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De l'eau potable pour tous, à travers le monde

Photo de Ivan Best

Mahmoud Mohieldin, Banque mondiale

Publié le 13 février 2014 à 16:53 - Mis à jour le 14 février 2014 à 06:46

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Un milliard de personnes dans le monde ne disposent pas d'eau potable. Il existe pourtant des solutions pour s'attaquer de front à ce problème. Par Mahmoud Mohieldin, envoyé spécial du président de la Banque mondiale pour les objectifs du millénaire en faveur du développement

Des centaines de millions de personnes, parmi les plus démunies au monde, sont confrontées à de graves problèmes liés à l'eau - de la pénurie au manque d'accès en passant par les conflits sur l'approvisionnement - qui ont des implications sérieuses pour la sécurité, le développement économique et la durabilité environnementale. Au moment où les décideurs mondiaux sont en train de préparer un programme de développement destiné à succéder aux Objectifs du Millénaire pour le développement(OMD), qui arrivent à échéance en 2015, se préoccuper de la situation relative aux ressources en eau doit être une priorité.

Un milliard de personnes sans eau potable

Considérons les chiffres : près d'un milliard d'individus dans le monde n'ont pas accès à l'eau potable, et 2,5 milliards ne disposent pas d'installations sanitaires adéquates. Le prix à payer est effarant : des milliers d'enfants meurent chaque jour et le manque à gagner est estimé à 260 milliards de dollars  - plus du double de toute l'aide étrangère officielle.

Pour aggraver la situation, le changement climatique rendra les sources d'approvisionnement moins sûres, avec des cycles plus fréquents et plus intenses d'inondations et de sécheresse, imposant un coût humain et économique élevé et freinant le développement des pays pauvres. Et l'augmentation de la population mondiale - qui doit atteindre 9,5 milliards d'individus à l'horizon 2050 - exercera des pressions accrues sur les ressources en eau.

Il est urgent d'agir

Une action urgente doit être entreprise pour s'assurer que le plus grand nombre ait accès à une eau et à des installations sanitaires sûres, à un coût abordable. Il est en premier lieu nécessaire d'améliorer grandement les services liés à l'eau - notamment l'approvisionnement et l'assainissement de l'eau, l'irrigation et l'écoulement, l'énergie et les infrastructures environnementales - de façon à améliorer les résultats sanitaires et permettre à plus de personnes d'échapper à la pauvreté.

Les gouvernements doivent être les principaux garants d'une gestion prudente et d'une utilisation durable des maigres ressources en eau. La production d'énergie et d'aliments gourmands en eau - entre autres - dépend d'un approvisionnement continu.  De façon à établir des objectifs clairs de gestion de l'insuffisance hydrique, il est nécessaire d'établir des données fiables et mises à jour sur les variations de la quantité et de la qualité de l'eau, liées au changement climatique et à la dégradation de l'environnement, et sur les modes de consommation en eau des foyers, des paysans et des entreprises.

Utiliser les technologies récentes

Relever ces défis concernant les ressources en eau implique de redoubler d'efforts dans quatre domaines. Pour commencer, les technologies nouvelles et émergentes peuvent être utilisées pour trouver des solutions plus rentables, à une échelle adaptée. Il existe aujourd'hui plus d'appareils mobiles connectés à l'internet que d'être humains, créant un réseau gigantesque qui permet de trouver des solutions basées sur la technologie mobile.

Les autorités pourraient par exemple utiliser les applications mobiles pour noter et répondre aux plaintes des citoyens concernant l'approvisionnement en eau et les services d'assainissement, améliorant ainsi la transparence et la responsabilisation. Au Liberia, des agents en motos chargés de collecter des données ont utilisés des téléphones portables pour cartographier 10.000 points d'eau jusqu'alors inconnus - une initiative qui a servi de base pour le tout premier plan d'investissement du pays, lancé l'an dernier dans ce secteur.

