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2014, l'année du "trilemme"?

Photo de Ivan Best

Sofiane Aboura

Publié le 30 décembre 2013 à 12:23 - Mis à jour le 30 décembre 2013 à 13:42

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Seul un pays cumule une monnaie forte, un salaire minimum élevé, et un taux de prélèvements obligatoires important: la France. Peut-on gérer ce "trilemme"? Par Sofiane Aboura, maître de conférences à l'université Paris Dauphine

Le faible taux d'inflation annuel en Zone Euro, annoncé en fin 2013, fait craindre une incertitude sur le rythme de la reprise économique. La croissance du PIB réel a d'ailleurs été quasi-nulle pour 2013, dans le meilleur des cas, tout comme en 2012 et cela, malgré les (ou à cause des) efforts consentis par les Etats pour consolider fiscalement (et simultanément) leurs comptes publics. La rigueur fiscale est synonyme  de prélèvements obligatoires en hausse sur les revenus des ménages.

Cette vision rigoriste est devenue 'l'étalon-or' des politiques économiques. A ces efforts, il faut ajouter des avancées réelles avec la mise en place de nombreux dispositifs de gestion de crises macro-financières. Trois exemples illustrent cette tendance. Le Mécanisme Européen de Stabilité vise à dissocier le risque souverain du risque bancaire, d'où l'utilité de la recapitalisation directe des banques. Le programme d'assouplissement quantitatif, OMT, dans lequel, la BCE s'engage ex-ante, pour la première fois, à acheter en quantité illimitée des obligations souveraines à l'instar de la Fed. Enfin, l'instauration progressive du Mécanisme de Surveillance Unique dans le cadre de l'Union bancaire sous l'autorité de la BCE renforcera l'intégration et la stabilité financière en Europe.

La BCE, nouveau fer de lance du fédéralisme européen

En somme, tout repose sur la BCE qui demeure la seule vraie institution fédérale européenne capable de soutenir l'édifice au travers de sa politique monétaire et prochainement, prudentielle. C'est à ce titre qu'elle a abaissé son principal taux d'intérêt directeur le 13 novembre 2013 à 0,25%. Un pareil niveau n'a jamais été atteint en Europe, laissant entrevoir toute la responsabilité que ressentent les banquiers centraux face à 17 États membres qui ne partagent pas la même orthodoxie financière.

L'ambition française, face à l'épreuve

La politique économique française n'échappe pas à ce tableau en demi-teinte, dont le coût final reste un taux de chômage figé à 11% et bien pire encore pour certaines catégories socioprofessionnelles. Pour parer à ces difficultés, les pouvoirs publics ont redoublé d'efforts pour aider les entreprises grâce à deux dispositifs majeurs. Tout d'abord, le 'Crédit Impôt pour la Compétitivité et Emploi', opérationnel en 2014, vise à réduire le coût du travail, en jouant sur les charges sociales. Ensuite, la Banque Publique d'Investissement (bpifrance), filiale de la Caisse des Dépôts regroupant OSEO, CDC Entreprises et le Fonds Stratégique d'Investissement, vise à pallier le manque de financements pour les entreprises innovantes ou de tailles intermédiaires. L'enjeu est de promouvoir l'investissement technologique et plus généralement l'investissement de long-terme comme outil essentiel pour renouer avec une croissance économique revigorée.

Mais ce contexte macro-financier fragile n'est pourtant pas partagé par d'autres pays comparables comme les Etats-Unis, le Japon, la Suisse, ou la plupart des pays scandinaves, sans compter les grands pays émergents. Tous sont caractérisés par une reprise de leur croissance économique, qui, sans être vigoureuse, rompt avec les tendances passées et par un taux de chômage parfois résiduel, sinon en baisse.

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L'euro, voué aux gémonies

Il apparaît de plus en plus dans l'opinion publique l'idée que l'euro est peut-être à l'origine de ces difficultés. Finalement, le débat politique s'est déplacé du clivage traditionnel gauche - droite vers un antagonisme entre défenseurs et pourfendeurs de la monnaie unique. Les défenseurs de l'Euro n'ont que peu d'arguments à opposer à ceux qui, toujours plus nombreux, critiquent une monnaie perçue comme surévaluée et donc à l'origine des déséquilibres macro-financiers. Ces opposants partent du postulat que les gouvernements sauraient parfaitement ajuster la valeur de leur propre monnaie à leur économie s'ils avaient retrouvé leur devise nationale.

