Madame Prud'homme ne fait pas le printemps

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Florence Autret, correspondante à Bruxelles / DR
Florence Autret, correspondante à Bruxelles / DR (Crédits : DR)
La chancelière allemande s'est mis en tête d'obliger ses partenaires européens à signer des contrats précis sur des réformes structurelles. Ils seront au menu de la réunion des chefs d'État et de gouvernement des 19 et 20 décembre.

« Il est maire et père de famille. »*

Angela Merkel, c'est un peu la Madame Prud'homme de la sous-préfecture européenne. Elle veut de l'ordre, de la sincérité, de la discipline, le respect de la loi et tout ce qui s'ensuit. Cela fait longtemps qu'elle le demande et comme elle ne l'obtient pas, elle est sur le point d'inventer une nouvelle institution : le mariage entre Européens.

Entendez par là, en jargon bruxellois, des « contrats de réforme ». Dans l'accord de coalition - en tout cas le projet dont je dispose - cela donne « verbindliche und durchsetzbare, demokratisch legitimierte Reformvereinbarung ». Ouf !! Pour ceux qui ne maîtrisent pas la langue de Goethe (mais la reconnaîtrait-il vraiment sa langue dans ce verbiage, le malheureux poète ?), cela signifie « contrats de réforme obligatoires, transposables et légitimés démocratiquement »...

Angela Merkel en veut pas de caumunauté des biens hors mariage

La chancelière est comme la nature : elle a horreur du vide. Elle veut à tout prix combler l'espace laissé vacant par les précédentes réformes de la « gouvernance économique », autrement dit les règles budgétaires que nos dirigeants s'engagent à respecter pour faire tenir ensemble le château européen. Entre la guimauve des « GOP » - de vagues orientations de politique économique qui ont fait la preuve de leur inefficacité - et le bois dur des sanctions du nouveau « Pacte de stabilité », pratiquement inapplicables pour cause d'illégitimité, elle veut poser une brique d'autodiscipline. Que les Français, les Belges, les Italiens choisissent eux-mêmes une ou deux réformes cruciales, qu'ils obtiennent le soutien de leur parlement national et qu'ils viennent ensuite à Bruxelles s'engager par contrat à les mettre en oeuvre !

En Belgique, dixit une source bien informée, cela pourrait être la fin de l'indexation des salaires. Un héritage des temps où les syndicats étaient en position de force et qui est devenu un facteur de « rigidité » fatal à la compétitivité, assurent les experts de la Commission européenne. Aucun gouvernement du royaume n'a jamais osé toucher à cette vache sacrée. Et dans le cas de la France, cela donnerait quoi ? Une nouvelle réforme des retraites ? Un aggiornamento du droit du travail où la sécurité des uns destine les autres à l'insécurité ? On n'ose pas y penser.

Pourtant, il va bien falloir. Les « contrats » seront au menu de la réunion des chefs d'État et de gouvernement des 19 et 20 décembre. Or, Berlin tient toute l'Europe en haleine avec ses réserves sur l'Union bancaire. Les autres vont devoir signer -au moins sur le principe - s'ils veulent achever la réforme de la surveillance et de la résolution des banques.

Ces contrats sont-ils une bonne idée ?

De même que le mariage n'est pas l'amour, le contrat n'est pas la réforme. Cela fait quatre ans que, jour après jour, l'effondrement de la croissance a montré que les arrangements juridico-politiques du Conseil européen collaient mal avec les lois de l'économie.

Les économistes se sont pourtant creusé la tête pour proposer des solutions. Il y a eu le fonds de rédemption du groupe des experts allemands, balayé du revers de la main par Berlin. Il y a eu les « blue bonds », une mutualisation partielle des dettes imaginée par Charles Wyplosz et Jacques Delpla, suivis d'une variété presque infinie d'eurobonds, sur les dettes à court terme, notamment. Puis est venue la « facilité », sorte de budget de la zone euro qui ne disait pas son nom, poussé par le Fonds monétaire international et timidement relayé par le président du Conseil, Herman Van Rompuy. Il n'en reste pas grand-chose. N'y avaitil pas là pourtant quelques pistes à explorer ? Madame Prud'homme a jugé que, pour l'instant, il ne valait mieux pas. Elle ne veut pas de communauté des biens hors mariage.

« Et le printemps en fleurs sur ses pantoufles brille »*, concluait le poète.

Hélas, nous sommes en novembre. Il va falloir passer l'hiver avant de contempler ces beaux reflets. À moins que Verlaine n'ait voulu dire que la flanelle ne renvoie nulle clarté.

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* Vers tirés du poème satirique de Paul Verlaine intitulé Monsieur Prud'homme, alors maire de Paris et employeur du poète en 1864.

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Commentaires
a écrit le 06/12/2013 à 17:58 :
"« contrats de réforme obligatoires, transposables et légitimés démocratiquement »..."
Ah les réformes structurelles toujours encore et encore détruire c'est bien beau et on mets quoi à la place,dans une période de déflation, c'est sur ,le moment est bien choisi pour remettre à plat le mode de fonctionnement des états.J'adore la formulation :"« légitimés démocratiquement ».En gros on n'a pas le choix.Bien vu Florence .Je vois qu'Angela à remisé les dossiers de sa campagne électorale au placard ,maintenant on reprends les affaires européennes en main.

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