Les TPE, oubliées par tous les gouvernements.

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(Crédits : Reuters)
Les TPE ont été largement oubliées, et ce par tous les gouvernements. La mission lancée récemment par Pierre Moscovici va-t-elle changer la donne? Par Bernard Cohen-Hadad, président du think tank Etienne Marcel, président de la commission financement de la CGPME

Après cinq années de crise financière et tant de promesses non tenues une partie des petits entrepreneurs, commerçants et artisans, sont descendus dans la rue. Mais pour l'immense majorité d'entre eux, ils n'ont pas le temps de s'arrêter pour manifester. Les TPE ont de moins en moins de moyens d'existence et n'ont jamais rien attendu de l'Etat, sauf la liberté d'entreprendre. Ils sont aujourd'hui le retour populaire d'une société qui les toise, d'un discours politique qui ne leur parle plus et d'une action publique qui les compresse.

Des revenus en baisse de 20%

Sur les 12 derniers mois, leurs revenus annuels ont baissé de 20%. Les dirigeants de TPE sont dans l'incompréhension d'un gouvernement qui s'adresse au monde du travail ou affiche une complicité d'écoles avec certains grands dirigeants. C'est pourquoi le désamour n'a jamais été aussi fort. La réalité est là. Et pourtant, les TPE existent. Elles ne sont pas après la virgule dans notre économie. Elles représentent plus de 2,3 millions d'entreprises et emploient près de 6 millions de salariés (1) dans les domaines des services, du commerce ou de la petite industrie. C'est ce socle entrepreneurial qui fait vivre notre pays.

Les TPE ont amorti la crise, mais n'en peuvent plus

Ces « sans grades » de petits acteurs économiques ne sont pas des entreprises comme les autres. Et cette particularité ne doit pas être une discrimination permanente ! Nos élites s'intéressent peu aux TPE (ce n'est pas leur parcours) et l'on manque cruellement d'outils statistiques. Seuls les élus de terrain savent le rôle qu'elles jouent dans la cité. Leurs engagements financiers, leur approche du dialogue social est patrimoniale et toute leur activité est ancrée en France dans nos régions. Elle balance entre une forte dose d'adaptabilité, de prise de risques calculés et de limitation des coûts pour dégager de la rentabilité. Les TPE, en puisant en elles même, ont amorti la crise mais n'en peuvent plus.

Ces hommes et ces femmes du coin de la rue, et pour lesquels leur métier est d'abord un chemin de vie, sont inquiets pour notre pays et pour leur activité. Ils redoutent la politique du chien crevé au fil de l'eau dont ils sont les victimes. Il suffit d'aller à leur rencontre pour voir qu'ils sont touchés par la multiplication des contraintes réglementaires, la hausse des coûts et l'augmentation des prix fournisseurs, la baisse du chiffre d'affaires et l'accès aux crédits de trésorerie.

Un accès au crédit de trésorerie de plus en plus limité

Ils n'ont plus d'argent et pas d'espoirs. Malgré le discours des Etats-Majors des banques, dans les agences, l'accès au crédit de trésorerie est de plus en plus limité. Beaucoup de « conseillers clientèles » manquent d'égard envers ces petits patrons. La pression financière et morale, de plus en plus forte, qu'exercent certains réseaux sur les commerçants n'est pas acceptable. Le refus de crédit de moins de 3.000 €, la suppression des autorisations de découvert ne touchent plus seulement l'activité professionnelle.

Ils concernent aussi la vie privée faute de « mouvement sur le compte » et de rentrée régulière d'argent. Et 90 % des TPE ou des artisans n'ont qu'une seule banque. Une voie sans d'autre issue que de puiser dans l'épargne quand il y en a… Sait-on que près de 25% des petits entrepreneurs s'autofinancent et réinjectent régulièrement des fonds dans leurs entreprises. Beaucoup comptent sur le crédit interentreprises qui est devenu « la » roue de secours.

