2014, l'année du "trilemme" ?

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(Crédits : Reuters)
Seul un pays cumule une monnaie forte, un salaire minimum élevé, et un taux de prélèvements obligatoires important: la France. Peut-on gérer ce "trilemme"? Par Sofiane Aboura, maître de conférences à l'université Paris Dauphine

Le faible taux d'inflation annuel en Zone Euro, annoncé en fin 2013, fait craindre une incertitude sur le rythme de la reprise économique. La croissance du PIB réel a d'ailleurs été quasi-nulle pour 2013, dans le meilleur des cas, tout comme en 2012 et cela, malgré les (ou à cause des) efforts consentis par les Etats pour consolider fiscalement (et simultanément) leurs comptes publics. La rigueur fiscale est synonyme  de prélèvements obligatoires en hausse sur les revenus des ménages.

Cette vision rigoriste est devenue 'l'étalon-or' des politiques économiques. A ces efforts, il faut ajouter des avancées réelles avec la mise en place de nombreux dispositifs de gestion de crises macro-financières. Trois exemples illustrent cette tendance. Le Mécanisme Européen de Stabilité vise à dissocier le risque souverain du risque bancaire, d'où l'utilité de la recapitalisation directe des banques. Le programme d'assouplissement quantitatif, OMT, dans lequel, la BCE s'engage ex-ante, pour la première fois, à acheter en quantité illimitée des obligations souveraines à l'instar de la Fed. Enfin, l'instauration progressive du Mécanisme de Surveillance Unique dans le cadre de l'Union bancaire sous l'autorité de la BCE renforcera l'intégration et la stabilité financière en Europe.

 

La BCE, nouveau fer de lance du fédéralisme européen

En somme, tout repose sur la BCE qui demeure la seule vraie institution fédérale européenne capable de soutenir l'édifice au travers de sa politique monétaire et prochainement, prudentielle. C'est à ce titre qu'elle a abaissé son principal taux d'intérêt directeur le 13 novembre 2013 à 0,25%. Un pareil niveau n'a jamais été atteint en Europe, laissant entrevoir toute la responsabilité que ressentent les banquiers centraux face à 17 États membres qui ne partagent pas la même orthodoxie financière.

 L'ambition française, face à l'épreuve

La politique économique française n'échappe pas à ce tableau en demi-teinte, dont le coût final reste un taux de chômage figé à 11% et bien pire encore pour certaines catégories socioprofessionnelles. Pour parer à ces difficultés, les pouvoirs publics ont redoublé d'efforts pour aider les entreprises grâce à deux dispositifs majeurs. Tout d'abord, le 'Crédit Impôt pour la Compétitivité et Emploi', opérationnel en 2014, vise à réduire le coût du travail, en jouant sur les charges sociales. Ensuite, la Banque Publique d'Investissement (bpifrance), filiale de la Caisse des Dépôts regroupant OSEO, CDC Entreprises et le Fonds Stratégique d'Investissement, vise à pallier le manque de financements pour les entreprises innovantes ou de tailles intermédiaires. L'enjeu est de promouvoir l'investissement technologique et plus généralement l'investissement de long-terme comme outil essentiel pour renouer avec une croissance économique revigorée.

Mais ce contexte macro-financier fragile n'est pourtant pas partagé par d'autres pays comparables comme les Etats-Unis, le Japon, la Suisse, ou la plupart des pays scandinaves, sans compter les grands pays émergents. Tous sont caractérisés par une reprise de leur croissance économique, qui, sans être vigoureuse, rompt avec les tendances passées et par un taux de chômage parfois résiduel, sinon en baisse.

 L'euro, voué aux gémonies

Il apparaît de plus en plus dans l'opinion publique l'idée que l'euro est peut-être à l'origine de ces difficultés. Finalement, le débat politique s'est déplacé du clivage traditionnel gauche - droite vers un antagonisme entre défenseurs et pourfendeurs de la monnaie unique. Les défenseurs de l'Euro n'ont que peu d'arguments à opposer à ceux qui, toujours plus nombreux, critiquent une monnaie perçue comme surévaluée et donc à l'origine des déséquilibres macro-financiers. Ces opposants partent du postulat que les gouvernements sauraient parfaitement ajuster la valeur de leur propre monnaie à leur économie s'ils avaient retrouvé leur devise nationale.

Sans monnaie commune, la crise aurait été encore plus violente

Mais si l'on a donné l'indépendance aux banques centrales, c'est précisément parce que la monnaie a été souvent manipulée au prix d'une forte inflation. De plus, n'oublions pas que 60% du commerce extérieur se réalise à l'intérieur de la Zone Euro. Enfin, si tous les Etats dévaluent leur monnaie, cette guerre des changes réduira à néant le bénéfice de cette politique. Sans une monnaie forte et stable, la crise aurait été plus durement ressentie, non seulement, à cause des fonds spéculatifs qui auraient attaqué les devises isolées comme en 1992, mais également du fait du surenchérissement des importations.

Quant à la difficulté d'accroître les exportations, elle ne concerne que les industries qui ne sont pas innovantes et sujettes à la problématique du coût du travail.

 

Le SMIC national, une institution

Le SMIC national vise à imposer un salaire minimum aux entreprises pour les contraindre à subventionner les emplois les moins qualifiés et ainsi, réduire le taux de pauvreté. L'intention est donc louable puisque la France a un des taux de pauvreté de 14%, soit l'un des plus faibles dans le monde. Cependant, la problématique du coût du travail apparaît comme étant consubstantielle à l'existence d'un SMIC national.

En effet, les pouvoirs publics auraient distribué en 2013 environ 110 milliards d'euros d'aides aux entreprises (subventions, crédits d'impôts etc.) pour 'se faire pardonner' le coût du travail. Dans le même temps, ces dernières devraient payer la moitié en impôts sur les sociétés à l'État, soit environ 54 milliards d'euros. Ainsi, le SMIC national est coûteux non seulement du fait de son poids budgétaire, mais aussi en raison du manque à gagner fiscal lié au fort taux de chômage qui lui est associé, particulièrement en période de faible croissance.

L'alternative au SMIC national serait d'instaurer un SMIC sectoriel couplé à une politique de redistribution, en direction des futurs employés, et financée par la suppression des aides aux entreprises et notamment aux plus grandes. Les entreprises n'auraient plus besoin des aides étant donné qu'elles pourraient embaucher au prix du marché et donc recruter davantage. Le nouveau salarié qui accepterait un emploi à faible rémunération, recevrait une allocation pour maintenir son niveau de vie. La problématique du coût du travail n'aurait plus lieu d'être.

 Les prélèvements obligatoires, une constante

Néanmoins, il resterait les prélèvements obligatoires qui regroupent les impôts, les taxes et les cotisations sociales. Ils constituent l'essentiel des rentrées fiscales des administrations publiques et représente 45% du PIB en 2012, après avoir progressé au rythme annuel moyen de 0,76% depuis 50 ans. Cette évolution est liée à plusieurs facteurs structurels et également conjoncturels depuis 2010. Ainsi, bien qu'il ne soit pas aisé de procéder à des comparaisons internationales, le poids de ces prélèvements reste le plus élevé des grands pays et le quatrième de l'Union Européenne. Son poids est d'autant plus grand que le taux de chômage est élevé puisque la charge fiscale repose le plus souvent sur les actifs.

 

Face au trilemme, la décision

L'Etat providence risque de devoir procéder à des choix difficiles. Le 'trilemme' pourrait s'imposer à lui peut être plus tôt que prévu au regard des difficultés à surmonter un chômage endémique. Autrement dit, pour réduire durablement le chômage dans un contexte de croissance faible, on peut s'interroger s'il ne faudrait pas choisir entre une monnaie forte, un salaire minimum élevé et un taux de prélèvements obligatoires élevé ?

La complication peut provenir du fait que la France est probablement le seul grand pays qui affiche les trois en même temps. Plus généralement pour les grandes nations, la monnaie est plutôt forte (quand elle n'est pas habilement manipulée par la banque centrale), et le SMIC est soit relativement faible (Etats-Unis, Grande Bretagne, Japon), soit pour l'instant inexistant (Allemagne, Pays Scandinaves, Suisse, Italie).

Plus particulièrement pour les pays scandinaves, ils ont une monnaie forte et des prélèvements obligatoires élevés comme en France, mais pas de salaire minimum. Pour les pays émergents, ils ont une monnaie plutôt faible, un salaire minimum faible ou inexistant, ainsi que des prélèvements obligatoire très faibles. Il semble que le choix le moins coûteux à effectuer soit de remplacer le SMIC national par un SMIC sectoriel afin d'accroitre le nombre d'actifs au bénéfice des comptes publics et cela sans avoir à augmenter les prélèvements obligatoires et encore moins à supprimer une monnaie forte qui protège le pouvoir d'achat par rapport au reste du monde.