Sans monnaie commune, la crise aurait été encore plus violente

Mais si l'on a donné l'indépendance aux banques centrales, c'est précisément parce que la monnaie a été souvent manipulée au prix d'une forte inflation. De plus, n'oublions pas que 60% du commerce extérieur se réalise à l'intérieur de la Zone Euro. Enfin, si tous les Etats dévaluent leur monnaie, cette guerre des changes réduira à néant le bénéfice de cette politique. Sans une monnaie forte et stable, la crise aurait été plus durement ressentie, non seulement, à cause des fonds spéculatifs qui auraient attaqué les devises isolées comme en 1992, mais également du fait du surenchérissement des importations.

Quant à la difficulté d'accroître les exportations, elle ne concerne que les industries qui ne sont pas innovantes et sujettes à la problématique du coût du travail.

Le SMIC national, une institution

Le SMIC national vise à imposer un salaire minimum aux entreprises pour les contraindre à subventionner les emplois les moins qualifiés et ainsi, réduire le taux de pauvreté. L'intention est donc louable puisque la France a un des taux de pauvreté de 14%, soit l'un des plus faibles dans le monde. Cependant, la problématique du coût du travail apparaît comme étant consubstantielle à l'existence d'un SMIC national.

En effet, les pouvoirs publics auraient distribué en 2013 environ 110 milliards d'euros d'aides aux entreprises (subventions, crédits d'impôts etc.) pour 'se faire pardonner' le coût du travail. Dans le même temps, ces dernières devraient payer la moitié en impôts sur les sociétés à l'État, soit environ 54 milliards d'euros. Ainsi, le SMIC national est coûteux non seulement du fait de son poids budgétaire, mais aussi en raison du manque à gagner fiscal lié au fort taux de chômage qui lui est associé, particulièrement en période de faible croissance.

L'alternative au SMIC national serait d'instaurer un SMIC sectoriel couplé à une politique de redistribution, en direction des futurs employés, et financée par la suppression des aides aux entreprises et notamment aux plus grandes. Les entreprises n'auraient plus besoin des aides étant donné qu'elles pourraient embaucher au prix du marché et donc recruter davantage. Le nouveau salarié qui accepterait un emploi à faible rémunération, recevrait une allocation pour maintenir son niveau de vie. La problématique du coût du travail n'aurait plus lieu d'être.

Les prélèvements obligatoires, une constante

Néanmoins, il resterait les prélèvements obligatoires qui regroupent les impôts, les taxes et les cotisations sociales. Ils constituent l'essentiel des rentrées fiscales des administrations publiques et représente 45% du PIB en 2012, après avoir progressé au rythme annuel moyen de 0,76% depuis 50 ans. Cette évolution est liée à plusieurs facteurs structurels et également conjoncturels depuis 2010. Ainsi, bien qu'il ne soit pas aisé de procéder à des comparaisons internationales, le poids de ces prélèvements reste le plus élevé des grands pays et le quatrième de l'Union Européenne. Son poids est d'autant plus grand que le taux de chômage est élevé puisque la charge fiscale repose le plus souvent sur les actifs.

Face au trilemme, la décision

L'Etat providence risque de devoir procéder à des choix difficiles. Le 'trilemme' pourrait s'imposer à lui peut être plus tôt que prévu au regard des difficultés à surmonter un chômage endémique. Autrement dit, pour réduire durablement le chômage dans un contexte de croissance faible, on peut s'interroger s'il ne faudrait pas choisir entre une monnaie forte, un salaire minimum élevé et un taux de prélèvements obligatoires élevé ?

La complication peut provenir du fait que la France est probablement le seul grand pays qui affiche les trois en même temps. Plus généralement pour les grandes nations, la monnaie est plutôt forte (quand elle n'est pas habilement manipulée par la banque centrale), et le SMIC est soit relativement faible (Etats-Unis, Grande Bretagne, Japon), soit pour l'instant inexistant (Allemagne, Pays Scandinaves, Suisse, Italie).

Plus particulièrement pour les pays scandinaves, ils ont une monnaie forte et des prélèvements obligatoires élevés comme en France, mais pas de salaire minimum. Pour les pays émergents, ils ont une monnaie plutôt faible, un salaire minimum faible ou inexistant, ainsi que des prélèvements obligatoire très faibles. Il semble que le choix le moins coûteux à effectuer soit de remplacer le SMIC national par un SMIC sectoriel afin d'accroitre le nombre d'actifs au bénéfice des comptes publics et cela sans avoir à augmenter les prélèvements obligatoires et encore moins à supprimer une monnaie forte qui protège le pouvoir d'achat par rapport au reste du monde.

Sofiane Aboura

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