Des choix de politique fiscale clairs

La fiscalité est en première ligne. Elle restait un tabou par peur du retour de bâton. Ce n'est plus le cas, beaucoup ont déjà tout perdu. Car le risque, le poids des contrôles et les contraintes fiscales nationales et locales qui touchent les TPE sont surdimensionnés par rapport à la nature de ces activités. A la hauteur du nombre d'heures que passent les commerçants dans leurs « boutiques » cette fiscalité injuste est un nouvel esclavage qui pèse sur l'activité et les familles. Elle favorise l'autocensure, bride l'investissement et freine le développement. Il faut donc sortir de ce débat de techniciens pour revenir à des choix politiques clairs et garantir la stabilité dans la durée des mesures à incidences fiscales.

Valoriser le CDD

Choisir dans la multitude de taxes celles qui ne freinent pas l'investissement, la transmission des savoirs faire ou encouragent l'affectation durable dans l'activité professionnelle. Adapter nos textes à ces nouveaux enjeux est une priorité. Et évitons, à défaut d'arguments ou de volonté politique, de jeter l'anathème sur ceux qui veulent débattre, et non en découdre, dans le cadre républicain.

Enfin le coût et la durée du travail sont totalement inadaptés au fonctionnement des TPE face à la concurrence. On parle d'embouche, mais il faut limiter les coûts des licenciements qui mettent en péril l'avenir de l'entreprise et valoriser le CDD pour encourager durablement l'emploi. L'Europe n'est pas notre mauvais génie.

Selon la Commission Européenne, les TPE-PME ont assuré 85% des créations nettes d'emplois dans l'Union de 2002 à 2010. Et pour l'immense majorité des TPE françaises le maintien de l'emploi, compte-tenu de la baisse d'activité, a entrainé une baisse de rentabilité. Pourtant les TPE jouent le jeu. Combien délocalisent leur main d'œuvre ? Aucune.

Construire ensemble

On le voit bien, cet hiver, la multiplication des difficultés quotidiennes vécues par les TPE et la montée des exaspérations locales ne sont pas des poussées de chaleurs. Elles sont un sursaut face à des injustices. Et l'immobilisme ne fait qu'accroître la fracture. Il est donc devenu indispensable de parler d'une seule voix, de multiplier les occasions de dialogue entre l'État, les élus, l'administration et les organisations représentatives des TPE pour construire ensemble. Sur le terrain, les TPE attendent cette reconnaissance.

Pierre Moscovici vient de lancer une mission de réflexion sur les TPE. Il était temps, encore faut-il traiter toutes les problématiques TPE et accepter d'en débattre librement. Ces petites entreprises espèrent, pour reprendre la belle formule de Bernard de Clairvaux, « que ceci soit la fin du livre et non pas la fin de la recherche ».

 

