Pigeons, canaris et albatros : non à l'économie de volière !

En ramenant, le taux de taxation des plus-values à 19 %, le gouvernement a reconnu un principe sain : des taux marginaux excessifs découragent l'initiative économique, et des régimes de taxation très différents des standards mondiaux posent des problèmes de compétitivité. Si l'on ne peut que saluer ce signe, on peut cependant regretter, d'une part, qu'il ait fallu une mobilisation pour qu'il soit reconnu, et, d'autre part, que cette reconnaissance ait été aussi limitée dans son périmètre.
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En effet, la France a besoin de ses pigeons - petits oiseaux appelés à devenir grands - et ne doit ni stopper leur croissance, ni empêcher leur multiplication. Mais elle aurait également grand intérêt à soigner également ses albatros - oiseaux de grande taille dont on a parfois l'impression en France que « leurs ailes de géants les empêchent de marche », pour reprendre le poème de Baudelaire. Parmi les mesures « anti-albatros », citons la menace, en 2013, d'une augmentation ciblée de l'impôt sur les grandes entreprises, les projets, heureusement évités, de plafonner ou réduire leur crédit d'impôt recherche ou, plus généralement, toutes les mesures ou déclarations laissant penser qu'il serait juste ou efficace d'appliquer aux grandes entreprises une imposition ou des réglementations plus dures qu'aux autres entreprises.

Les mesures « anti-albatros »ne relèvent pas d'une analyse économique - il n'y a aucun fondement économique à l'idée de sanctionner les entreprises qui ont réussi à être grandes, et l'idée selon laquelle les entreprises devenues grandes créent moins d'emploi est démentie régulièrement. Du reste, cette idée est également porteuse de risques à moyen terme : si les entreprises moyennes comprennent qu'elles seront sanctionnées une fois devenues grandes, elles ne créeront pas les emplois qui leur permettront de le devenir, ou elles iront les créer ailleurs. Que penser d'un jardinier qui passerait ses journées à tirer sur la tige des arbrisseaux pour tenter de les faire grandir, arrêterait d'arroser les arbres et arracherait leurs branches au risque de freiner leur développement ? Il aurait bien plus de succès en veillant à ce que le sol soit fertile, correctement irrigué et que tous les arbres, petits et grands, puissent s'y développer au mieux afin d'en récolter une partie des fruits !

Confronté aux revendications des « canaris », clones nantais des pigeons, le Premier Ministre a justement déclaré qu'il n'allait pas traiter avec toutes les espèces d'oiseaux. Pour cela, la meilleure solution consisterait à appliquer quelques règles justes, simples et lisibles : aucun taux marginal confiscatoire, des taux et des modalités compétitifs par rapport aux systèmes étrangers, une taxation neutre en fonction de la taille et d'une progressivité raisonnable en fonction de la richesse, l'absence d'effet de seuils (et donc de mesure limitées à une taille d'entreprise), et des incitations orientées non pas sur une catégorie de volatiles, mais sur un objectif d'intérêt général (par exemple, un crédit d'impôt recherche uniquement basé sur le volume de recherche et son impact pour la collectivité).

Dans le cas contraire, le gouvernement créera à la fois des injustices flagrantes, et du grain à moudre pour les groupes d'intérêt de tous poils - ou plutôt de toutes plumes. Et comme le savent tous les promeneurs, rien n'attire plus les nuées d'oiseaux que les passants qui se promènent avec du pain à la main...

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Victor Chalmin, Economiste et Membre de l'Observatoire du Long Terme

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Commentaires 6
à écrit le 24/10/2012 à 10:46
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La logique perverse qui consiste à exiger une augmentation des taxes pour les entrepreneurs parce que la capital serait moins taxé que le travail doit être abandonnée. En vérité, c'est le travail qui est trop taxé. Beaucoup trop !

à écrit le 24/10/2012 à 10:02
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Intrapreneur, vous posez une excellente question. D'abord, la question de la justice. Si vous gagnez dix fois moins, c'est que le marché juge que votre prestation vaut dix fois moins. A partir du moment où votre salaire est déterminé par le marché, d...

le 24/10/2012 à 11:42
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Outre vos jugements à l'emporte-pièce, vous racontez n'importe quoi : où avez-vous vu que les PV de cessions sont taxées à l'IS ??? Quant au remboursement demandé à l'entrepreneur ou à l'investisseur, vous ne devez pas bien connaître le droit des soc...

le 24/10/2012 à 19:16
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1) En cas de faillite, l'investisseur ou l'entrepreneur perdent leur investissement. Le salarié, lui, conserve les salaires qui lui ont été versés. 2) Les PV de cession ne sortent pas de nulle part : elles correspondent au potentiel bénéficiaire de l...

le 25/10/2012 à 2:10
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Vous persistez dans le simplisme, l'amalgame ou l'incompréhension, le tout agrémenté de jugements à la fois sentencieux et naïfs.1) Soit vous êtes de très mauvaise foi, soit il faut que vous relisiez ce qui était écrit, puisqu'il s'agissait d'un entr...

à écrit le 24/10/2012 à 8:19
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Exactement : je ne comprends pas qu'une personne revendant un site de drague en ligne monté en quelques années soit taxé à 19 %, alors que je bosse depuis 30 ans à développer les mêmes projets dans mon entreprise et gagne 10 fois moins que lui en éta...

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