 

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Commentaires
a écrit le 05/01/2014 à 14:58 :
suite à vos commentaires,la France n'est plus dans le coût.
la ligne des gouvernements successifs contribue à avoir un SMIC à l’échelle européenne.
nos élites piochent des taxes dans les pays européens sans modifier les lois qui sont en inéquations avec celles- ci .
le SMIC en France n'est pas soutenu par les politiques,ils préfèrent d'augmenter l’immigration qui a pour but de diminuer la masse salariale des entreprises par la sous-traitance.
nos communes en raffolent,un édifice construit à 1M€ actuellement devrais leurs coutés
1.3M€,c'est bien pour le contribuable.Sauf que les mal-façons qui sont faites par des entreprises employant cette main d’œuvre n'est pas mis à l'amende pour la mauvaise gestion de leur reliquat.On attent les prochaines élections pour remédier aux problèmes
,on refait des devis pour 1/2M€ pour palier aux mal façons qui ont été faite, il y a une paire d'année,du coup l’édifice construit qui devrait être sous garanti décennal,coute en réalités 1.7M€ et tous ça à la barbe du contribuable.
Réponse de le 06/01/2014 à 21:47 :
"ils préfèrent d'augmenter l’immigration qui a pour but de diminuer la masse salariale des entreprises par la sous-traitance."
=> non, pas vraiment, avec le smic, immigration ou pas, ils ont le meme salaire donc n'impacte pas le cout du travail. En revanche, la delocalisation ou soustraitance à l'etranger, est une alternative.
a écrit le 05/01/2014 à 10:48 :
Je li, je m'informe, ça m'amuse parce que j'ai l'impression que c'est déjà lus 10 fois, au minimum. La force de la coercition ou la coercition de la force! pas facile. Eh si c'était les deux ?
a écrit le 03/01/2014 à 19:37 :
Notre problème numéro 1 en France c'est le coût énorme de notre administration.
Pour faire des économies, il nous suffirait de supprimer le versement des salaires à vie des Présidents et des premiers Ministres ! En effet, pourquoi continuons-nous de payer 4 salaires de Présidents et plusieurs dizaines de salaires de premiers Ministres, alors qu'un seul de chaque catégorie travaille ? Un Ouvrier qui perd sont emploi ne reçoit pas son salaire à vie, alors pourquoi nos Présidents et premiers Ministres recevraient leurs salaires et autres avantages à vie ?
a écrit le 02/01/2014 à 10:34 :
En gros, on a la choix entre supprimer l'euro, le smic ou la sécu. Moi je propose de supprimer l'euro.
Réponse de le 02/01/2014 à 16:56 :
Dans les faits, on aura aucune de ces solutions comme d'habitude ... Il suffit d'écouter les vœux de Flamby de fin d'année.
L'euro, il a clairement dit "pas touche".
Le SMIC, comme c'est "de gauche", c'est politiquement impossible.
Toucher à la sécu et aux subsides étatiques c'est trop dangereux avec les élections.

Donc il va continuer à augmenter les impôts à petits coups de tous les côtés. la méthode va perdurer : de petites augmentations sur de petites quantité de personnes, chacun son tour pendant que les autres se moquent des koulaks du jour. La TVA va probablement encore augmenter aussi.