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Commentaires
a écrit le 21/05/2014 à 21:41 :
Bravo pour votre article rare et unique. C'est exactement cela.
Il est grand temps que les TPE se structurent et s'associent pour combattre les nombreuses injustices et acharnements à leurs égards.
a écrit le 22/01/2014 à 11:05 :
Moi ça fait vingt ans que ça dure. Nos TPE sont des viviers de forces LIBRES, de créativité et les laboratoires des idées et projets qui feront les PME et les groupes de demain. J'en suis persuadé, au fond de mon petit bureau!.. Ma principale motivation est ma liberté. Mais il est vrai que je m'affole, souvent, le soir en faisant les comptes... En période de crise, toute TPE signifie au moins un chomeur en moins. En période de crise, facilitons la création d'entreprises avec un système de charges progressif! Mieux vaut un travailleur qui ne cotise pas en totalité à la Sécu qu'un chomeur qui n'y cotise pas et qu'on indemnise! Libérons les énergies! Ceux qui vivotteront... vivotteront dans la liberté. Ceux qui réussiront paieront des impots et des charges (Il y a toujours trop d'impot et de charges, mais l'impot et les charges sont la clé de notre fonctionnement collectif, ne l'oublions pas!). Ceux qui échoueront auront vécu une expérience enrichissante.
a écrit le 10/01/2014 à 8:58 :
Bravo !!! ....
a écrit le 09/01/2014 à 12:28 :
Bravo pour cet article. Le sujet est peu vendeur et ne suscite que peu d'intérêt autres que celui des dirigeants de TPE comme nous. Cela fait du bien de se sentir compris...enfin
a écrit le 09/01/2014 à 10:16 :
Un article qui a le mérite d'exposer clairement un certain nombre de points, même s'il en reste bien d'autres à traiter. Dirigeant d'une "grosse" TPE créée début 2008, prestataire pour de grands groupes, je vis un enfer depuis presque 5 ans. J'ai intégralement maintenu l'effectif, nous faisons un peu plus de 15% de croissance par an, et je ne me paye plus (du tout !) depuis un peu plus de deux ans. Augmentations de charges, alourdissements administratifs, et puis retards de paiements monstrueux puisque la plupart des gros clients imposent des pénalités de retard limitées à 3 fois le taux d'intérêt légal (soit 0.12% annuel en 2013).
Récemment, j'ai proposé à mon assistant de prendre la direction de cette entreprise qui, sur le papier, reste en bonne santé, pour pouvoir me consacrer à plein temps aux actions commerciales. Je me suis fait envoyé bouler proprement. Pour lui, il n'y a pas de situation personnelle pire que celle de dirigeant de TPE.
a écrit le 09/01/2014 à 7:31 :
eh oui c est comme ca et ca changera pas avec ce gouvernement comme Sarkozy avant et chirac il faudra une révolution avec des taux d OAT a 6 % pour que ca change . encore quelques années ???
a écrit le 08/01/2014 à 19:09 :
Très bel article et très vrai !
a écrit le 08/01/2014 à 18:08 :
Bonjour à tous.
La baisse de 20% des revenus sous de multiples prétextes illustre toute à fait la situation dans laquelle nous nous retrouvons, comme moi, ceux qui sont soumis au régime du RSI des commerçants.
Les justifications sont minces et l'effort n'est pas partagé par les autres catégories socio professionnelles.
Nos énarques ont du oublier quelques paramètres dans leurs équations.
Je ne pense pas que l'un d'entre eux daignera jeter un regard à nos considérations.
a écrit le 08/01/2014 à 18:01 :
IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE !!! on peut pas continuer à se faire avoir comme ça ...
a écrit le 08/01/2014 à 17:56 :
Merci pour cet article qui résume bien la situation catastrophique dans l'aquelle nous sommes nous les petits qui sommes Rackétés par le gouvernement dans toute l'impunité , vaut mieux etre chomeur en france car si tu veus travailler c'est pas possible dans ce systeme là ... trop d'injustice
a écrit le 08/01/2014 à 14:17 :
1000 mercis.
ça fait du bien de voir la réalité exposée au grand jour !
a écrit le 08/01/2014 à 13:01 :
Article très clair et complet.
Maintenant, la seule façon de réagir et de se faire enfin écouter, est de faire la grève des impôts.Si 10 TPE seulement le font, elles auront tous les ennuis.
Si 1000 TPE le font, alors on les écoutera.
Je suis prêt à le faire.
a écrit le 08/01/2014 à 13:00 :
Article très clair et complet.
Maintenant, la seule façon de réagir et de se faire enfin écouter, est de faire la grève des impôts.Si 10 TPE seulement le font, elles auront tous les ennuis.
Si 1000 TPE le font, alors on les écoutera.
Je suis prêt à le faire.
a écrit le 08/01/2014 à 11:46 :
