Florange, Mittal, Ayrault ou l'impuissance des Nations

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À l'issue d'un bras de fer hors norme, Jean-Marc Ayrault se félicita «d'avoir démontré la capacité d'intervention de l'État». Pourtant l'accord trouvé ne remettait pas vraiment en cause les grandes lignes du projet industriel d'ArcelorMittal, réduire ses capacités de production d'acier brut en Europe. Puis catastrophe voilà que le groupe indien bouscule tout et renvoie Uclos, le projet européen, seule lueur d'espoir et promesse de jours meilleurs aux oubliettes d'un futur incertain.
Ce que révèle cette quinzaine Mittal, c'est la faiblesse d'un pays souverain dans la mondialisation. Le Monde change et ça fait mal ! Le gouvernement d'un pays qui se voit encore puissance mondiale de premier rang montre au grand jour toutes ses difficultés à s'imposer à un groupe industriel mondial. Pire il se divise face à l'ennemi.

Une guerre économique impitoyable
Voici la dimension impitoyable de la guerre économique que nous ne disons pas. Nos propres voisins du pays, Grande Bretagne en tête interviennent avec une agressivité opportuniste et déclarent eux aussi la guerre à la France quand celle-ci fait mine de revenir aux solutions du début des années 80, la nationalisation.
Ce qui est mis en lumière c'est la profonde fragilité des Etats nationaux contemporains de la mondialisation. Des Etats isolés et coincés entre les exigences puissantes des acteurs libres de cette économie mondialisée, les entreprises transnationales, certains pays affranchis des règles de l'OMC, et les attentes légitimes de leurs populations pour davantage de courage, d'engagement et démonstration de force des leaders politiques et gouvernementaux.

Les citoyens veulent des engagements
Les citoyens, s'ils ont bien conscience des déséquilibres provoqués par les libertés de mouvement des uns et les faiblesses organiques des autres, veulent des politiques à leurs côtés, des politiques qui gouvernent à travers des réalisations et pas seulement des incantations. Bien sûr les mêmes citoyens attendent, ils en sont friands, des histoires où se mêlent identité, fierté et affect, une narration politique qui nourrit leurs curiosité quotidienne à la fois sincèrement inquiète et un peu voyeuriste, mais ils veulent surtout des engagements qui structurent en profondeur et dans la durée leur confiance en un futur qu'ils perçoivent comme incertain et brutal.

Les limites de la communication politique
Mittal l'a bien compris qui sur le terrain de la bataille des histoires a laissé le gouvernement penser qu'il avait maîtrisé la narration et gagner le combat du storytelling à défaut de l'avoir scénarisé comme certains ont pu le décrire. Cette semaine, le temps était venu de passer aux actes et d'instruire non plus la fiction mais la réalité. C'est alors que Mittal a dégainé une annonce terrible qui venait vitrifier la belle prose gouvernementale : le projet Uclos ne sera pas présenté à la Commission cette année ! Laissant s'amplifier la rumeur de l'abandon définitif du site. Voici décrites les limites de la seule communication politique, rassurer et faire rêver les fidèles, montrer les dents et tenter de faire peur à ses adversaires mais ne pas oublier de s'ancrer aussi dans la réalité et produire des actes !

Une impuissance définitive? 
L'impuissance des Etats, donc la nôtre, est-elle définitive ?La réponse est non ! L'Europe est le laboratoire vivant de cette résistance future. C'est une puissance publique en construction qui doit s'affirmer dans cette guerre économique, contre la guérilla du marché et des grands opérateurs économiques mondiaux. Plus encore, il faut des leaders politiques nationaux, hommes et femmes champions d'une vision claire qui s'engagent au delà de la communication.Des leaders de guerre.

*Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne
Conseil en communication d'influence
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

 

