Budget de Paris : la cote d'alerte

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La situation financière de la ville de Paris est inquiétante. Les évolutions à venir vont l'aggraver. Le programme d'Anne Hidalgo conduirait droit au surendettement. Par Stéphane Cossé ex «senior economist» au FMI, maître de conférences à Sciences-Po

Les programmes budgétaires des deux principales candidates à la mairie de Paris sont-ils financièrement soutenables ? Pour répondre à cette question, il faut partir du constat suivant : au cours des deux mandatures de Bertrand Delanoë, les impôts locaux (auxquels il faut ajouter les dotations de l'Etat) ont été suffisants pour financer les dépenses courantes (c'est d'ailleurs une obligation légale) mais le solde net dégagé après paiement de ces dépenses a été lui structurellement insuffisant pour financer toutes les dépenses d'investissement. Ainsi a été généré à Paris chaque année un besoin de financement d'environ 400 millions d'euros en moyenne (budget ville et département). Pour financer ce besoin, la ville n'a pas eu d'autres choix que de s'endetter : la dette de Paris a par conséquent triplé entre 2001 et 2012.

Une ville peu endettée?

Pas grave, explique la majorité municipale sortante, Paris est à ce stade une ville peu endettée par rapport à d'autres villes françaises. Pourtant, vouloir prolonger une telle situation serait bel et bien insoutenable. Paris va vivre inéluctablement au-dessus de ses moyens et ne pourra bientôt plus se le permettre.

C'est dans ce cadre que les programmes méritent un examen attentif. La candidate socialiste présente pour sa part un programme simple et, en apparence, rassurant : pour assurer les équilibres, il faut stabiliser les impôts et les dépenses au niveau où ils se situent. Un simple calcul suscite toutefois une interprétation plus prudente. En 2012, le solde des recettes (impôts et dotations de l'Etat) après paiement des seules dépenses courantes a été de 757 millions d'euros. Cette somme a été donc allouée au financement des investissements. A niveau de recettes et de dépenses stabilisées sur 6 ans, comme s'y engage Anne Hidalgo, cela représente un solde cumulé d'environ 4,5 milliards.

Un doublement de la dette en six ans

Or, la candidate socialiste a indiqué qu'elle investirait en supplément 8,5 milliards au cours de la mandature. Il manque donc 4 milliards, qu'il faudra emprunter. Le niveau de la dette de Paris étant fin 2013 de 3,6 milliards, la dette de la ville pourrait, toutes choses égales par ailleurs, doubler.

A titre de comparaison, si la dette de Paris dépasse les 6 milliards d'euros au cours de la prochaine mandature, cela représentera plus de 3 000 euros (ville/département) par Parisien, contre environ 1 500 euros actuellement. Ce niveau sera d'ores et déjà supérieur à toutes les grandes villes françaises, à l'exception de Marseille (3 500 euros/habitant). Paris devancera Lille (2 950 euros), Lyon (2 100 euros) ou Bordeaux (1 750 euros).

NKM veut baisser les dépenses courantes

Nathalie Kosciusko-Morizet fait pour sa part de la baisse des dépenses courantes une priorité pour consolider les comptes, en les réduisant d'un milliard sur la mandature à venir, tout en maintenant l'investissement. Il restera toutefois à prendre en compte trois facteurs aggravants pour les équilibres financiers de la ville. D'une part, les remboursements d'emprunt et les intérêts sur la dette vont progressivement peser sur le besoin de financement (+43% entre 2001 et 2012).

Le Grand Paris: moins de ressources, plus d'impôts

D'autre part, la constitution de la Métropole du Grand Paris pourrait engendrer, du côté des dépenses, une perte annuelle nette de ressources considérable pour Paris, alors que, du côté recettes, les impôts sur les entreprises et les Parisiens (via la taxe d'habitation) au titre de la Métropole devraient augmenter fortement. Enfin, il faut escompter une baisse des dotations de l'Etat dans les années à venir pour réduire les dépenses publiques et tenir les engagements européens de la France en matière de déficit.

Les agences de notation optimistes

Face à ces paramètres, les agences de notation ont toujours considéré que l'assiette fiscale à Paris est telle qu'il suffit d'augmenter les taux d'imposition pour corriger cela. Mais avec le ras-le-bol fiscal que nous connaissons, une telle option n'est plus concevable, ce qui fragilise d'ailleurs significativement la notation clémente de la ville de Paris par ces agences. Notons en outre que certains candidats, comme Christian Saint-Etienne ou Charles Beigbeder, ont proposé eux une baisse de 10% de la taxe d'habitation, voire de la taxe foncière, pour compenser les surcoûts immobiliers à Paris (mesure financée par des économies de dépenses supplémentaires).

Tirer la sonnette d'alarme

Il est grand temps de tirer la sonnette d'alarme : la ville de Paris s'est mise dans une situation de besoin de financement structurel élevé. Les candidats doivent s'engager dans des programmes courageux et ambitieux de maîtrise des finances publiques. A défaut, Paris pourrait devenir à la fin de la prochaine mandature l'une des villes les plus endettées de France. 

Stéphane Cossé est ancien « senior economist » au FMI et maître de conférences à Sciences-Po

 

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Commentaires
a écrit le 14/02/2014 à 18:42 :
La côte d'Alerte , c'est pas un titre de film de guerre , ça ?
La cote maudite ...La cote 115 ? La côte des Braves ...peut-être...?
a écrit le 13/02/2014 à 16:53 :
C'est bien la preuve que le grand Paris est une grosse idiotie.
On pouvait bien créer plus de lignes ferrées
de transport en commun sans faire de grand Paris.
a écrit le 13/02/2014 à 14:20 :
Stéphane Cosse, UDI fait campagne pour être la liste NKM dans le 15e, il faut le préciser.
Réponse de le 13/02/2014 à 15:23 :
le factuel reste toujours de rigueur en ce qui concerne les chiffres!
a écrit le 13/02/2014 à 9:52 :
Un peu d'honnêteté intellectuelle consisterait à mentionner que le signataire de cette tribune est, par ailleurs, Vice-Président de l'UDI Paris, engagé auprès de l'UMP et de NKM dans la campagne électorale pour les prochaines municipales !!!
a écrit le 12/02/2014 à 20:39 :
paris sera toujours un grand casino dans lequel se jaugent tous les candidats ! qui aura la plus grosse ... promesse ( en dépenses ! ) mince ce sont des femmes cette fois !
a écrit le 12/02/2014 à 9:29 :
On aurait pu s'attendre a ce que les femmes en politiques fassent preuve d'une sagesse dont les hommes de cette "profession" sont dépourvus depuis fort longtemps. Le constat est qu'il n'en est rien, et que les femmes en question calquent leurs méthodes sur les pires des travers de leurs pairs masculins. Pitoyable filière que celle des politiciens...
a écrit le 12/02/2014 à 9:22 :
La hausse d'impôts est inéluctable partout en France, que ce soit la gauche ou la droite qui gagne. Pendant l'élection les candidats promettent tous de ne pas augmenter les taxes, puis ils font flamber les impôts les 3 premières années et après plus rien histoire que les citoyens oublient... Et ça marche diablement bien! Les Français ont une mémoire de poissons rouges et nos élus l'ont bien compris.

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