je suis gerant de TPE depuis 10 ans. Cet article resume bien la situation, sans exagération et sans oubli d'arguments essentiels. bravo pour l'auteur. Les artisan sont particulièrement conscient que les enjeux de leur réussite par leur travail seront conditionné par la situation gnérale : celle des véritables moteurs économique : les plus grandes entreprises, les salariés, la (bonne et juste) dépense publique aussi ( dont surtout l'investissement publique), l'EXPORTATION et la production nationale. De fait artisans et commerçants ne peuvent qu'être sensible à l'activité général du territoire national, ce qui rend capitale la reprise de pouvoir par l'etat français de son destin et en premier de sa monnaie. Un seul chemin légal pour celà : actionner l'Article 50 du TUE ( traité de Lisbonne) pour que la France sorte de l'UE et donc de la Zone Euro. Légalement, l'un ne peut aller sans l'autre et dans cet ordre. Nous ne perdrons rien des autres accords internationaux que nous entretenons avec les pays d'Europe ou hors d'Europe ( plusieurs centaines avec les principaux pays) et nous développerons d'autant mieux toutes sortes d'autres accord s avec toutes sortes de pays partageant des intérêts avec la France ainsi redevenue libre de son destin.
a écrit le 08/01/2014 à 10:13 :
Créateur en 2007 d'une TPE, j'ai fais parti des singlons (appelation émanant du rsi qui désigne les dossiers mis de coté pendant la fusion administrative de leur service et de l'URSAAF), malgré mes courriers au sujet du non appel à cotisation, ils ont attendus 2012 pour me faire parvenir un rappel de cotisation, qui correspondait à 120% de ma rémunération depuis la création de ma société.....
Le coup de grace, aprés les agences de notations qui conseillent aux fournisseurs de couper les crédits malgré des bilans positifs, les banques qui ne suivent pas, le RSI, je l'attends celui qui viendra me dire qu'on aide l'entreprenneur en France.
Redevenu salarié dans une TPE, je compatis tout les jours avec mon patron, et franchement pour rien au monde je recommencerais, 6 ans de ma vie à bosser comme un dingue, à claquer toutes mes économies, et au final, un crédit pour rembourser le rsi et 6 ans de cotisation pour ma retraite envolé....Bref, il est temps qu'un gouvernement trouve des solutions, la colère gronde....
a écrit le 08/01/2014 à 9:54 :
Avec la Gauche pas de Jaloux : toutes les entreprises ont été oubliées !
L'état va seul nous sauver en France ....
a écrit le 08/01/2014 à 9:31 :
Le RSI est effectivement un ramassis de baltringues, mais je confirme que les URSAFF et la CIPAV (enfin, toutes les caisses de retraites (11 !!!!!) pour les professions libérales) sont aussi autant de charlots, de parasites et de nuisibles. Que des personnes "employées" à saper les indépendants !
a écrit le 08/01/2014 à 8:47 :
Le gouvernement a augmenté les charges sur les TPE, par exemple, les auto-entrepreneurs ont eu droit à une augmentation de 17 % en 2013. Le résultat est que les tpe tombent comme les mouches. La plupart ont des charges équivalentes au chiffre d'affaires. Ici, en Bretagne, la nouvelle tendance est de tout arrêter et de monter les dossiers CAF, RSA et de travailler au black ou au gris. Aujourd'hui, on gagne bien mieux sa vie dans l'assistanat professionnel qu'en travaillant dur. C'est injuste. Le socialisme est un système pervers.
a écrit le 07/01/2014 à 23:11 :
Moi même propriétaire d'une TPE je peux vous dire que le plus gros problème des TPE en France s'épelle RSI. Les PME ou grosses entreprises ne toléreraient jamais de l'URSAFF les abus que le RSI fait subir à ses administrés. Les employés fautifs se feraient remonter les bretelles vite fait. Je perds un temps fou à les forcer à corriger leurs erreurs (le plus souvent volontaires) en passant des matinées entières au TASS.
La dernière réponse du juge quand j'ai demandé que des sanctions soient prises contre le directeur de l'antenne locale du RSI... Désolé Monsieur je n'ai pas ce pouvoir.

Et fort de leur impunité, ils continuent!!!
Réponse de le 08/01/2014 à 0:12 :
1000 bravo ! C est tout a fait ca !
D ailleur il y a un dicton qui dit : " le plus dur dans le métier d artisan (commercant) c est le RSI !
Ils sont a part du gouvernement et presque intouchable sauf si on se rassemble ... mais comme on bosse tout le temps on peux pas se rassembler ca les arranges .
a écrit le 07/01/2014 à 18:08 :
Ils ne sont pas oublier ; ils ont lier leur sort à celui du Medef .
Réponse de le 08/01/2014 à 6:33 :
Simple RSI est illégal car monopolistique, arrêtez de le payer
Réponse de le 09/01/2014 à 23:14 :
On est obligé de payer et fermer sa gue....... on ne peu même pas manifester.

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