Les conséquences de la transition énergétique en Allemagne

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Sylvain Fontan, économiste, créateur du site www.leconomiste.eu
Sylvain Fontan, économiste, créateur du site www.leconomiste.eu (Crédits : Reuters)
La sortie du nucléaire Outre-Rhin aura des conséquences économiques plus lourdes encore qu'imaginé. Par Sylvain Fontan, économiste

Un des effets collatéraux de l'accident nucléaire de Fukushima au Japon en 2011, est le changement de l'approche énergétique de l'Allemagne. En effet, ce pays a engagé un processus de transition énergétique qui prévoit notamment l'abandon de l'énergie nucléaire d'ici 2022. Une des conséquences de ce processus de transition est le passage d'une production électrique basée sur les énergies fossiles, vers une production basée sur les énergies renouvelables. Si la population adhère pour le moment à cette politique, la hausse prévisible des prix de l'énergie et les coûts engendrés pourraient faire évoluer la situation car les ménages et les entreprises subiront cette hausse des coûts. De nombreuses contraintes et difficultés vont nécessairement émerger.

 

Mix énergétique Allemagne

Une situation particulière, des objectifs ambitieux et des interrogations pratiques

L'Allemagne est le pays le plus densément peuplé d'Europe et le pays dans lequel l'industrie occupe la part la plus importante dans l'économie nationale. Le mix-énergétique allemand, autrement dit la répartition des différentes sources d'énergies primaires consommées, est très largement dominé par les énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), fortement émettrice de gaz à effet de serre (GES). Un des résultats de ce mix-énergétique est qu'en moyenne, un allemand émet 9 tonnes de dioxyde de carbone (CO²) par an, contre 5,8 tonnes pour un français. L'énergie nucléaire est la deuxième source d'énergie du pays avec 23% de la consommation, le reste correspondant essentiellement aux énergies renouvelables (EnR) (voir graphique ci-dessus).

60% d'énergies renouvelables en 2050

Après l'accident nucléaire intervenu à Fukushima au Japon en 2010, l'Allemagne s'est fixé plusieurs objectifs ambitieux en matière de transition énergétique : développement des EnR, diminution de la demande d'énergie et réduction des émissions de GES. En effet, le pays dont les EnR représentent actuellement 16% de l'énergie consommée, veut faire passer ce niveau à 18% en 2020 et 60% en 2050. Ensuite, l'Allemagne veut diminuer sa demande d'énergie pour l'ensemble de ses secteurs d'activité de -20% d'ici 2020 par rapport à 2008, et de -80% en 2050. Enfin, le pays envisage de réduire ses émissions de GES de -40% d'ici 2020 et entre -80% et -95% en 2050. Les allemands nomment ce processus de transition énergétique le Energiewende.

Alors que les évènements intervenus au Japon ont relancé le débat sur les technologies et la sûreté nucléaire dans de nombreux pays européens, l'Allemagne s'est résolument engagée dans un processus d'abandon du nucléaire. En effet, tous ses objectifs se placent dans un contexte d'abandon total et accéléré du nucléaire d'ici 2022, dans un pays qui est historiquement réservé quant à l'utilisation de la technologie nucléaire dans son mix-énergétique. La preuve en est la part relativement réduite et constante du nucléaire dans le mix-énergétique allemand. A titre d'exemple, l'énergie nucléaire représente en France plus de 70% de la production d'électricité, contre seulement près d'un quart en Allemagne.

Problématiques et difficultés autour du développement des Energies renouvelables

Tout d'abord, en l'état actuel des choses, la production nucléaire manquante, liée à l'évolution du mix-énergétique qui s'oriente vers l'abandon de cette technologie, ne pourra pas être compensée d'ici 2022. L'Allemagne devra alors augmenter sensiblement ses importations énergétiques, grevant ainsi sa balance commerciale (voir définition). Ensuite, l'objectif de diminution de la consommation énergétique sera très compliquée à atteindre car cela impliquerait un changement radical du mode de vie des individus, mais aussi du mode de production des entreprises. Enfin, réduire les émissions de GES de façon si importante, impliquerait également le quasi-abandon des énergies fossiles fortement émettrices de CO², et un développement significatif des EnR. Or, pour ce faire, cela signifie d'investir massivement dans ces technologies.

Un équilibre peu probable à moyen terme

Dans ce cadre, l'équilibre entre offre et demande d'énergie paraît très peu probable, au moins à court et moyen terme. Pour atteindre cet équilibre, l'Allemagne devra nécessairement passer par une période de hausse de la production énergétique basée sur les énergies fossiles. Même si cette hausse passe par l'utilisation accrue du gaz qui émet moins de CO² que le charbon et le pétrole, il n'en demeure pas moins que cela ira à l'encontre de l'objectif de diminution des GES. De plus, l'Allemagne n'étant pas producteur de gaz, le pays devra nécessairement se tourner vers le partenaire commercial russe, diminuant ainsi son indépendance énergétique.

Pas beaucoup de vent, peu de soleil, une capacité hydraulique limitée....

L'Allemagne se fixe comme objectif d'atteindre 35% d'EnR dans son mix-énergétique en 2020, et 80% d'ici 2050. Néanmoins cet objectif louable en soi, se trouve confronté à des réalités physiques incontournables. En effet, l'Allemagne ne bénéficie pas de conditions de vents particulièrement favorables, le pays souffre de conditions d'ensoleillement peu favorable, et enfin sa capacité hydraulique est déjà presque saturée. Tous ces éléments font que la capacité de l'Allemagne à se reposer sur les Enr afin de lui fournir l'énergie nécessaire, semble limitée.