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Commentaires
a écrit le 07/12/2012 à 17:54 :
j'adhère totalement
que les États se mêlent de ce pourquoi ils sont faits et ne se mêlent pas de gérer les entreprises tout ira bien
Réponse de le 07/12/2012 à 21:11 :
clovis, certes mais il s'agit d'autres type d'organisations.
a écrit le 07/12/2012 à 17:37 :
Se polariser sur un haut fourneau lorrain est une ânerie .. Si la France juge stratégique la production d' acier elle doit prendre les mesures pour en prendre le contrôle intégral. Mittal ne gère pas la production française d' acier pour le bien des français , pas plus que Renault le fait avec les voitures . Un industriel n' est pas là pour faire de l' humanitaire .
La chanson du repreneur est un mythe de gauchiste attardé qui n' a aucun plan pour faire travailler Florange sans un énorme support du contribuable . Le prix du produit fini sera prohibitif donc invendable et de plus Ulcos est une élucubration d' écolo ruineuse à échéance indéfinie ... si c'est avec ça que l' on compte redresser la production le progressif va s' éterniser . Mittal détient toute notre sidérurgie ,de grosses cartes en main et notons de surcroît que produire de l' acier loin d'un port est dénoncé unanimement comme une erreur .Mieux vaudrait envisager un musée ou un parc d ' attractions ...
Réponse de le 09/12/2012 à 11:04 :
Une Belle ânerie, Oui ! Le Site Florange ne représente que 1 % des Intérêts à l'indien, donc il peut Largement Respecter les Investissements qui étaient prévues !! que de couper une branche qui fera souffrir des salariés qui finiront par porter un coût à l'Assédic ! Dans le monde libéral il existe plusieurs catégories d'entreprises ))
a écrit le 07/12/2012 à 17:12 :
Le monde de la concurrence ou le monde de Colbert ? Le premier recouvre la planète, le second que l'hexagone. Ou l'on se transforme pour rester compétitif, ou l'on construit une forteresse. M. Gallien : vous dites qu'il faut faire quelque chose, mais vous ne dites pas quoi. Les Allemands de gauche et de droite ont travaillé ensemble pour bâtir du concret : vous n'en parlez pas. Ils ne sont pas les seuls. Pourquoi ne pas aller comprendre dans le détail ce qu'a fait, par exemple, la Suède ? Elle a simplifié son code du travail, transformé son système scolaire et son secteur des soins. Son endettement est maintenant 40 % de son PIB et son déficit tourne autour de zéro. Comment l'a-t-elle fait ? Au lieu de prôner une rigidité mortelle (camouflée sous le terme évocateur de « résistance », pourquoi ne pas identifier les voies d?une vraie transformation en profondeur ? Et l'on n?y arrivera certainement pas en promettant (pas vous, mais le gouvernement) une réduction du déficit à 3 % à laquelle personne ne croit, ou une réduction des dépenses de 60 milliards sans spécifier d'où viendrait un seul sou.
Réponse de le 07/12/2012 à 18:13 :
Schilder, vous proposez des pistes géographiques qui portent des solutions pertinentes mais je suis certain que vous partagez ma quête d'une repolitisation de nos gouvernance et d'un leadership plus affirmé justement pour penser loin et porter les réformes nécessaires.
Réponse de le 07/12/2012 à 19:56 :
Je vous remercie vivement de votre réponse. Vous avez raison- mais où trouver ce leadership ?
Réponse de le 07/12/2012 à 21:10 :
Là je suis comme vous ... je suis en rade et très largement en Europe ! A bientôt sur La Tribune ou ailleurs et bon we
a écrit le 07/12/2012 à 16:14 :
Il y a bien longtemps que les gouvernements des pays occidentaux ne sont plus que des Falstaff. L'époque où ils faisaient preuve d'autorité est bien révolue. Le seul à ne pas être déçu après n'importe quelle élection est celui qui a profité de son dimanche pour taquiner le goujon!
a écrit le 07/12/2012 à 15:23 :
Entre un GV composé de fonctionnaires et un chef d'entreprise créateurs de richesses ,il y a un monde ,notamment dans l'interprétation des accords.Réalité et virtualité!
a écrit le 07/12/2012 à 13:48 :
Votre tribune manque d'éléments factuels permettant d'établir la chronologie des derniers évènements ainsi que les points de l'accord qui auraient été "bousculés" par Mittal. Ayant lu cet accord ainsi que la lettre de Mittal à la Commission Européenne, je n'ai pas remarqué de contradictions de la part de Mittal.
Réponse de le 07/12/2012 à 15:31 :
@Jean-Christophe Gallien, mon propos n'est nullement de tacler Mittal, ni de porter une accusation sur une manoeuvre qui du point de vue de l'entreprise et dans un rapport de force m'apparaît compréhensible. Il s'agit de fixer le cadre des contextes de relations et des responsabilités des uns et des autres, qui vous en conviendrez, diffèrent structurellement.
