Investissements d'avenir : un besoin de clarification

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Issu des travaux de la commission Juppé-Rocard, lancé mi-2010, et faisant l'objet d'un large consensus droite-gauche pendant la récente période électorale (François Hollande a affirmé qu'il ne remettrait pas le programme en cause, sauf ajustements à la marge), le programme des investissements d'avenir (PIA) a rendu public l'essentiel de ses arbitrages. Mais les projets tardent à se mettre en place, et plusieurs aspects du programme interpellent les spécialistes de l'innovation, qui s'inquiètent de certaines faiblesses du dispositif.

Une transformation en profondeur du système de recherche
Le système français de recherche et d'innovation connaît depuis la fin des années 1990 une transformation en profondeur, sous l'impulsion des gouvernements successifs de droite comme de gauche. Cette transformation, qui s'est accélérée depuis 2005, a conduit à déployer de nouveaux « outils », opérateurs de recherche, structures d'interface ou encore labels, parmi lesquels les pôles de compétitivité, les Instituts Carnot, les RTRA (Réseaux Thématiques de Recherche Avancée), les PRES (Pôles de Recherche et d'Enseignement Supérieur), les plateformes d'innovation, les agences régionales d'innovation, etc.
Malheureusement, comme souvent en France, les dispositifs préexistants, n'ont, dans leur majorité, pas pour autant été supprimés. Depuis le lancement du PIA, le système français de recherche et d'innovation, déjà reconnu comme étant l'un des plus complexes au monde, a vu émerger de nouveaux dispositifs, qui viennent encore renforcer l'impression de fouillis : équipements et laboratoires d'excellence (Equipex et Labex), instituts de recherche technologique (IRT), instituts d'études pour les énergies décarbonées (IEED), société d'accélération de transfert technologique (SATT), initiatives d'excellence, etc. Les utilisateurs de ce système sont perdus dans ce paysage, et en particulier les PME.
Ne nous méprenons pas, le bienfondé des nouveaux dispositifs n'est pas mis en cause : des équipes de chercheurs de haut niveau se sont mobilisées et ont monté des projets ambitieux sur le plan scientifique et technologique ; l'essentiel des projets répond à des enjeux sociétaux majeurs (énergie, environnement, santé, transports, nouveau matériaux, technologies de l'information et de la communication, développement durable...), et des jurys internationaux ont validé l'excellence et l'ambition des projets retenus. L'investissement public, par l'effet de levier qu'il génère à côté des fonds privés, est indispensable pour boucler le plan de financement. En revanche, il est impératif que ces nouveaux dispositifs, une fois lancés opérationnellement, s'insèrent dans les structures, labels et réseaux existants.
Les instituts de recherche technologique (IRT), par exemple, sont de nouveaux opérateurs de recherche qui doivent trouver leur place parmi les organismes et opérateurs de recherche existants. Compte tenu de leur positionnement, qui met en avant la recherche partenariale avec les entreprises, les IRT seraient tout à fait fondés à rejoindre le réseau des instituts Carnot, qui comporte déjà 34 membres de haut niveau.
Le système français de recherche et d'innovation est aujourd'hui comme une ville qui vient de connaître une vague de grands travaux : une fois les échafaudages démontés, les gravats évacués et les rues nettoyées, les nouveaux bâtiments issus du PIA seront simplement de nouveaux immeubles ou monuments dans la ville, certes plus modernes et plus luxueux que les anciens, mais qui doivent s'insérer dans un urbanisme cohérent.


Un besoin de clarification de la stratégie, des objectifs et des responsabilités
Les termes de référence des appels à projets du PIA ont eu le courage de solliciter l'émergence de dispositifs radicalement nouveaux. C'est donc d'une véritable « page blanche » que sont partis les partenaires pour élaborer leurs projets. Des hypothèses multiples ont été envisagées, certaines parfois extrêmes, et les phases de négociation ont permis de converger, jusqu'à la signature des premières conventions (Jules Verne et Nanoélec pour les deux premiers IRT).
Entre les intentions initiales et la configuration finalement retenue, il y a donc parfois eu des écarts significatifs, il n'y a rien de choquant à cela. Cependant, les feuilles de route stratégiques auraient dû être redéfinies, dès lors que les parties prenantes (chercheurs, industriels, état) ont su plus précisément ce que seraient les nouveaux dispositifs. Cela aurait permis de tordre le cou à certaines « légendes urbaines » qui ont encore la vie dure ; par exemple, on entend encore des conjectures comme « les IRT vont absorber les pôles de compétitivité auxquels ils sont adossés ». C'est absurde : les pôles sont des clusters qui permettent la rencontre d'entreprises et d'opérateurs de recherche, les IRT sont quant à eux des opérateurs de recherche. Il est urgent, si ce n'est déjà fait, qu'ils fassent acte de candidature pour devenir adhérent d'un pôle.
Le choix des personnes clés fera la réussite (ou l'échec) des nouveaux dispositifs du PIA
Cette clarification des positionnements respectifs des uns et des autres permettrait également d'éviter des mélanges des genres risqués dans la constitution des équipes dirigeantes des nouveaux opérateurs de recherche. En effet, les milliards d'euros du grand emprunt ne produiront rien pour le pays si ces opérateurs ne sont pas dotés d'équipes reconnues, disponibles et efficientes.
Quatre postes clés doivent être pourvus de toute urgence : la direction générale, la direction scientifique, la direction du développement (business), la direction des projets. S'agissant des nouveaux Instituts (IRT, IEED, IHU) en particulier, ces postes exigent un engagement dédié et important et une disponibilité à temps plein, et ne paraissent pas cumulables avec d'autres responsabilités opérationnelles (dans une entreprise, un laboratoire,...).
Deux ans après son lancement, le PIA engage à peine sa phase de mise en oeuvre : tout reste à faire, il faut maintenant retrousser les manches. Il est grand temps de personnifier les nouveaux opérateurs de recherche issus du PIA, et d'y affecter des ressources humaines de bon niveau.
A propos d'ERDYN
La vocation d'Erdyn, cabinet de conseil spécialisé, est de soutenir la croissance et la compétitivité par l'innovation. Depuis 1984, Erdyn accompagne ses clients en amont et dans la mise en oeuvre de leur stratégie d'innovation. La société propose à ses clients des prestations sur mesure et dispose d'une expertise scientifique et technologique, ainsi que dans d'autres dimensions comme le marketing, la stratégie et l'organisation. Grâce à sa capacité d'engagement, Erdyn a tissé de forts liens avec tous les acteurs de l'écosystème de l'innovation. Cette connaissance du terrain et cette culture de la collaboration lui donnent une vision pragmatique pour que l'innovation contribue à la performance des entreprises, pouvoirs publics et organismes de recherches et d'enseignement supérieur dans tous les secteurs d'activité. Erdyn est implanté à Paris, Rennes et Bordeaux.

*Associé gérant du cabinet Erdyn, spécialisé dans le conseil en innovation

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