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Relançons le "shadow banking"... sans le "shadow" !

Richard Weiss

Publié le 28 novembre 2011 à 06:54 - Mis à jour le 28 novembre 2011 à 07:57

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Par Richard Weiss, du groupe GTI, et Christian Rivet de Sabatier, professeur à l'université Paris Dauphine.

Afin de sécuriser l'épargne et les systèmes de paiement, la banque est soumise à une réglementation de plus en plus contraignante. La dernière évolution associe besoin accru de capitaux, limitation des arbitrages de durée (par de nouvelles exigences de liquidité) et des obstacles, handicapant la gestion de bilan, notamment par la titrisation. La conséquence naturelle de cette situation est claire : pour rémunérer cette masse plus importante de capitaux, les établissements sont conduits à prendre plus de risques. Et comme tous les établissements sont construits, peu ou prou, sur le même modèle, ils recherchent des activités semblables et trouvent des espaces de liberté pour les exercer dans le cadre de réglementations contraignantes. Aussi, la focalisation d'acteurs peu nombreux et très puissants vers des activités similaires et risquées est une recette infaillible pour construire une crise, avec ses conséquences usuelles : intervention de l'État pour assurer les dépôts, apparition d'un aléa moral, blocage des rouages de financement de l'économie. La garantie des dépôts fournit aux banques universelles la mise de fonds qui permet la spéculation. Et l'homogénéité des acteurs du financement accélère les crises et en amplifie la gravité.

De plus, le mode de financement de l'économie n'est plus adapté. Une économie bien construite devrait inclure des acteurs ayant un passif à court terme (banques, Sicav, FCP, etc.) et des acteurs dont le passif est à moyen ou long terme (assurance-vie, fonds de retraite, etc.). Deux schémas peuvent être envisagés. Le premier, porteur de risques systémiques inévitables, serait d'imposer que tous les investissements passent par des banques, sur toutes les maturités. Ce schéma implique un coût d'intermédiation croissant pour rémunérer des fonds propres croissants, une orientation des disponibilités vers les actifs les plus rentables, donc les plus risqués, et une concentration des crédits sur une poignée de demandeurs en excluant tous les autres, de fait ou par des conditions discriminantes.

Mais il existe un autre schéma de "rupture constructive ". Il s'agit tout d'abord d'isoler et de sécuriser les dépôts et systèmes de règlement. Conserver l'épargne publique au sein d'un établissement ayant pour objectif de maximiser sa rentabilité est en effet dangereux. Le mode de régulation actuel n'a pas pu, et ne pourra sans doute jamais, empêcher les explosions ; l'énoncé des règles inclut la méthode de leur contournement. Les institutions collectant les dépôts devraient donc être limitées à des investissements congruents avec leurs passifs à court terme. Pour éviter une dérive vers des actifs risqués, une surveillance par leur rentabilité réduirait fortement leur motivation à prendre des risques, et la probabilité d'une crise serait sérieusement limitée.

Au lieu de forcer tous les financements à passer par les bilans bancaires, il faudrait au contraire interdire aux banques les activités incohérentes avec leur horizon de passif, dont le risque est incompatible avec la sécurité de l'épargne publique. Il faut donc un moyen alternatif d'apporter aux entreprises des financements à moyen et long termes, et de permettre aux intermédiaires financiers non bancaires d'adosser leurs passifs. Et le moyen le plus naturel est le "shadow banking ", un mode de financement hors du système bancaire, qu'il conviendrait de relancer afin d'exploiter plusieurs avantages : inutile de rémunérer des fonds propres ; acteurs de taille plus faible assurant une diversité des options de financement et évitant tout caractère systémique de leurs activités.

Bien sûr, il faut éviter que se reproduisent les errements passés. On ne peut occulter que certaines utilisations des techniques de "shadow banking " ont été dévoyées et ont favorisé le développement, l'ampleur et la diffusion des crises récentes. Mais on ne devrait pas négliger l'impact conjugué des normes comptables, du marquage au marché et de la régulation. La concurrence en matière de rentabilité des banques a donné une impulsion forte aux montages agressifs et souvent peu transparents, favorisés par une liquidité abondante. Le "shadow banking " envisagé ici respecte quelques règles de bonne gouvernance, notamment son utilité économique, l'information continue, la simplicité qui pourraient permettre de déterminer en toute transparence le risque et son coût. Les activités très risquées peuvent et doivent être encore menées, mais loin du "shadow banking " et surtout isolées des banques. Sans un mode de financement diversifiant les canaux de distribution du crédit et évitant les bilans bancaires, les contraintes pesant sur les fonds propres des banques créeront de nouvelles crises et interdiront un financement efficient de la croissance.

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