"Au fait, on vous a déjà proposé un pot-de-vin ? "

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Une petite équipe de consultants parcourt depuis quelques semaines le quartier européen, à Bruxelles, pour une enquête sur la corruption dans le secteur de la santé. Le sujet n'est pas nouveau. En juin 2011, Cecilia Malmström, la commissaire en charge des Affaires intérieures, avait dévoilé un nouveau « paquet anticorruption ». Elle prépare pour l'été un rapport sur les pratiques des États pour endiguer ce fléau qui n'épargne aucun pays, même s'il semble plus répandu dans le Sud.

MAIS LE CHAMP DE L'ENQUÊTE EN COURS - dont nous avons pu avoir connaissance - est bien plus vaste. Elle porte sur la corruption, elle-même définie comme « un abus de pouvoir » destiné à générer « un gain privé », ce qui va « au-delà des aspects criminels » et « inclut des situations comme les conflits d'intérêts, le favoritisme, etc. » Les achats et l'autorisation des produits pharmaceutiques, l'équipement et la certification du matériel médical, les pots-de-vin liés aux prestations de soins : rien ne doit être laissé de côté. Que compte faire la Commission des résultats de ces investigations? On ne le sait pas pour l'instant.
Produit avec l'aide de la Commission, un rapport de l'organisation Transparency International de juin 2012 brosse un tableau plutôt sombre. « Les faits suggèrent que depuis l'adhésion en 2004, il y a eu un recul des progrès faits dans la lutte contre la corruption en République tchèque, en Hongrie et en Slovaquie », note l'ONG. La Grèce, l'Italie, le Portugal et l'Espagne souffrent eux aussi de pratiques « profondément enracinées ».

LE PROBLÈME N'EST PAS SEULEMENT que l'adhésion à l'Union européenne retire une incitation à se conformer à la loi. Il réside aussi - ce qui est moins avouable pour Bruxelles - dans la manne financière déversée par ces pays au titre du budget européen. Comment ne pas voir que les milliards destinés à la Grèce, par exemple, ont alimenté pendant des années le clientélisme de ses partis et contribué à pousser le pays dans l'impasse où il se trouve aujourd'hui? Ce n'est certes pas demain qu'on lira que la manière dont est distribuée l'aide européenne est un facteur de corruption. Mais il ne serait pas inutile de se poser la question.

EN FRANCE, LE SERVICE CENTRAL de prévention de la corruption (SCPC), créé en 1993 dans la foulée des lois sur le financement des partis destinées à clore l'époque des « affaires », est maintenu depuis dans une indigence de moyens humains et juridiques assez peu flatteurs pour la République. Comme le précise la présentation qui en est faite sur le site du ministère de la Justice, auquel il est rattaché, il ne dispose « pas de moyens d'investigation » ni du droit « de convoquer des personnes ». Son rôle est « préventif », précise-t-on. Le SCPC existe essentiellement à travers ses rapports annuels qui ont notamment traité du sport ou du lobbying. Mais à quoi servent ces rapports sinon à remplir les obligations de la Convention de l'OCDE et à satisfaire la curiosité d'une poignée de journalistes?

C'EST TOUTE LA DIFFICULTÉ d'une politique de lutte contre la corruption : les institutions et organisations (parlements, partis politiques et administrations) qui sont censées la mener abritent également ceux - même s'ils en constituent une minorité - qui en profitent. Ce que dit en filigrane l'enquête lancée par Cecilia Malmström est qu'on ne peut s'en remettre strictement à la justice. Ce qu'elle indique aussi c'est qu'une institution comme la Commission européenne qui doit se débattre actuellement avec l'affaire Dalli (du nom de ce commissaire qui aurait demandé 60 millions à un producteur de tabac en contrepartie d'un coup de pouce législatif) peut aussi essayer de balayer devant sa porte... même si elle hésite à le dire.

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Commentaires
a écrit le 21/02/2013 à 8:34 :
Je ne suis pas dans le secteur de la santé, mais on m'a déjà proposé un compte suisse avec des lingots d'or dedans dans le cas d'une transaction financière, du noir, c'était il y a 15 ans. Quand c'est votre toute première transaction et que vous tombez sur ce genre de gars, ça impressionne, et quand j'ai refusé il a pensé qu'un autre avait remporté la transaction grâce à .. des filles. Je ne suis décidément pas "old school", mais je comprend, par exemple pour les contrats d'armement ou de pétrole comment à a se passe en vrai.
a écrit le 20/02/2013 à 23:29 :
On m'a déjà proposé de me corrompre pour que j'attribue un diplôme de licence à quelqu'un qui ne devait pas l'obtenir, puis devant mon refus on m'a culpabilisé, puis on m'a menacé d'écrire à la présidence de l'université, avant de me harceler par mail... Je n'ai pas cédé mais ça m'a fortement enervé. L'étudiant en question n'a pas été réinscrit. Quelques années avant mes collègues ont reçu un courrier écrit par un (futur) premier ministre pour pousser à donner un diplôme à un autre étudiant, courrier auquel ils n'ont pas donné suite...
a écrit le 20/02/2013 à 23:06 :
La bonne question ne serait-elle pas plutôt: "vous a-t-on déjà demandé un pot de vin?", non?
a écrit le 20/02/2013 à 20:57 :
Non.
a écrit le 20/02/2013 à 18:34 :
commençons par étudier les cas de l' A F S A !
a écrit le 20/02/2013 à 18:03 :
Moi je travaille aux attributions des marchés dans une grande ville ,cela arrive régulièrement,mais cela ne va jamais très loin,télé ,caméra,voyages
a écrit le 20/02/2013 à 17:06 :
Jamais, d'ailleurs moi c'est plutôt "grand cru millésimé" que simple vin de table. ;)
a écrit le 20/02/2013 à 16:59 :
Si vous avez regardé "Bruxelles Business" sur Arte vous n'êtes pas surpris.
a écrit le 20/02/2013 à 16:49 :
Oui des pots de vin j'en ai donnés. j'avais une entreprise et souvent lorsque je portais un devis dans une administration il y avait toujours une sangsue pour me demander d'aller faire quelques travaux chez elle et quand échange elle me ferait signer mon devis.J'avais l'impression d'épingler un chèque en haut de mon devis. Et croyez-moi ça ne changera jamais.
a écrit le 20/02/2013 à 16:39 :
Des pots de vin, il y en a PARTOUT! dans tous les domaines, qui ne sait cela, ne sait rien !
a écrit le 20/02/2013 à 15:30 :
Un industriel ou un syndicat professionnel demande à un député un conseil pour rédiger une proposition de loi en sa faveur ou en faveur de sa branche branche professionnelle. L'activité de conseil n'est pas gratuite. Maintenant le député aura le privilège de porter le projet de nouvelle loi qui portera son nom. Tout cela n'est que pur lobbying, autrement dit traîner ses pieds dans les couloirs de l'assemblée.
Réponse de le 20/02/2013 à 15:54 :
@honoraires: il y a conflit d'intérêts quand on prétend défendre les intérêts généraux et qu'on empoche des profits personnels. je sais, ils se font élire pour leurs intérêts personnels, n'empêche que c'est honteux !!!
a écrit le 20/02/2013 à 14:30 :
le lobbying à Bruxelles, c'est du "pot-de-vin";
a écrit le 20/02/2013 à 14:29 :
Mettre fin à la corruption, c'est sonner le glas du gouvernement français, c'est donc impossible :-)
a écrit le 20/02/2013 à 14:16 :
On sait ce que va faire la comission du rapport ...aux oubliettes pour ne pas sedenoncer elle meme

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