La crise est aussi politique

Il y a sous nos pieds comme un mouvement général vers la droite qui déstabilise la totalité de l'échiquier politique.
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Au-delà du bal des ego et de leur volonté commune de solder au plus vite les velléités de retour de Nicolas Sarkozy voire d'Alain Juppé, l'affrontement, entre Jean-François Copé et François Fillon n'a pas mis a nu de véritable clivage idéologique. Peu de variations existent. C'est leur théâtralisation médiatique et de meeting qui crée une illusion de rupture sur le fond. Apparaît cependant au sein de l'UMP un glissement vers les thèses de la « Droite Forte » dont la motion l'a emporté lors du récent scrutin interne. Cette pression militante est forte sur le terrain et va sans aucun doute s'accentuer sur Copé, Fillon et les autres, à l'approche des élections municipales et européennes de 2014.

Comme un parfum de défaite côté FN

Côté FN, malgré un contexte favorable à l'émergence, il y a comme un parfum de défaite qui perdure depuis les législatives. Recours constitutionnel avorté, cantonales partielles perdues au premier tour. L'électorat proche de l'UMP a maintenu sa confiance à des candidats UMP qui oubliaient certes leur logo mais dont personne n'était dupe de l'appartenance réelle. C'est l'aveu de faiblesse, pour l'instant, du Front National dans sa capacité à fédérer à son avantage l'expression d'une France qui s'oppose à la gauche et son projet. L'UMP se déportant vers la droite, que va faire Marine Le Pen qui avait tendance, plutôt à se recentrer ? Plus à droite ou des alliance ? Elle compte sur les européennes pour se refaire et préparer, avec de nouveaux moyens et de nouveaux visages, la prochaine séquence nationale qui sera son grand rendez-vous, en 2017. Pendant ce temps, le c?ur des centres semble se déporter lui aussi vers la droite et battre désormais du côté de l'UDI, sorte d'UDF en réduction. Un mouvement encore mosaïque mais déjà prêt à recevoir notamment les anciens de la Giscardie qui avaient, depuis 10 ans, pris leurs quartiers électoraux et de gouvernement du côté de la maison Sarkozy. L'autre versant des centres, le Modem, par l'intermédiaire de son leader, se rapproche de François Hollande. Ils seraient devenus dit-on inséparables. Comme s'ils attendaient ensemble, près de la cheminée politique hivernale, le départ des encombrants verts pour s'associer officiellement. Est-ce François Bayrou qui glisse à gauche ou le Président de la République qui se recentre ?

Les fissues à gauche deviennent fractures

Une fois la campagne présidentielle gagnée sur une narration ancrée au c?ur des gauches, la famille, liée par la volonté commune de tuer Sarkozy, semble se défaire dans le vécu du pouvoir et surtout l'approche des prochains scrutins. Le Président de la République et son Premier ministre conduisent une politique pour le moins pragmatique et d'aucuns diront oublieuse des principaux marqueurs économiques et sociaux de gauche qui ont fait le succès des campagnes de 2012. Les fissures au sein des socialistes de « gauche » et de « droite » du Gouvernement deviennent des fractures et les « associés » même gouvernementaux d'Hollande et Ayrault ne s'y trompent pas, dépassant, dans leurs commentaires, la critique pourtant sans retour, il y a peu, à leurs yeux de « social démocrate » pour verser dans un Président devenu « social libéral » ! Ainsi les Verts à la faveur de ce glissement général semblent se chercher un point de rupture entre Notre Dame des Landes, Florange, le Pacte de compétitivité, le nucléaire, ... comme pour se créer les conditions d'un divorce, au moins temporaire, avant les municipales et surtout les européennes de 2014. Tout cela semble créer aussi une ouverture pour le Front de gauche qui tant au Sénat que dans la rue et les médias, entre PC et Jean Luc Mélenchon, se pose en opposant assumé. Il s'agit là d'un vrai test de mobilisation et de développement politique au delà de ses propres frontières notamment vers l'extrême gauche et sa diaspora. Crise de recomposition générale ou décomposition opportuniste en vue de la préparation des scrutins de 2014, et par ambitions pour 2017 ? On en oublierait presque la crise économique et ses maux. Une certitude, le Président de la République gardera la main, au moins sur ce terrain de l'échiquier politique, avec la proportionnelle aux prochaines législatives.

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*Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne
Conseil en communication d'influence
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires 2
à écrit le 23/12/2012 à 10:58
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"La crise est aussi politique" LA CRISE EST UNIQUEMENT POLITIQUE! Espérons que le temps où l'Allemagne et la France se mettaient d'accord avant un sommet pour imposer leur solution aux autres soit révolu, parce-que c'est bien cela qui a conduit l'Eur...

à écrit le 15/12/2012 à 10:08
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Il faut espérer que le sous-titre n'est pas de l'auteur : en fait de "mouvement général vers la droite", on lit en effet : 1) que le FN est en recul; 2) que, après le "glissement" de l'UMP " vers les thèses de la Droite Forte (sic), les électeurs "de...

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