Et si l'on pensait un peu au bon vieux téléphone avec fil ?

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Mais que fait donc sur votre bureau cet objet branché de fils torsadés, doté d'un écran d'un autre âge et dont la pauvreté des fonctions le dispute à l'indigence de son ergonomie ? Une tribune de Philippe Houdouin, président directeur général de Keyyo, et Jacques Marceau, président d'Aromates, co-fondateur des Assises du Très Haut Débit.

Alors que tablettes et smartphones sont devenus des compagnons de tous les instants de notre quotidien, ne vous êtes-vous jamais posé la question de la persistance, sur votre bureau, de cet encombrant téléphone aux couleurs sombres ? Cet outil, dont l'apparence et les performances n'ont pas fondamentalement évolué depuis le début des années 90, est pourtant bien le reflet de ce qui est encore aujourd'hui, le socle de la communication d'entreprise : sa téléphonie.
La conception de cette dernière avait été basée sur une organisation pyramidale, fonctionnant à partir d'un standard téléphonique orientant les appels, qu'ils soient entrants ou internes, vers leurs destinataires avec des paliers et filtres correspondants aux différents niveaux hiérarchiques de l'entreprise. Il y a quelques années, la sélection directe à l'arrivée (SDA) avait engendré une évolution significative, un début d'une « horizontalisation » qui autorisait l'appel direct vers un poste. Et c'est là que les ennuis commencèrent...

Il est devenu quasi-impossible de joindre un correspondant sur « son fixe »

En effet, alors que la standardiste ou la secrétaire pouvaient tenter de joindre votre correspondant dans l'entreprise ou vous renseigner sur sa disponibilité, vous voilà maintenant aux prises avec une boîte vocale qui, quand elle n'est pas désactivée, vous propose de laisser un message dont vous savez qu'il aura à peu près autant de chances de rencontrer l'écoute attentive de son destinataire qu'une bouteille jetée à la mer. Il vous sera toujours possible d'envoyer un mail à ce dernier pour qu'il vous rappelle, mais avec, à peu près le même niveau d'espérance. Bref, et à quelques exceptions près, il est devenu quasi-impossible de joindre un correspondant sur « son fixe ».
La clé : connaître le numéro de portable, de préférence personnel, de votre interlocuteur ou de faire partie de son réseau social. Là, et avec un peu de chance si vous ne faites pas partie de ses intimes, vous pourrez entrer en contact avec lui.

L'avalanche anarchique d'informations aboutit, dans le meilleur des cas à une forme d'autisme protecteur et, dans le pire des cas, au « burn out »

Si ce tableau peut prêter à sourire, il n'en est pas moins inquiétant dans une économie où "la compétitivité des organisations passe désormais moins par leurs structures et leur productivité que par leur capacité à produire et à partager leurs compétences et leurs savoirs, lesquels se traduisent par des innovations" (1).
L'entreprise du XXIème siècle s'est en effet rapidement transformée, à la faveur de la mondialisation et des évolutions technologiques, en un écosystème fait d'interactions entre ses différentes fonctions et des partenaires et sous-traitants organisés en réseau. Cette mutation est sans doute le fruit d'une « horizontalisation » des organisations et de la désintermédiations de ces dernières avec leurs parties prenantes, principalement générées par l'internet. C'est ainsi, que la fluidité des échanges informationnels irriguant l'entreprise est devenue l'une des conditions essentielles à sa performance.
C'est dans ce contexte, et sans doute pour palier le manque l'archaïsme du système de téléphonie, que se sont développés, au sein même des entreprises, des circuits parallèles de communication, le plus souvent générés par les utilisateurs eux-mêmes et avec leurs propres équipements et applications, le réseau d'entreprise n'étant plus qu'utilisé que pour sa connectivité à internet. Avec tous les problèmes d'organisation et de sécurité que cela suppose... On est en effet passé d'une organisation verticale, non pas à une organisation horizontale, mais à plus d'organisation du tout ! Avec, en prime, le « stress informationnel » que procure cette avalanche anarchique d'informations qui aboutit, dans le meilleur des cas à une forme d'autisme protecteur qui fait que les gens ne répondent plus ou que très rarement aux sollicitations, et dans le pire des cas, chez les plus consciencieux, au « burn out ». Alors comment en est-on arrivé là et pourquoi le secteur de la téléphonie d'entreprise n'a-t-il pas su anticiper ces mutations et opérer lui-même sa propre transformation ?

