La "baguette magique" des banques centrales

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Annuler la dette publique détenue en masse par les banques centrales permettrait d'un coup de désendetter les États. Au risque d'une forte inflation, mais préférable à la déflation.

Les réunions de Tokyo, où s?est déroulée il y a une semaine l?assemblée annuelle du FMI, ont été l?occasion d?attaques en règles, emmenées par le ministre brésilien des finances, Guido Mantega, contre les injections massives de liquidités opérées par les banques centrales. Elles ont conduit Christine Lagarde, la présidente du FMI, à rappeler que « [le FMI a] travaillé afin de redéfinir, en tant qu?institution, [sa] vision de la libéralisation et de la gestion des flux de capital, du point de vue des pays qui les reçoivent et de ceux qui les génèrent ».En d?autres termes, le FMI pourrait finir par assouplir son refus de toute entrave à la libre circulation des capitaux. De fait, il ferme déjà les yeux.

L?annulation de la dette publique détenue par les banques en débat

Fallait-il attendre de Ben Bernanke, le président de la Fed, autre chose qu?un plaidoyer pro domo sur le thème « ce qui est bon pour les États-Unis l?est pour le monde entier, ce qui aide à renforcer l?économie américaine soutient également l?économie mondiale? ». Mais son collègue de la Banque du Japon, Masaaki Shirakawa, a adopté un point de vue beaucoup plus nuancé, en s?inquiétant des « dommages collatéraux » produits par le crédit facile et abondant, et la possibilité que celui-ci entraîne une nouvelle crise financière, en raison du « parallèle qui peut être fait avec les circonstances qui ont abouti à la croissance de la grande bulle du crédit des années 2000 ».Mais, en fait, c?est un bien tout autre débat qui a plus discrètement commencé, révélé dans les colonnes du Financial Times par Gavyn Davies. Il a été engagé en privé ? et nié en public ? par Adair Turner, le président du FSA (Financial Services Authority, le régulateur financier britannique) et candidat à la succession à la tête de la Banque d?Angleterre de Mervyn King, qui est sur le départ. Car la lancinante question de la diminution de la dette publique est toujours posée, sans que nulle part n?y soit apportée de réponse convaincante jusqu?à ce jour.
Ne faudrait-il pas alors finir par envisager d?annuler la dette publique détenue en masse par les banques centrales? Par définition, cela ne léserait aucun créancier privé, mais serait susceptible ? et toute la question est là ? de déclencher cette inflation si redoutée. Si l?on prend l?exemple de la Banque d?Angleterre, qui possède un quart de la dette britannique, une même proportion de celle-ci serait effacée sans tambour ni trompette par une telle mesure?Certes, cela laminerait les fonds propres des banques centrales, qui supporteraient d?importantes pertes, mais elles ne feraient pas sans doute faillite pour autant! L?inflation atteindrait en revanche les investisseurs privés, ce qui justifie d?y regarder à deux fois et de tenter d?en apprécier le danger dans le contexte actuel.
Mais, au vu des milliers de milliards de dollars, de livres, de yen et d?euros déjà déversés par les banques centrales sans toujours rien déclencher, quelques espoirs sont permis? Et puis, le danger de la déflation est supérieur à celui de l?inflation. De deux maux, il va falloir choisir le moindre.
Toutes les pistes contribuant au désendettement des États sont peu à peu progressivement explorées, car plonger les uns après les autres les pays dans une longue récession au prétexte de leur faire résorber la dette n?est sans doute pas, comme on peut le voir, une bonne solution.
Annuler la dette en poursuivant son transfert des créanciers privés aux banques centrales est une forte tentation, car cela ferait coup double en exonérant ceux-ci de toute peine, tout en aidant, comme par un coup de baguette magique, les États à se désendetter. Mais c?est à nouveau balayer les miettes sous le tapis.

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François Leclerc, ancien conseiller au développement de l?agence France-Presse, tient la chronique de « L?actualité de la crise » sur le blog de Paul Jorion. Il est l?auteur de Chroniques de la grande perdition (éditions Osez la République sociale !, 2012, 168 p., 8,50 euros).