a écrit le 07/12/2012 à 12:53 :
entre la gesticulation et les faits il y a tjs un monde; les politiques vivent dans un monde de communicants, dont le produit a placer est 'lelection a 3 mois'..... apres la realite revient au galop, et la... vive la dissonance cognitive chez les cocus de service !
a écrit le 07/12/2012 à 12:17 :
Dans toute cette cacophonie politico-médiatique, j'entends surtout le silence assourdissant des écologistes. La fermeture des hauts-fourneaux de Florange est un drame social, certes, mais c'est assurément une victoire écologique ! Elle va dans le sens de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, de la lutte contre le réchauffement climatique, les pollutions de toute nature qui empuantissent l'air de nos cités industrielles. Mais c'est surtout l'aveu d'une incapacité chronique à décider de la mutation des sites industriels du passé, fondés sur l'exploitation des minerais locaux, houille et fer. S'il faut, pour produire de l'acier, importer à la fois le minerai ou des produits déjà traités et la ressource énergétique, si la demande n'est pas au rendez-vous, comment peut-on raisonnablement envisager la pérennité d'un site de production désormais obsolète ? L'Etat ne peut se substituer à l'actionnaire privé. Après tout, l'Etat, ce sont les Français. Quel investisseur particulier apporterait des capitaux à une entreprise en faillite, sans perspective d'avenir autre qu'un projet technologique fumeux (la captation du CO2), encore à l'état d'hypothèse, véritable gouffre financier à venir, comme notre pays ne sait que trop en creuser ?
a écrit le 07/12/2012 à 10:57 :
On ne saurait être d'accord avec cette thèse; tout d'abord, il convient de revenir à l'article 4 de la lettre signée entre Mittal et l'état français, pour constater que la position de Mittal est en tout point conforme à ce qui a été signé. Les journalistes, peut-être influencés par le discours des politiques, n'ont pas la sagesse, ni le temps, d'analyser ce qui a été écrit. Ensuite, cette affaire ne souligne pas l'impuissance des états, mais démontre que nous sommes encore dans un état de droit, que la propriété privée, même en France, veut encore dire quelque chose; alors, bien sûr, nous avons poussé le système de redistribution à un paroxysme en France, et certains voudrait que les biens privés soient mobilisables pour le bonheur de tous... difficile de savoir jusqu'où l'auteur de cet article, déjà payé par la Nation, souhaite aller.. in fine, le principal enseignement de cette "affaire" devrait être que même sur des sujets qui ne devrait pas prêter à polémique -les difficultés réélles d'un secteur et leurs conséquences sociales-, on ne peut s'empêcher dans notre beau pays à pourrir les relations entre les individus: nous nous montrons incapables d'affronter sereinement nos difficultés..
Réponse de le 07/12/2012 à 11:33 :
Cher Bili hari, affronter sereinement c'est bien de cela dont il s'agit, sans polémiquer, sans remettre en cause l'état de droit mais en se situant bien là où nous sommes, au coeur d'une guerre économique qui ne peut être abordée sans un changement de paradigme politique.
Réponse de le 07/12/2012 à 12:32 :
mais in fine, il ya ceux qui croient encore en la politique, avec un grand P, importante et nécessaire, et ceux qui constatent la médiocrité des hommes politiques (avec un petit p), leur manque de vista, leur "impuissance", leur ignorance, leur prétention à connaitre des métiers sans aucune formation. Tous ces obstacles les empêchent de faire de la (P)olitique. Somme toute, en période guerre économique -nous y sommes, les dirigeants de Mittal en France y sont-, il vaut mieux s'en remettre à ceux qui font l'économie, qui investissent tous leurs biens, qui y placent leurs enfants, et qui sont de grands professionnels (62 ans..) de leurs secteurs. Dans ce qui est perçu comme un combat des chefs, -nous n'aurions jamais du en arriver là-, je me repose, en tant qu'actionnaire-, sur Mittal; et je me repose, en tant que citoyen sur Mittal également, car je ne doute pas que M.Mittal souhaite faire au mieux pour sauvegarder les investissements collossaux réalisés dans Arcelor (25 milliards?) et donc sauvegarder les emplois qui vont avec. Ceux qui pensent que nous sommes là dans la politique de court terme (Montebourg et Hamon..) n'ont visiblement pas réflêchi un seul instant! J'espère n'avoir pas été trop déplaisant dans mon premier commentaire -vous voudrez bien m'en excuser-, et je vous remercie de votre courtoisie.

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