Quand la "high tech" française suscite des convoitises

 |   |  722  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : dr)
Par Michael Azencot, directeur associé de Financière Cambon.

Pan économique stratégique au niveau national, l'économie high-tech (IT) est un élément moteur de la croissance du pays. Les chiffres parlent d'eux-mêmes et tous les analystes vont dans le même sens : l'un des premiers secteurs créateurs d'emplois, des taux de croissance importants au regard des autres secteurs... Ce cercle vertueux est d'ailleurs à l'origine de réussites incontestées, notamment dans l'écosystème de l'Internet et du monde du logiciel. L'on constate néanmoins, mis à part quelques exceptions, que l'une des caractéristiques de nos entreprises IT a longtemps été leur manque d'ouverture et de visibilité à l'international, en dépit d'une approche technologique avancée, souvent à la pointe de l'innovation, que ce soit en matière de commerce électronique ou encore de logiciels professionnels.

Mais depuis peu, nos pépites et PME technologiques, et plus uniquement les grands groupes, semblent mises au premier plan. En effet, nous pouvons par exemple nous pencher sur l'évolution "comportementale" des fonds étrangers et notamment des fonds anglo-saxons qui se tournent désormais vers le Vieux Continent, et particulièrement vers la France, pour sélectionner les entreprises les plus innovantes qui conjuguent vision stratégique concrète et technologies différenciatrices. On notera d'ailleurs que, depuis trois ans, de nombreuses capitalisations provenant de fonds étrangers ont été réalisées au regard des précédentes années (citons l'entrée d'Accel Partners au capital de Showroomprivé, de Bessemer au capital de Critéo ou de DFJ Esprit chez Qosmos).

La France se hissant au premier rang européen des opérations ventures avec 741 millions d'euros investis en 2010 (source EVCA), il est donc naturel que les fonds américains se tournent vers notre territoire avec des équipes quasi dédiées comptant souvent de nombreux "frenchies" et opérant depuis Londres ou la côte Est. Mais cette tendance met aussi en exergue les limites de l'écosystème pourtant bien fourni du capital-risque en France qui ne peut répondre aux besoins de certains acteurs recherchant des montants importants. Les chiffres sont éloquents : au cours des trois dernières années, les fonds étrangers ont pris part à 65 % des levées IT supérieures à 7,5 millions d'euros contre 19 % des levées inférieures à ce montant. Les institutionnels français devraient réagir à l'image de l'initiative d'Orange et Publicis avec un véhicule dédié capable d'investir jusqu'à 20 millions.

Au-delà de l'aspect purement capitalistique, ces prises de position de fonds étrangers dans les entreprises françaises contribuent également à les propulser largement sur le devant de la scène internationale et donc à véhiculer le savoir-faire français hors de nos frontières. Ainsi, dans le cadre de la prise de capital d'Accel Partners chez Showroomprivé, la dimension d'internationalisation au niveau européen a représenté une condition stratégique : Espagne, Italie, Royaume-Uni. Pour reprendre l'expression d'un investisseur américain qui s'exprimait au sujet des entreprises Internet françaises : "France is on the map !" Cette courte phrase résume bien l'évolution de la perception des investisseurs au regard du savoir-faire technologique français et de son potentiel.

Au-delà des investissements directs réalisés par les fonds, l'évolution des comportements liés aux fusions-acquisitions est également au centre de l'actualité économique des entreprises IT. En effet, de plus en plus de transactions sont effectuées en "cross-border" (hors de nos frontières). Ainsi, de nombreuses acquisitions significatives sont désormais opérées, notamment auprès d'entreprises IT ultraspécialisées. Il n'est donc plus rare de voir un groupe international racheter une entreprise technologique pour l'intégrer globalement dans son offre, à l'image de Rakuten avec PriceMinister, Match avec Meetic ou Ariba avec B-Process.

Au regard de ces éléments, de nouvelles opportunités semblent se dessiner et prendre rapidement forme. En effet, de par cet intérêt croissant des investisseurs étrangers, les secteurs en pointe tels que l'Internet, les technologies et les biotechnologies devraient désormais pouvoir bénéficier de nouveaux apports pour se développer en France, mais surtout à l'international ! Certains l'ont d'ores et déjà compris et commencent à tirer les fruits de telles synergies. Il reste donc à bâtir de belles "success stories" et à inciter investisseurs étrangers et entrepreneurs à multiplier les rencontres pour déployer des projets d'envergure et exporter massivement le savoir-faire français.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/12/2011 à 1:12 :
Le Rafale serait de la belle technologie de pointe, mais, personne n'a voulu l'acheter.
J'espère que le chauvinisme français qui a dû transparaître lors des négociations pour la vente des Rafales se fera nettement plus discret.
La capacité des français à savoir vendre des produits adaptés à la demande des marchés est importante : les niches stratégiques intéressent bien entendu les marchés ayant besoin de renforcer un avantage différentiel. Encore faut-il que le français ne soit pas trop attaché à son savoir-faire, qui évoluera inéluctablement, en s'imaginant, à tort, que personne ne saura faire mieux que lui. Encore faut-il aussi que le français ne soit pas trop détaché de son savoir-faire en laissant les autres profiter des fruits de ses recherches à ses dépends parce qu'il n'a point eu de vision internationale du potentiel de ses produits innovants.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :