Vivifier les territoires, clé de la compétitivité

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L'innovation mais aussi une cohésion sociale forte. Selon Pierre Larrouy et Pierre Benaïm, c'est en favorisant l'émergence d'initiatives territoriales fortes, aptes à refonder la confiance et le pacte citoyen, que pourra s'enclencher le processus vertueux de reconquête de la compétitivité.

Compétitivité et confiance sont devenues depuis quelques semaines les mots-clés et consensuels pour affronter les enjeux majeurs d'un avenir économique et social dont chacun, en son for intérieur, avait bien mesuré qu'il exigerait des mesures difficiles. La présidentielle de 2012 s'est focalisée sur la dette. Mais le contexte appelle un supplément d'âme qui permet la mobilisation, la fédération des énergies et la révolte consensuelle.

La confiance comme « lubrifiant social »

Compétitivité et confiance sont indissociables : « La confiance est un lubrifiant social », comme le dit K. Arrow, Prix Nobel d'économie 1972. Hélas, la période est peu propice. Comment ne pas mesurer la défiance citoyenne à l'égard du politique ? On ne peut donc se contenter de mesures gestionnaires.Il faut incarner, s'engager, porter un espoir dans un pacte citoyen mobilisateur. L'atout maître est que le citoyen est majoritairement mature, conscient, informé et en attente réaliste d'un projet qui l'associe. Le pacte de compétitivité présenté par le gouvernement sera complété par des accords sociaux, par une brique supplémentaire de la décentralisation, par la recherche d'un programme d'investissements de croissance européen. Mais la réussite de toute politique publique en ce sens repose sur un pacte citoyen permettant cette relation fusionnelle confiance-compétitivité.

Une étroite relation entre stratégie nationale et initiative territoriale

En Europe aujourd'hui les « grands travaux » sont autant de défis sociétaux : énergie et développement durable, numérique et économie de la connaissance, santé et économie du vieillissement. Ceux-ci imbriquent fortement axes de recherche fondamentale, de compétitivité et d'implication citoyenne. Ces grands travaux, que nous appellerons « travaux de génération » ont un fort impact sur la cohésion sociale. Le projet de loi de décentralisation s'avère d'autant plus stratégique que la plupart des réponses à ces travaux se trouvent au croisement de politiques nationales ambitieuses et d'initiatives territoriales. Ce sont des territoires que naissent les projets collaboratifs, la proximité étant un facteur clé de la fertilisation croisée. Les collectivités ne s'y sont d'ailleurs pas trompées, puisqu'elles portent des actions politiques fortes de soutien à leurs économies locales, avec notamment des agences d'innovation ou de développement, mais également des pôles de compétitivité, des « clusters » et des dynamiques collectives nouant recherche et monde économique. Le principe de subsidiarité et l'initiative territoriale doivent être au coeur de ce projet. La période exige donc une étroite relation entre stratégie nationale et initiative territoriale. La mise en place de règles qui en permettent l'épanouissement est essentielle. Le combat contre la crise est également un combat contre le temps. Ceci est visible avec les marchés au niveau de la crise financière. Ceci est aussi vrai pour la reconquête en matière industrielle et de compétitivité. Les grandes actions stratégiques nécessaires autour de l'innovation de rupture supposent du temps. Les effets ne sont pas immédiats.

Des acteurs coordonnés, mais qui conservent leurs spécificités

Les effets connus par la science économique autour des multiplicateurs et accélérateurs de l'investissement sont plus forts et plus rapides dans la proximité et les circuits courts. C'est ce qui est visé dans la priorité donnée aux PME/TPE, ce doit être aussi le choix d'un soutien fort à l'initiative territoriale. Il semble que ces besoins soient pris en compte par la création d'une Banque publique d'investissement en association avec les Régions. Est-ce suffisant ? Est-ce suffisant, en particulier, pour obtenir le choc de confiance recherché ? Les citoyens sont sceptiques face à des initiatives qui ne leur paraîtraient pas totalement transparentes. La première innovation est donc, sans aucun doute, à réaliser en matière d'organisation sociale. Les projets d'intérêt général, en particulier ceux qui correspondent à des enjeux sociétaux, nécessitent à la fois une gouvernance publique garante et responsable de cet intérêt général et du long terme et un mode d'organisation qui permette de privilégier les complémentarités et la transversalité. Il faut tout à la fois s'aligner sur les compétences et ne pas en être trop tributaire. À l'instar des pôles de compétitivité qui permettent une coordination verticale de filière, les pôles d'économie cohésive (*) répondent à ce dessein. Ils assurent « l'être ensemble », la cohésion sociale et « le faire ensemble » d'acteurs coordonnés qui conservent leurs spécificités. Ce nouveau « mode projet » permet une transparence, une responsabilité claire et génère donc une confiance forte. C'est la condition du nouveau pacte citoyen à rechercher pour augmenter la confiance et donc la mobilisation source de compétitivité. Les politiques oseront-ils passer à cette organisation qui permettrait aux territoires de retrouver de la souplesse pour mener à bien des actions prioritaires ?