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Commentaires
a écrit le 25/10/2012 à 13:40 :
Encore une prestation hilarante du cryptomarxiste qui surpasse tous nos espoirs ! Heureusement pour lui, excepté à Cuba et en Corée du Nord, le ridicule n'a plus tué personne depuis Konstantin Oustinovitch Tchernenko. Cette fois-ci, on a droit aux "fonds propres des banques centrales" qui pourraient supporter des pertes. Franchement, quand on ne maîtrise pas un sujet, on s'abstient de tout commentaire.
a écrit le 25/10/2012 à 13:31 :
Comme vous le dites fort justement, vous ne comprenez pas de quoi il retourne. Une dette dévalorisée n'est pas une dette remboursée. Seul le remboursement de la dette à son prix initial hors inflation permet de détruire la monnaie initialement créée. Toute dette annulée ou dévalorisée, donc non entièrement remboursée, crée un supplément monétaire définitif dans l'économie, qui devra tôt ou tard être compensé par la dévalorisation des actifs, c'est-à-dire par la destruction de richesses. Autrement dit, l'inflation est strictement récessive. S'il suffisait d'imprimer du flouze pour s'enrichir, ça se saurait depuis le temps. Non ?
a écrit le 25/10/2012 à 11:57 :
L'état n'a pas à tripatouiller la monnaie. Celle-ci appartient à chacun d'entre nous, et pas à l'état.
J'adore lorsque les Jorion et autres commentateurs de gauche prônent l'inflation, car c'est le meilleur moyen pour détruire les pauvres.
Les pauvres sont en effet souvent mal indexés (salaires, retraites) et n'ont que peu d'actifs réels (immobilier, actions, ?uvres d'art...). Dans le meilleur des cas, ils ont un peu d'assurance vie.
Ils seront donc les premiers à être laminés par l'inflation...
Réponse de le 25/10/2012 à 19:21 :
Où avez-vous vous donc lu que Paul Jorion, ou moi-même, préconisons l'inflation ? Facile de dresser des épouvantails pour les abattre !
Réponse de le 26/10/2012 à 9:23 :
Mais, Mr Leclerc, il suffit de lire l'en tête de l'article : vous dites qu'il est préférable d'avoir de l'inflation ...
Réponse de le 26/10/2012 à 9:35 :
Le chapô de l'article a été rédigé par la rédaction ! C'est vrai que cela prête à confusion.
Réponse de le 27/10/2012 à 15:30 :
Oui, j'ai lu votre article (et son titre) comme un plaidoyer en faveur de l'inflation.
C'est un argument que j'entends souvent, notamment à gauche.
Or, vous connaissez mieux que moi les conséquences de ce mal, et principalement l'anéantissement des classes moyennes et populaires.
Malheureusement, je crains que ça ne soit la solution (de facilité) qu'ont choisie nos élites, incapables de mettre en place le moindre équilibre budgétaire.
Bien à vous.
Réponse de le 27/10/2012 à 16:12 :
En évoquant de manière critique le recours à la "baguette magique" de la BCE, ce n'était pas mon intention !
Réponse de le 27/10/2012 à 19:16 :
Désolé de vous avoir mal interprété.
a écrit le 25/10/2012 à 11:41 :
Eh oui... où l'on nous vend qu'une forte inflation est BONNE pour nous plutôt qu'une méchante déflation. Hummm... Je ne savais pas que de se faire voler au coin du bois était une bonne chose.
a écrit le 25/10/2012 à 11:38 :
Je comprends pas comment on peut tenir l'argument de la peur de l'inflation : annuler des dettes de cette manière n'implique pas d'augmentation de la masse monétaire, au contraire puisqu'il s'agit de détruire des dettes, donc de la monnaie !!!

a écrit le 25/10/2012 à 10:51 :
Pas d'affolement , si ils utilisent cette solution elle sera à la fois mesurée et graduée afin d?éviter de générer de grands déséquilibres: ex parite des monnaies.
a écrit le 25/10/2012 à 9:28 :
il faudrait aussi faire un audit sur tous les prêteurs (banques, assurances, particuliers...etc) qui bénéficient d'une rente royale... avec les intérêts... depuis 1973 nous avons remboursé, en France près de 1400 milliards d'euros, rien qu'en Intérêts... la DP est égale, à ce jour, à 1800 milliards d'euros...qu'il faudra bien que les contribuables remboursent... à moins qu'on efface les dettes publiques... les pr^teurs professionnels ne seraient pas contents mais depuis le temps qu'ils rançonjnent les Etats (contribuables), ce ne serait que justice
a écrit le 25/10/2012 à 8:56 :
voila la solution on annule pour mieux se reendetter par la suite, c'est une bonne idee mais en // il serait necessaire de mettre en place des gardes fous du type "intterdiction d'avoir un budget en deficit, soit deficit 0".
Réponse de le 25/10/2012 à 9:44 :
D'un autre côté quand on voit la part du remboursement de la dette sur les budgets des états, s'il n'y a plus de dette, il n'y a plus de remboursement et donc une grosse ligne du budget disparait ... Je crois que la bonne question est plutôt quels seront les gardes fous pour empêcher des entreprise de profiter de la situation pour augmenter leurs bénéfices au détriment des salaires. S'il y a inflation, il faut qu'il y ait au minimum une augmentation en // des salaires, sinon on appauvrit les gens qui consommeront maoins et on rerentre en recession. Par contre les banques privées qui ont vendu des prets à taux fixes à leurs clients vont payer une partie de l'addition.
Réponse de le 28/10/2012 à 12:12 :
En France, le service de la dette représente 50 milliards sur 1100 milliards de dépenses publiques. Pas négligeable certes, mais ce n'est pas le problème principal.

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