Quatre raisons, au moins, peuvent expliquer la situation actuelle

La première est sans doute liée à la résistance naturelle des entreprises au changement et à leur volonté de faire perdurer une organisation pyramidale via l'épine dorsale que constitue le système de communications.
La deuxième est, dans les grandes entreprises dotées d'une direction des systèmes d'information, la crainte de cette dernière de voir se développer un réseau de communications indépendant et échappant à son contrôle.
La troisième découle des deux premières et tient aux cahiers des charges des marchés, qu'ils soient publics ou privés, qui brident l'innovation en s'appuyant sur la fourniture et la maintenance d'équipement sans laisser la place à une autre approche.
La quatrième semble due au manque de concurrence et à la volonté de protéger et faire perdurer une économie industrielle basée sur la production et la maintenance d'équipements de téléphonie d'entreprise.

N'est-ce pas un mal français que de tenter, par tous les moyens, de préserver l'existant au risque de ne pas saisir l'occasion de se renouveler ?

Aujourd'hui, les solutions sont là, à la portée des entreprises, et sous la forme d'applicatifs qui transforment n'importe quel PC, à condition qu'il soit raccordé à l'internet, en système communicant. La téléphonie devient ainsi une suite d'applications intégrées au système d'information de l'entreprise pour transformer le réseau de télécommunications en « réseau social d'entreprise ». Cependant, force est de constater que ces applications de téléphonie commercialisées par une poignée d'opérateurs de nouvelle génération, ne bénéficient aujourd'hui qu'à quelques milliers d'entreprises.
Pourquoi cette situation alors que la généralisation de cette nouvelle approche permettrait à nos entreprises, et notamment nos PME, de gagner en compétitivité ?
Justement peut-être parce qu'il n'y a plus de téléphone, plus de PABX, plus de maintenance, ni de facturation à la durée... et donc plus d'avenir pour une filière industrielle qui a de toute évidence fait son temps. N'est-ce pas un mal français que de tenter, par tous les moyens, de préserver l'existant et ce que l'on croit acquis, au risque de ne pas saisir l'occasion de se renouveler ? Cet aveuglement est sans doute pour beaucoup dans le naufrage de nombreuses activités qui étaient, il y a quelques années, les fleurons de notre économie et qui, faute d'accepter de se transformer, se sont un jour effondrées. Le problème, c'est que cette fois-ci, le retard pris impacte non seulement la filière elle-même, mais presque toutes nos entreprises qui se retrouvent privées des bénéfices du numérique pour leurs communications. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d'autres, la stimulation des acteurs installés de longue date par la concurrence de PME innovantes ne manquerait pas de produire rapidement ses effets. Pour y parvenir, il faudrait simplement que les tarifs de gros, souvent prohibitifs et parfois supérieurs aux prix de détail (ce qui est un comble !), soient régulés et qu'un principe de réplicabilité des offres soit enfin appliqué. Un petit effort pour le régulateur mais de grands effets à en attendre pour notre économie !


(1) Luc Boltanski et Eve Chiapello (1999), « Le nouvel esprit du capitalisme », Gallimard.

 

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Commentaires
a écrit le 05/04/2013 à 16:24 :
Qu'est ce que c'est inintéressant ce papier... La Tribune c'est devenu La Tribune à n'importe qui
a écrit le 04/04/2013 à 15:37 :
Tout simplement ridicule!
a écrit le 04/04/2013 à 15:08 :
Il est amusant de voir comment un opérateur qui cherche à travailler avec tous les équipementiers du marché (tapez juste AAstra Keyyo dans votre outil de recherche favori) essaye de mordre la main de ceux avec il essaye de travailler. Serait il un peu schizo?

Si on connait un peu ce milieu, ce qui est mon cas, on voit clairement que les auteurs de cette diatribe (ce n'est pas une tribune) ne sont pas du tout au fait de ce qui se fait chez les équipementiers....ou alors feignent de ne pas savoir pour faire passer le modèle dominant pour un modèle has been. Voilà une belle pompe à brouillard pour cacher les carrences d'un modèle à bout de souffle.

