environnement, à la consommation, ou encore à notre santé, est bien-sûr loin de déroger à la règle. Zoom sur les cinq grandes tendances qui devraient rythmer 2021.

1 - Le zéro déchet

Le désormais célèbre concept du « vrac » s'impose aujourd'hui à la plupart des produits de consommation (liquides, cosmétiques, céréales, légumes...) comme à la plupart des lieux d'achat (de l'épicerie de quartier à l'enseigne de grande distribution, en passant par les magasins spécialisés). Et pour cause ! En mai dernier, la réduction des emballages était la résolution numéro 1 des foyers français*, tandis que dans le même temps, les 150 volontaires de la Convention pour le Climat proposaient des mesures contraignant les distributeurs à cet effort... Côté producteurs et entrepreneurs du secteur, l'on a ainsi salué cette année une grande inventivité dans les solutions proposées : épiceries et rayons dédiés, diversité croissante des produits, épiceries ambulantes, drive zéro déchet... Une pluralité de réponses à suivre de près en 2021.

2- Une agriculture bas-carbone

L'agriculture, en ce qu'elle peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre ou encore séquestrer du carbone dans le sol, apparaît comme une clé majeure de la lutte contre le réchauffement climatique. Aussi, il n'est pas surprenant d'avoir constaté en 2020 un grand nombre d'exploitants améliorer leurs pratiques en ce sens : plantation de haies, valorisation des déjections animales (prairies permanentes, méthanisation), réduction d'engrais chimiques via la plantation de légumineuses, limitation des importations d'aliments pour animaux, etc. L'agriculture bas-carbone ouvre en outre des perspectives économiques à certains agriculteurs, rémunérés pour le stockage dans leurs sols via un système d'échanges de droits d'émission de gaz à effet de serre. Adopté en 2019, le "Label bas-carbone" devrait enfin permettre d'accélérer cette tendance en 2021, en lui donnant un cadre réglementaire.

3 - La relocalisation de la filière textile

La crise COVID a plus que jamais remis l'enjeu de relocalisation au cœur de nos politiques économiques. La filière textile ne fait donc pas exception, avec en figure de proue la culture du lin, en outre particulièrement intéressante pour un agriculteur. En effet, cette plante présente de nombreuses vertus écologiques : stockage de carbone, aucune irrigation, pas de défoliant et quasiment aucun intrant nécessaire ! Ensuite, le lin a été fortement appelé en renfort dans l'effort de production rapide des masques, devenus aujourd'hui un accessoire indispensable à nos quotidiens. Gageons que de nouveaux projets écloront dans les prochains mois, autour de l'ortie, ou encore du chanvre !

4- Une diversification croissante des activités : vente directe et production d'énergie

2020 a confirmé un mouvement en marche depuis déjà quelques années : 42% des exploitations exerçaient en juin 2019 plusieurs activités, notamment la vente directe et la production d'énergie**. La vente directe s'est elle drastiquement imposée aux consommateurs durant le confinement de mars dernier. En ce qu'elle leur garantit le respect d'un circuit court, d'un juste prix, mais aussi d'un soutien affirmé à l'agriculture française, cette dernière ne devrait pas faiblir en 2021, mais plutôt se renforcer, via la mise en place de regroupements locaux, ou encore d'annuaires numériques. En parallèle, tandis que l'agriculture est aujourd'hui à l'origine de 20% de la production d'énergies renouvelables***, l'on voit naturellement se multiplier les initiatives autour de la méthanisation à la ferme, de l'emploi du solaire, ou encore de l'éolien, chez 50 000 de nos exploitations françaises***. L'Ademe estime qu'elles seront par ailleurs 140 000 d'ici 2030.

5 - La prise en compte écologique

Impossible ici de ne pas conclure sur la prépondérance des considérations environnementales dans la grande majorité des initiatives agricoles en recherche de financement. Cette dynamique forte en 2020 devrait continuer à s'accroître en 2021 tant les projets sont nombreux : préservation des sols, protection de la biodiversité, bien-être animal, agroforesterie, réduction des intrants et produits phytosanitaires, etc. L'enjeu est de taille puisqu'il s'agit d'assurer un saut productif pour nourrir plus de 9 milliards d'êtres humains en 2050, tout en préservant les ressources. Les agriculteurs le savent : ils sont aujourd'hui en première ligne. La prochaine étape : résoudre les problématiques de financement et y impliquer les citoyens comme les entreprises, afin d'accélérer une transition agricole à la hauteur des enjeux climatiques et démographiques.

*Nielsen pour Réseau Vrac, mai 2020
**BVA pour BPCE, juin 2019
***ADEME, 2018

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Commentaires
a écrit le 16/12/2020 à 9:01 :
Les pesticides nous rendent malade, les engrais génèrent un peu partout des zones mortes qui se multiplient et s'étendent accentuées par le réchauffement climatique, les perturbateurs endocriniens présents un peu partout dans notre environement marchand mais également largement dans notre nourriture nous donnent le cancer.

Les fermes solaires et autres méthanisations utilisant bien souvent du foin faisant exploser le prix de celui-ci, ça sert à quoi pour la planète svp ?

"Tiens je vais vidanger ma bagnole dans le ruisseau mais pour compenser je vais planter un arbre ! Je suis écolo !"

Au secours.

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