Envisager des partenariats avec le secteur privé

Ensuite, pour pouvoir étendre les services aux pauvres sans grever davantage des finances publiques déjà sous pression, les décideurs politiques doivent envisager des nouveaux partenariats novateurs avec les acteurs du secteur privé. Il faut bien sûr s'assurer de l'existence d'une réglementation adaptée pour protéger les consommateurs, ainsi que de structures de gouvernance solides pour que les services puissent rentrer dans leurs frais (ce qui permet de garantir la qualité des services et qu'ils seront fournis de manière régulière à long terme). Le Kenya a, par exemple, dans le souci d'attirer des investisseurs privés, fourni des cotes de crédit non officielles de 43 services publics.

Une demande immense inexploitée 

Fournir des services en eau abordables aux tranches de populations pauvres et mal desservies des pays en développement présente une occasion considérable d'investissement pour les acteurs du secteur privé, en raison d'une énorme demande inexploitée. Au Bangladesh,  en Indonésie, au Pérou et en Tanzanie, le marché des services d'assainissement sur place est estimé à 2,6 milliards de dollars.

Un leadership nécessaire au niveau national

En fait, les installations sanitaires sont le troisième point auquel il faut consacrer plus d'attention. Une vaste proportion de la population mondiale ne dispose pas d'installations adéquates pour l'évacuation des déchets humains. Des programmes locaux ayant pour objectif de modifier le comportement des collectivités pourraient contribuer à une amélioration de l'environnement et de la santé.

Comme le démontrent les OMD, les objectifs de développement nécessitent un cadre solide de mise en œuvre, avec un financement suffisant et des données fiables, de façon à pouvoir développer rapidement les projets tout en garantissant la responsabilisation et la durabilité. A ce niveau, le leadership politique au niveau national est indispensable.

 Lutter contre le changement climatique

Enfin, les décideurs politiques doivent comprendre qu'il sera impossible de relever le défi posé par l'approvisionnement en eau sans s'attaquer au changement climatique. Il faut pour se faire un effort concerté pour tirer part des occasions de mettre en place une croissance durable, y compris en s'assurant d'investissements appropriés.

Il y a bien sûr beaucoup à faire en sus du secteur de l'eau et de l'assainissement. Dans les domaines de l'agriculture, de l'énergie, de la sylviculture et de la planification municipale, des décisions sont prises quotidiennement sans tenir compte de leurs répercussions sur l'approvisionnement et la durabilité des ressources hydriques - une conjoncture plus compliquée encore lorsque les ressources en eau sont situées de part et d'autre des frontières nationales.

Une nécessaire approche coopérative

Dans ce contexte, des approches plus coopératives et intégrées sont nécessaires pour améliorer la gestion de l'eau. Mais les négociations en vue d'accords de coopération se heurtent à plusieurs questions perçues comme des risques, notamment dans les domaines de la responsabilité, de la souveraineté, de l'équité et de la stabilité.  Les dirigeants politiques peuvent atténuer ces risques potentiels en créant les institutions, les compétences et le savoir qui permettent aux foyers, aux paysans et aux entreprises de mieux gérer les ressources en eau.

Il n'existe pas de modèle unique de coopération internationale, mais chaque pays peut apprendre des expériences d'autres pays, et utiliser des stratégies qui ont fait leur preuve ailleurs pour conclure des accords entre des parties ayant des intérêts divergents. Ces stratégies doivent également être ouvertes aux innovations relatives aux garanties et instruments financiers, et doivent être perçues comme légitimes par les parties concernées, en particulier par les jeunes qui hériteront des accords conclus aujourd'hui.

Une gestion efficace de l'eau et des services d'assainissement a la capacité de transformer une économie - et les vies des plus pauvres. Il n'y a pas de temps - ou d'eau - à perdre.

 

Traduit de l'anglais par Julia Gallin

Mahmoud Mohieldin est l'envoyé spécial du président de la Banque mondiale.

© Project Syndicate 1995-2014

Mahmoud Mohieldin, Banque mondiale

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