Compétitivité : et si l'on parlait management ?

Sur le point de la participation des salariés à la gestion des entreprises, le rapport Gallois a été recalé par le gouvernement Ayrault. Dommage ! car plusieurs indicateurs montrent que la compétitivité passe aussi par une plus forte implication des salariés...
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Le rapport Gallois a mis au deuxième rang des mesures nécessaires à l'amélioration de la compétitivité des entreprises une plus forte association des salariés à leur gouvernance. Il préconisait la présence obligatoire de quatre représentants des salariés au sein des conseils d'administration des sociétés de plus de 5.000 employés, avec voix délibérative. Un pas important sur la voie d'une cogestion à l'allemande. Mais le gouvernement Ayrault a préféré ne pas s'engager, désignant une commission d'études pour réfléchir, en 2013, à la présence, éventuelle de deux représentants des salariés dans les CA, sans obligatoirement de droit de vote... La participation des salariés à la gestion des entreprises ne figure visiblement pas dans les priorités de l'exécutif. Au mois d'août dernier, une mesure prise dans la torpeur de l'été a d'ailleurs augmenté de 150% la fiscalité sur l'intéressement, la participation et l'épargne salariale. Pour les entreprises les plus investies, qui attribuaient à leurs employés jusqu'à trois ou quatre mois de salaires variables par an, cette réforme va engendrer une brusque montée des charges, et selon toute vraisemblance, les dispositifs existant vont peu à peu s'étioler.
Faut-il s'en inquiéter? La participation financière, telle qu'elle existe actuellement en France, souffre de nombreuses imperfections. Moins de 60% des salariés sont concernés, ceux travaillant dans les petites entreprises étant largement exclus. Dans nombre de grosses PME et grands groupes, elle est souvent utilisée comme un mécanisme d'optimisation fiscale et de flexibilité de la masse salariale, sans véritable droit de regard des salariés sur la gestion. Mais ce n'est pas partout le cas.

La participation engendre une hausse de l'implication et de la motivation

Plusieurs travaux de recherche ont démontré au cours des années 1990 que lorsque les équipes de direction s'engageaient véritablement, la participation engendrait une hausse sensible de l'implication et de la motivation, leviers majeurs de la compétitivité. Dans des sociétés comme Eiffage, Siemens ou Dassault, les accords d'intéressement ont montré des résultats particulièrement positifs lorsque les objectifs étaient déterminés par les salariés eux-mêmes au niveau des équipes, et quand ces objectifs étaient non financiers, mais qu'ils concernaient le progrès : réduction des taux d'accidents du travail, de pannes, de retours de produits défectueux, croissance des innovations...L'actionnariat salarié a aussi fait la preuve de son efficacité. Il a été démontré que les entreprises qui y recourent passent mieux le cap des crises économiques et sont plus performantes. La pratique est très répandue en France. Trente-quatre des cent entreprises les plus en pointe en Europe dans ce domaine sont françaises. Or la participation, les abondements et l'épargne salariale qui alimentent l'actionnariat salarié sont aujourd'hui menacés. L'implication des salariés dans la gouvernance des entreprises risque non pas de s'améliorer comme le préconise le rapport Gallois, mais bien plutôt de décroître.
Ce n'est pas le moindre des paradoxes des mesures annoncées par le gouvernement. Le crédit d'impôt va permettre d'alléger les prélèvements sur les entreprises à partir de 2014. Mais ce nouveau dispositif ne compensera que partiellement les charges supplémentaires votées en août et en octobre. De même, le gouvernement affirme vouloir soutenir la compétitivité, mais il plafonne le crédit d'impôt à 2,5 fois le salaire minimum. Or les entreprises tournées vers l'international sont souvent des entreprises de haute technologie, faisant travailler une majorité de cadres et d'ingénieurs. Elles seront ponctionnées en 2012 et 2013 et ne bénéficieront que partiellement du crédit d'impôt en 2014...En réalité, la question d'une véritable baisse du coût du travail est toujours devant nous, et les bons résultats de nos voisins du nord doivent nous interpeller. Les salaires allemands comme scandinaves sont sensiblement plus élevés que les nôtres, mais leurs charges sociales sont très inférieures. Comment est-ce possible? 60% des Scandinaves sont syndiqués pour 8% des Français. Les Allemands pratiquent largement la cogestion. Les deux confient la gestion de leurs cotisations volontaires à leurs syndicats. On ne parviendra pas à accroître la compétitivité des entreprises françaises sans donner une place aux salariés dans la gouvernance pour transformer ainsi en profondeur nos relations sociales, instaurer des relations de confiance et conduire les réformes nécessaires.

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* Patrice Roussel, directeur du Centre de recherche en management de Toulouse.

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Commentaire 1
à écrit le 13/12/2012 à 23:56
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Désolé de constater encore un enseignant lire dans les livres et en tirer des pseudos enseignements. Lorsqu'on prend les exemples des pays étrangers, il ne suffit pas de les situer sur une carte, encore faut-il les connaître et savoir comment ils fon...

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