Ces opérateurs alternatifs qui essayent de nous expliquer que le téléphone a papa est mort ont raison. Il est bien mort, sauf que l'image qu'ils essayent de nous donner n'est pas du tout en phase avec la réalité du marché.

En effet après avoir abruti les masses avec leur communication SIP = communication gratuite , ou IP Centrex = pas de contrat de maintenance, les clients se sont vite apperçu de la supercherie....et l'elastique est en train de leur claquer au museau et cela fait mal. A force de vendre du prix et pas de l'usage, on atteint un point de non retour. Et comme ils n'ont pas d'offres de qualité, sans s'associer avec un équipementier....je vous laisse imaginer le niveau d'exaspération de ces opérateurs alternatifs (dont bon nombre ont fermé ou ont été rachetés)

Choisir les solutions IP Centrex, c'est bien pour les petites structures pour qui la qualité de la ligne et de son n'est pas importante, et qui n'ont pas besoin de services avancés.

Parmi les récriminations des anciens clients IPCentex :
- problème de qualité de la ligne (décalage, voix métalique)
- solution industrielle, peu souple pour une intégration avancée dans le système d'information
- dépersonnalisation de la relation avec le fournisseur
- prix prohibitif à 60 mois

De nombreux clients sont aujourd'hui en train de refluer vers des solutions traditionnelles qui leur apporte évolutivité, services, fiabilité, intégration optimale dans leur système.

Pour info aujourd'hui tous les équipementiers sont capables de fournir des services avancés aux utilisateurs :
- numéro unique pour 5 terminaux différents (téléphone de bureau, pc, tablette, smartphone, etc...)
- fonctionnalités de mobilité (transformer le terminal mobile en téléphone de bureau => conf à 3, transfert, présentation de numéro appellant, supervision, visio, etc)
- visio de base intégrée dans les outils etc....
- infra réseau qui tient la route intégrant le WAN, LAN, WIFI avec annuaire et gestion centralisée.....

Bref tout un tas de trucs que les opérateurs alternatifs ne savent pas fournir.
a écrit le 04/04/2013 à 10:25 :
En tant que spécialiste télécoms en entreprise je précise quelques points au rédacteur de l'article. 1) Une bonne part des lignes fixes en entreprise servent à du support non voix mais de maintenance (téléphones d'ascenseurs, téléphones de sécurité de couloir ou labo, lignes de rechargement de carte de cantine...). 2) Les fonctionnalités de téléphonie traditionnelles sont reportées de plus en plus en application sur poste de travail la rendant intégrée et agile. 3) Les messages enregistrés sur boite vocale sont numérisés et envoyés en boite de messagerie, donc traitables comme des courriels avec pièces jointes (le message vocal). 4) L'intégration des téléphones s'effectue au travers des mêmes composants de réseau que les postes de travail, imprimantes, copieurs... permettant un regroupement de flux sous la forme de paquets informatiques. Ce sont principalement les métiers de "téléphoniste" qui disparaissent au profit de l'intégration en environnement de réseau informatique.
a écrit le 04/04/2013 à 9:52 :
Il doit y avoir bien longtemps que ce monsieur n'est pas entré dans un bureau. Chaque bureau peut recevoir un appel direct, avec son propre numéro, sur son téléphone fixe sans passer par un standard. De plus, les téléphones fixes ont de nombreuse autres fonctions qui lui on été ajouté. Conférence call, transmission sur un autre fixe, etc...De plus, si ce même monsieur quittait son strabisme convergeant sur les grandes villes et se rendait dans les villes rurales, il verrait que le fixe a pour avantage de fonctionner même lorsqu'il n'y à plus de courant. Faits qui se répètent chaque année pendant plusieurs jours a la campagne et à la montagne.
Réponse de le 04/04/2013 à 11:29 :
@ Missiles: le téléphone fixe auto alimenté par le réseau c'est valable pour les lignes analogiques. Avec la ToIP pour les entreprises et le téléphone derrière la box pour les particuliers, plus de courant plus de téléphone...mais il nous reste le mobile.
Réponse de le 04/04/2013 à 15:36 :
Ou avec le PoE (norme IEEE 802.3af) en secourant seulement les switchs de téléphonie et les pabx avec un onduleur (comme n'importe quel serveur)
a écrit le 03/04/2013 à 21:56 :
"Justement peut-être parce qu'il n'y a plus de téléphone, plus de PABX, plus de maintenance, ni de facturation à la durée... et donc plus d'avenir pour une filière industrielle qui a de toute évidence fait son temps."

