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"Le budget du CNC doit continuer de progresser"

Propos recueillis par Sandrine Cassini et Jamal Henni

Publié le 12 janvier 2012 à 07:59 - Mis à jour le 12 janvier 2012 à 09:05

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Entretien avec Eric Garandeau, président du Centre national du cinéma et de l'image animée. La France a battu un record d'entrées dans les salles en 2011. Un résultat dû au système français de financement des films, estime son président du CNC, qui en justifie le niveau élevé de trésorerie.

2011 a été une année record pour les entrées en salles en France, qui reste au-dessus des grands pays européens. Comment l'expliquez-vous ?

Avec 215,6 millions d'entrées en 2011, la France a fait encore mieux qu'en 2008-2010, années des "Ch'tis" et d'"Avatar". Cette amélioration est structurelle : il y a aujourd'hui 5.465 salles de cinéma, soit 1.000 de plus qu'il y a vingt ans. Les deux tiers sont numérisés, contre un tiers fin 2010, avec un objectif de 100 % fin 2012. Mais ce record est également dû à la qualité et au nombre de films français, dont les entrées ont crû de 21 % en 2011, contre + 0,8 % pour le cinéma américain. C'est ce qui explique que le cinéma se porte beaucoup mieux en France que dans le reste de l'Europe. Enfin, ce succès s'explique aussi par notre système de soutien au cinéma, qui est unique au monde !

Ce record n'est-il pas biaisé par le succès inattendu d'"Intouchables" et de ses 15 millions d'entrées ?

Pas seulement. Notons qu'avec "Rien à déclarer" deux films français trustent les deux premières places du box-office ? c'est unique au monde. "Harry Potter" est loin derrière, avec 6 millions d'entrées. Mais l'Hexagone dispose aussi d'un important réservoir de films porteurs : 20 films français font plus de 1 million d'entrées, et 35 films plus de 500.000 entrées. Avec environ 270 films produits, soit une dizaine de plus qu'en 2010, 2011 marque également un record pour la production.

Le budget du CNC prévu pour 2012 est de 700 millions d'euros. Ce montant est-il un plafond ?

Non. Le budget du CNC ne doit pas être plafonné et doit continuer à progresser. Car les besoins en programmes vont continuer à croître, notamment avec l'arrivée de la télévision connectée, qu'il faudra nourrir avec des programmes français.

Surtout, le CNC n'est pas une administration. Ses recettes ne proviennent pas du budget de l'État, mais de taxes prélevées sur la consommation de programmes audiovisuels : entrées en salles, DVD, vidéo à la demande, recettes publicitaires de chaînes de télévision, abonnements Internet... Dès lors, il est normal que les soutiens publics du CNC à l'investissement audiovisuel continuent à progresser au même rythme que ces marchés. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé ces dernières années : entre 2000 et 2010, les aides distribuées par le CNC ont progressé de 89 %, à 754 millions d'euros. C'est en ligne avec la croissance des dépenses des ménages en programmes audiovisuels, qui a progressé de 128 %, portée notamment par une hausse de 46 % des recettes des salles de cinéma, et le développement des accès Internet fixe et mobile. Ce modèle est loué par les parlementaires de tous bords. Et le rapport rendu au printemps par l'inspection des Finances et l'inspection des Affaires culturelles estimait que ce modèle "doit être conforté".

Les fournisseurs d'accès Internet jugent trop élevée leur contribution à votre budget...

Le niveau actuel de leur contribution est correct. Il devrait continuer à progresser de manière raisonnable, porté par la croissance du chiffre d'affaires du secteur. L'important était d'arriver à fixer une assiette fiscale stable, ne pouvant plus être contournée comme par le passé. Cela a été fait dans la loi de finances pour 2012.

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Mais, en cette période de crise, le CNC ne doit-il pas participer à l'effort ?

Bien sûr. Le Parlement a voté un écrêtement en 2012 de la contribution des distributeurs de télévision : câble, bouquets satellite, fournisseurs d'accès Internet. Si la taxe rapporte plus que ce plafond, l'excédent sera reversé au budget de l'État. Nous sommes d'accord avec cet écrêtement, qui ramène notre prévision de budget 2012 à 700 millions d'euros au lieu de 750. Le CNC prend aussi à sa charge 50 millions d'euros de dépenses jusque-là assurées par le ministère de la Culture.

Des parlementaires de gauche craignent que ce reversement à l'État pose des problèmes vis-à-vis de Bruxelles...

Nous ne pensons pas que cela pose une difficulté de ce type. D'ores et déjà, le Conseil constitutionnel a examiné le budget 2012 et n'a rien trouvé à y redire.

Néanmoins, vous vous étiez opposé à un plafonnement généralisé des taxes que vous percevez...

En effet. Nous n'étions pas d'accord pour que soit plafonnée chacune des taxes. Car un plafonnement de la recette implique un plafonnement de la dépense. Or la majorité de nos dépenses sont des aides attribuées automatiquement en fonction des recettes de l'oeuvre précédente. Bref, un plafonnement généralisé aurait complètement dénaturé notre système. Le président de la République l'a bien compris, son intervention a été déterminante pour sauver le CNC.

On glose beaucoup sur votre trésorerie, qui s'élevait à 788 millions fin août...

Près des deux tiers de cette somme ? soit 466 millions ? correspondent à des dépenses à venir certaines : il s'agit des aides qui doivent être versées dans les mois et les années qui viennent au rythme de la mise en production ou de la distribution des films. La Cour des comptes nous a demandé de constituer des provisions en ce sens. Les 200 millions d'euros restants sont essentiellement des crédits mobilisés pour la numérisation des salles et des films.

La musique lorgne sur vos réserves...

Nous faisons déjà beaucoup pour la musique, tant qu'elle a un rapport avec l'image : nos aides à la musique originale vont tripler en 2012 (à 1,2 million d'euros) sans compter les aides aux captations de spectacle (20 millions d'euros). Mais il n'est pas dans nos missions de financer la musique déconnectée de l'image...

Le rapport de l'inspection des Finances évoquait une augmentation de vos frais...

Nos frais de gestion sont de 5 % en 2012, au même niveau qu'en 2008, alors que les subventions du ministère de la Culture ont disparu et que nous assumons des tâches nouvelles. Notons que le transfert de Bercy au CNC de la gestion des taxes a divisé par dix les frais de collecte ! Notre budget de fonctionnement est donc maîtrisé et stable, autour de 43-45 millions d'euros depuis 2008. Nous appliquons le non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux, ce qui se traduit par un recul de notre effectif, de 467 équivalents temps plein en 2008 à 458 en 2011.

Le rapport indiquait que vous avez dépensé 22 millions d'euros dans l'achat d'un immeuble...

C'est un immeuble que nous louions depuis longtemps. Cette acquisition, remboursée progressivement grâce aux économies de loyer, est donc une opération de bonne gestion patrimoniale.

Où en est la numérisation des films ?

Le CNC accompagnera la numérisation des films en s'appuyant sur l'ambitieux inventaire qu'il a lancé en mars. Nous attendons toujours la validation par Bruxelles d'un dispositif qui comprend à la fois des avances remboursables et des subventions.

De son côté, le grand emprunt devrait aider à la numérisation des films présentant une certaine rentabilité, mais aucun accord n'a encore été signé, et je déplore ce retard. La responsabilité est partagée entre certains détenteurs de catalogues trop frileux, et un Commissariat général à l'Investissement trop exigeant de l'avis des ayants droit les plus volontaires. Les premières victimes de cette inertie sont les laboratoires.

Propos recueillis par Sandrine Cassini et Jamal Henni

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