Comme il faudra bien "acheter" les électeurs avant 2017, ils prétendront que la croissance est revenue et supprimeront le CICE. Cela fera 20 milliards de politique clientélistes facile à trouver.
a écrit le 01/01/2014 à 16:05 :
Ces handicaps bien réels sont bien peu de choses face aux périls qui nous menacent en 2014 avec la crise politique issue des élections européennes après à la victoire prochaine des eurosceptiques, l'éclatement de l'Eurozone et les conséquences en cascade.
En 2013, on a vu certaines catégories manifester, en 2014, on en verra sans doute d'autres.
On verra sans doute un nouveau gouvernement et la fin des haricots pour tous.
a écrit le 31/12/2013 à 14:24 :
La question est de disjoindre le revenu du salaire. Qu'on le veuille ou non, dans l'avenir on vivra pour une forte part de redistribution car 30 à 40% du PIB sera produit sans main d'oeuvre. D'ailleurs on y est presque : aujourd'hui on donne 500 euros à chaque adulte (ceux qui n'en bénéficient pas font exception)...qu'il s'agisse du RSA, de l'ASS ou des emplois aidés...même la mère de famille qui ne travaille pas dans un ménage aisé de la tranche à 30% touche à peu près 500 euros de dégrèvement fiscal !
Alors soyons réaliste et introduisons résolument le revenu de base au lieu et place de tous ces bricolos...et baissons corrélativement le SMIC payé par l'entreprise à revenu global constant pour le salarié...Ca ne fait que 40% de CSG pour payer le tout : c'est en-dessous de la limite de Laffer. On peut aussi si on veut faire voter une échelle des salaires de 1 à 20 dans les entreprises, seule mesure de Mélenchon qui ne contredit pas l'économie de marché
a écrit le 31/12/2013 à 11:23 :
La vérité c'est qu'il est possible d'avoir un SMIC à 1500€. Le souci c'est que ça implique de baisser la rémunération des PDG, traders et autres parasites de la finance, de taxer les rentiers, de réduire le nombre de fonctionnaires inutiles, les privilèges des élus, de stopper l'immigration, de supprimer les places réservées aux copains et aux énarques etc... On se heurte alors à un lobby qui fera tout pour empêcher le changement.
Réponse de le 02/01/2014 à 11:00 :
l économie ce n est pas seulement les grands groupes bénéficiaires, c est aussi un grand nombre de petites structures ou tout le monde bosse dur avec un bilan tout juste à l équilibre et des rémunération allant de l employé au cadre moyen, patron compris , mettez le SMIC à 1500 et toutes ces entreprises seront encore plus en difficulté.
a écrit le 31/12/2013 à 10:44 :
Mr Aboura a malheureusement raison. Le lien entre SMIC et chômage est hélas avéré. J'ai vécu l'arrivée du SMIG (en remplacement du SMAG) dans le monde agricole en 1968 et été témoin de la vague de licenciement d'ouvriers agricoles dans la décennie qui a suivi et au début des années 80. La masse salariale n'étant pas facilement extensible en l'absence d'une croissance forte, ou dans des secteurs déprimés, l'augmentation des salaires fait mécaniquement diminuer le nombre de bénéficiaires. En ce sens, la montée du chômage a été et reste un choix politique délibéré, même s'il n'est jamais avoué, ni par la droite ni par la gauche.
A mon avis, il vaudrait mieux aider des travailleurs pauvres (qui participent à la création de richesse du pays) à l'aide de compléments de revenus que de laisser les mêmes personnes pourrir à Pôle Emploi et déprimer sans aucune activité.
a écrit le 31/12/2013 à 2:14 :
Ce cher monsieur devrait être payé au SMIC, il se rendrait compte qu'en effet, le salaire est très élevé. Le but de ces économistes de salon est il de fournir de la main d'oeuvre pas chère pour les multinationales ?
Réponse de le 02/01/2014 à 11:04 :
Personne ne dis qu'il est facile de vivre avec un SMIC. en revanche ce que ça coute à l employeur ce n est pas ce que l employé touche. il faut ajouter charges salariales, patronales , médecine du travail, les frais d établissement des fiches de paie et des contrats de travail, les assurances obligataires selon les branches, la taxe d apprentissage. tout ceci revenir a doubler à peu près le salaire net. le tout avec un droit du travail infiniment complexe, un maintien de salaire en cas de maladie et d'autres joyeuseté qui donne vraiment très très envie de créer de l emploi.
a écrit le 30/12/2013 à 23:47 :
Oui vous avez raison, et finallement les trois possibilités sont simples a comprendre. Ya plus qu'a faire un référendum et choisir les options. Comme pour le traité constitutionnel européen. Au moins on saura qui veut quoi.
Réponse de le 31/12/2013 à 3:39 :
On saura qui veut quoi et on s'en tamponnera comme pour le traité constitutionnel européen... , non, non faut trouver autre chose, cherchons encore on va bien trouver
Réponse de le 31/12/2013 à 16:59 :
la guillotine !
Réponse de le 01/01/2014 à 3:31 :
La guillotine c'est trop encombrant..., le manche de pioche, c'est beaucoup plus moderne et très efficace aussi.
a écrit le 30/12/2013 à 19:59 :
enfin si j'ai bien compris c'est supprimer le smig pour se rapprocher de l'allemagne
tout ça ça ferait exploser le nombre des personnes pauvres et dans ce cas il n'y a pas que les nombres qui vont exploser !
et c'est un gouv de gauche qui doit faire ça?? ça va etre dur françois ...
Réponse de le 02/01/2014 à 10:36 :
quel bel avenir !!! M.Sofiane Aboura va baisser son salaire d'économiste semeur de pauvreté
a écrit le 30/12/2013 à 15:28 :
Ils sont incroyables ces économistes néo-libéraux à la solde de Goldmann Sachs et cie, ils veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Heureusement l'UE va bientôt exploser.

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