« Investissez là où vos enfants vivent »

Plutôt qu'un livret d'épargne, thématique mais général, ne pourrait-on passer à une mobilisation de l'épargne territoriale sur des projets plus identifiés ? Cette épargne disponible et mobilisable en proximité est un atout fort pour la France. Le « mode projet » permettrait la levée d'une véritable fierté de contrer les marchés financiers en soutenant des programmes de proximité d'intérêt général. Le succès de l'offre portée par le Livret A montre que cela est possible et que l'on pourrait éviter que cette épargne n'irrigue pas suffisamment l'économie réelle. Au-delà de l'association des Régions au management de la BPI, la loi de décentralisation pourrait être plus ambitieuse. Les territoires devraient pouvoir bénéficier de garanties de celle-ci pour créer dans la proximité un fonds d'investissement pour les grands projets d'initiative territoriale d'intérêt général. Il constituerait un levier pour drainer une seconde vague d'épargne, territoriale, autour d'un pacte citoyen fédérateur et mobilisateur La compétitivité à court terme repose sur cette mobilisation autour d'un patriotisme territorial des énergies disponibles. Voici le sens de la subsidiarité : laisser s'épanouir ces énergies, raccourcir les circuits, favoriser les actions de terrain communes. La compétitivité de court terme niche là, dans cet enthousiasme de proximité, dans cette reconquête de la confiance citoyenne.


(*)Tract pour une économie cohésive, par Pierre Larrouy, éditions Florent Massot, 2008, 11,57 euros.
 

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Commentaires
a écrit le 25/12/2012 à 5:20 :
Il y en a marre de la décentralisation lancée par de de Gaulle, 40 ans après, on en voit les résultats catastrophiques, trop de lois, trop de fonctionnaires et infiniment trop d'élus. L'Etat par le biais des SCOT est obligé de reprendre la main sur les décisions politiques locales. La compétitivité c'est l'affaire de la formation technique de nos ingènieurs qui est devenue gravement insuffisante en France et d'une présence industrielle en France, un point c'est tout et joyeux noel aux insomniaques et aux papas Noels...
a écrit le 24/12/2012 à 11:32 :
Donnez moi des exemples. Votre langage d'experts je ne le comprends pas. Vous voulez multiplier les initiatives territoriales. Peut être est ce une idée. Mais que sont les territoires? On en a une pléthore commune, communauté de communes, communauté urbaine, canton, département, et la suite. Et à chaque fois se construit une petite féodalité. Et vous croyez que tout ça va génèrer de la croissance. Moi je crois que ça générera surtout des coûts. Des structures supplémentaires. Sauf si on en réduit le nombre et qu'on se pose la question de l'utilisation des moyens.
a écrit le 24/12/2012 à 5:36 :
Absolument aucune chance de fonctionner actuellement cette idée bien que ce soit la bonne!
Le problème est que la croissance du pays réside dans la tête de beaucoup de petits génies qui sont financièrement impuissants et que les gros magnats à pognons eux, ont une tête désepérément viiiiide!
Les fonctionnaires de notre gouvernement eux ne savent pas ce que le mot travail veut dire en plus d'avoir une tête abyssalement viiiiide!
a écrit le 23/12/2012 à 18:03 :
Que n'a-t-on dit contre les politiques d'aménagement du territoire ?! Tout ça pour céder à la mode bien pensante d'un libéralisme prédateur et dépeceur. Résultat des déserts ! Un gâchis écologique sans précédent, des conditions de vie et de travail mauvaises pour une partie de la population, à l'heure des technologies de la communication, ne pourrait-on pas réinventer avec un fort volontarisme d'Etat des stratégies de reconquête de notre propre territoire ?

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