Mais comment votre "système communiquant" va t il communiquer lorsqu'un arbre sera tombé sur le câble d'un autre temps qui vous permettait justement de communiquer, le tout sans maintenance ?
C'est formidable, ces penseurs qui oublient juste le fondamental, la base :D
"Supprimons les opérateurs d'un autre temps !" Mais ce n'est ni Skype ni Google ni Apple qui déploieront le réseau ou la fibre chez vous !
"Supprimons les prix de gros abusifs !" Mais ce n'est pas Google ni Skype ni Apple qui viendra vous dépanner votre câble coupé...
Il y a un bon documentaire qui vient de passer sur Arte sur les droits d'auteurs & Google. La culture du gratuit lié à internet détruit des pans entiers de l'économie mondiale : les livres, les films, le logiciel et d'une certaine manière aussi les réseaux.
Même Free, le pourfendeur des abus avoue aujourd'hui être en conflit avec Google pour la rémunération de l'utilisation de sa bande passante pour YouTube... Eh oui, le gratuit a ses limites, même pour Free ;)
Réponse de le 04/04/2013 à 9:51 :
@ Poiuytaz: la téléphonie d'entreprises a évolué du PABX vers les communications unifiées (voix, messagerie, visioconférence, gestion de présence...). Le marché est énorme avec Microsoft et Cisco comme acteurs dominants. Il a toujours des équipements, des licences et du service à vendre. Alcatel avec sa stratégie opérateur s'est désengagé progressivement de ce marché entreprise pourtant à forte marge.
Réponse de le 04/04/2013 à 14:28 :
Petite précision :
Alcatel Lucent est le numéro 1 de la téléphonie d'entreprise en Europe et N 5 Monde. Alcatel Lucent d'entreprise possède un catalogue complet pour les enteprises : téléphonie, communication unifiée, wifi, infra réseaux, call centers et tout un éco système de solutions (Hotels, Hopitaux, Finances, Sécurité etc..... Seul Cisco atteint le meme niveau d'intégration. Alcatel Lucent est capable de répondre à tout types d'entreprises. Le dernier né d'Alcatel Lucent (OpenTouch) a été primé à Interop comme la meilleure suite de comm unifiée. Contrairement à ce que nos compatriotes croient (bien aidés par des journalistes avides de scoops sanglants), Alcatel Lucent Enterprise n'est pas mort et continue à investir pour permettre aux gens de communiquer efficacement et de façon fiable.
a écrit le 03/04/2013 à 21:55 :
et puis venant du patron de keyyo qui pratique encore des prix prohibitifs et n'amène rien de nouveau par rapport au bon vieux téléphone des années 90... c'est un peu fort de café !
... voilà... un café, l'addition... je ne vais pas m'attarder....
a écrit le 03/04/2013 à 21:36 :
Ben voyons ! Tapons toujours sur le même : le vieux dinosaure des télécoms qui vie sur sa rente de prix de gros abusifs et abuse de son monopole, c'est tellement facile ! Par contre, les mêmes se plaignent de l'absence d'investissements dans la fibre, allez savoir pourquoi !
Et sur le fond, formidable, un opérateur français (fichu monopole !) et son complice de régulateur serait responsable du manque d'innovation de multinationales telles que Siemens, Huawei ou Cisco ! Le monde gravite autour de notre nombril franco français, c'est bien connu :D
Dans cet article, l'analyse sur les causes du phénomène est bien pauvre et et le bouc tout trouvé, encore une fois...
a écrit le 03/04/2013 à 20:00 :
j'en possède un sur un bureau qui me dit exactement les mêmes chose que sans fil .. et il est toujours à la bonne place .
Réponse de le 03/04/2013 à 21:48 :
bien parlé

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