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Euro : et si les Allemands jouaient plus fin qu'on ne croit ?

Jean Matouk, économiste, professeur honoraire des universités

Publié le 02 janvier 2012 à 08:07 - Mis à jour le 02 janvier 2012 à 09:11

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La baisse de l'euro est assurément une bonne nouvelle pour toute l'économie européenne. Les atermoiements allemands face à la crise peuvent s'expliquer par cette recherche d'un euro moins élevé.

L'attitude allemande dans les événements monétaires récents est intrigante. L'Allemagne n'a aucun intérêt à l'explosion de l'euro. Le mark ressuscité augmenterait immédiatement par rapport au dollar, donc au yuan, ainsi qu'aux autres devises européennes. Les exportations allemandes, qui représentent 40% du PIB et le quart des emplois allemands, seraient donc gravement atteintes. Même si elles sont moins sensibles que d'autres à la compétitivité prix, disposant d'une marge solide de compétitivité hors prix, elles pâtiraient fortement d'une réévaluation de 20% ou plus du deutsche mark.

Or, ce sont les atermoiements allemands vis-à-vis d'une plus grande intégration qui entretiennent et amplifient le doute sur la monnaie européenne. Car l'hypothèse de sa désintégration, ou forte amputation, n'est pas vide en ce début d'année. Le Conseil des ministres européens eut-il entériné, le 9 décembre, la mutualisation - totale ou partielle - des dettes publiques, ou une modification du statut de la BCE pour qu'elle puisse acheter des titres de dettes des États, ou la création d'euro-obligations pour relancer la croissance à partir d'un "pôle" européen, que la défiance eût sensiblement diminué.

Peut-on penser que c'est uniquement pour des raisons de politique intérieure, pour satisfaire les eurosceptiques qui restent minoritaires en Allemagne, réaliser leur rêve du retour au deutsche mark, que la chancelière renâcle à ce "plus d'Europe" ? Craint-elle que les pays sud-européens n'aient pas encore suffisamment intégré la nécessité de tendre vraiment vers l'équilibre budgétaire et la réduction de l'endettement ? L'installation de gouvernements de techniciens à Athènes et Rome, et d'un gouvernement pour le moins austère en Espagne, offre quand même de sérieuses garanties de retour au sérieux. Au fil des semaines, tous ces motifs de la réticence allemande paraissent de moins en moins crédibles. Peut-on donc suggérer que les Allemands lanternent, au moins en partie, parce que la crise de l'euro entraîne sa baisse ? Lentement, mais sûrement, en effet, la monnaie européenne décline par rapport au dollar. Les deux "pics" successifs de la mi-2008 (1,58 dollar), de la fin 2009 (1,45 dollar) puis du début 2011 (1,40 dollar) ont été de plus en plus bas. La tendance depuis le pic de 2008 est clairement descendante. L'euro vaut, ces jours-ci, 1,30 dollar.

Cette baisse, curieusement, est souvent analysée négativement. L'euro "paierait" ainsi l'aboulie des dirigeants européens. Mais, du point de vue de l'économie européenne, cette baisse est au contraire la bienvenue. C'est même la seule bonne nouvelle en ces temps difficiles. À 1,30 dollar, l'euro est encore à 11 % au-dessus de sa parité de lancement, 1,17 dollar, qu'il n'y a aucune raison de ne pas considérer comme la bonne aujourd'hui, celle qui ne renchérit pas les marchandises européennes au-delà des rapports de coûts. Bien sûr, une baisse de 13 centimes de l'euro, de 1,30 à 1,17 dollar, entraînerait, pour l'Allemagne, un supplément de valeur du pétrole importé de l'ordre de 2 milliards d'euros. Une broutille par rapport à l'excédent commercial allemand !

Plus lucides que nombre de commentateurs, Angela Merkel et le patronat allemand ne peuvent donc manquer de voir dans cette baisse de l'euro par rapport au dollar, un des rares leviers rapides de redressement de l'économie de la zone euro. Les dirigeants allemands peuvent penser que le maintien de l'euro à une parité élevée a résulté d'une volonté tacite de la Fed : l'utilisation de la "planche à billets" aux États-Unis avait certes comme premier motif la relance de l'économie, mais aussi, comme seconde conséquence heureuse pour les Américains, cette parité élevée de l'euro. Or l'absence de toute référence à une politique européenne de change dans le traité de Maastricht interdit une action officielle et volontaire pour ramener l'euro à sa parité raisonnable. De plus, Jean-Claude Trichet, sous pression allemande constante, a été le plus lent de tous les banquiers centraux à baisser le taux de base, en raison de l'inflation importée par la hausse du pétrole et des matières premières agricoles.

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Le gouvernement allemand, certain d'avoir encore la situation en main, n'attend-il donc pas qu'une relance de la crise entraîne une baisse plus franche de la monnaie européenne pour "faire les pas" qui manquent à un sauvetage définitif ? La baisse récente du taux de base de la BCE à 1 %, qui laisse quand même celui-ci à 0,75 % au-dessus du taux de la Fed (0,25 %) et à 0,5 % au-dessus de celui de la Banque d'Angleterre (0,5 %), peut être interprétée, non seulement comme un souci de soutenir l'activité économique dans la zone, mais aussi, en complicité tacite avec le gouvernement allemand, comme une pression à la baisse de la monnaie européenne.

Jean Matouk, économiste, professeur honoraire des universités

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