Dans ces conditions, et si l'Allemagne persiste dans cette politique, la solution réside nécessairement dans le développement de nouvelles technologies et celui de la Recherche et Développement (R&D). Le but étant d'augmenter la capacité de ressources énergétiques renouvelables naturellement limitées. Un des éléments à développer en priorité est la possibilité de stocker les Enr, et notamment l'énergie éolienne. En effet, contrairement à l'énergie nucléaire ou fossiles qui peuvent être stockées et évoluer selon les besoins, les EnR sont par définition dépendantes des conditions climatiques, et sont la plupart du temps non-stockables. Il convient donc de les utiliser dès leur production. De plus, leur transport pose problème. Il faudra donc développer des réseaux pouvant canaliser ces énergies, et ainsi pouvoir les distribuer dans l'ensemble du pays, et pas seulement à l'endroit de leur production. Notons également que ces éléments expliquent en partie pourquoi l'Allemagne, contrairement à d'autres pays européens, ne désire pas taxer les importations de panneaux solaires chinois à moindre coûts (voir décryptage).

Des conséquences et des coûts économiques importants

L'abandon du nucléaire se chiffre d'ores et déjà à plusieurs centaines de milliards d'euros d'ici 2020. Rien que pour l'année 2011, le surcoût lié aux énergies renouvelables a été de presque 14 milliards d'euros, dont environ 7 milliards d'euros rien que pour le photovoltaïque. Concernant l'éolien, les investissements nécessaire au développement de cette EnR s'élève à environ 400 milliards d'euros d'ici 2020 selon les premières estimations. Le coût pour démanteler le parc nucléaire s'élève, quant à lui, entre 200 et 400 milliards d'euros d'ici 2020. Au final, la transition énergétique Energiwiende pourrait s'élever à plus de 2'000 milliards d'euros, soit un montant colossal, même pour la quatrième économie mondiale.

L'énergie nucléaire présente l'avantage indéniable d'être la moins chère à la production et à l'utilisation. Dès lors, son abandon va nécessairement amener les industriels à avoir recours à des énergies plus couteuses : pétrole, gaz, Enr,... Les coûts de l'électricité vont donc augmenter, et seront répercutés sur les coûts de production. Dans ce cadre, les industriels vont perdre en compétitivité dans un monde où cet aspect est un élément clef de la réussite économique. Même si le gouvernement met en place des systèmes de soutien et de subvention à ces activités pour les rendre plus rentable, il n'en demeure pas moins que ces subventions devront être financées par des impôts, immédiats ou différés. De plus, ces systèmes hypothétiques de subventions seront probablement mal perçus par les partenaires commerciaux de l'Allemagne, laquelle pourra alors subir des mesures de rétorsions pour non-respect de la concurrence.

Finalement, les ménages paieront... trois fois

Au final, ce seront les ménages qui subiront le surcoût lié à l'abandon de l'énergie nucléaire et du développement des EnR. En effet, ils devront payer ce surcoût une première fois avec la hausse des prix de l'électricité, une deuxième fois avec la hausse des prix engendrée par la hausse des coûts de production, une troisième fois avec le financement de cette transition énergétique qui va s'échelonner sur plusieurs années, et une quatrième fois avec des hausses d'impôts en cas de subvention de ces EnR.

Ils devront peut-être même subir un autre coût en terme de d'emplois si d'aventure la baisse de compétitivité de l'industrie allemande devait se traduire par des pertes de part de marché à l'exportation et donc une diminution de l'activité, engendrant une augmentation des licenciements. Bien entendu, les salariés ne sont pas encore dans cette situation mais c'est malgré tout un des effets mécaniques possibles. Il semble d'ailleurs que les ménages allemands commencent à anticiper ces conséquences. Après avoir massivement soutenu cette initiative, sans avoir mesuré les conséquences que cela impliquerait, ils sont maintenant de plus en plus nombreux à s'interroger sur la pertinence d'un tel choix sur le moyen et long terme.

 

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Commentaires
a écrit le 27/04/2014 à 22:58 :
Article tres creux. Les allemands seraient-ils si betes? Non! On retrouve ici les arguments des pro-nucleaires.
a écrit le 27/04/2014 à 14:52 :
A
a écrit le 25/04/2014 à 23:14 :
L'intitulé du premier camembert "Mix énergétique" est faux : c'est le mix *électrique*.

On est encore loin de faire rouler des camions à l'électricité.
a écrit le 25/04/2014 à 13:47 :
abandon du nucléaire en faveur des énergies fossiles; si je comprend bien on va retourner en arriere avec une transition energetique tout aussi différente mais encore plus polluante avec au menu petrole et gaz de schiste ;c'est ça ??? Et l'éclairage a la bougie c'est prévu pour quand ???
Réponse de le 27/04/2014 à 9:34 :
c'est bien cela vous avez bien compris , en plus les allemands leur secteur nucléaire est privé contrairement a la france , qui dit privé dit bénéfices et actionnaires qui vont essayer de redonner a l'état via une plus value les déchets et autres fermetures potentielles sur le dos des clients au préalable , comme en france d'ailleurs et meme de financer les panneaux solaires chinois sur le dos du consommateur (la bonne trouvaille en allemagne ) de plus en plus d'entreprises industrielles allemandes rechignent a payer encore plus cher l'énergie et menacent dans la décennie a venir de delocaliser , faute de salariés ( démographie ) et du cout énergétique croissant et avec la démagogie écologique et la dépendance de l'énergie via les fossiles ( avec le gaz c'est criant ) quand aux gaz de schistes c'est juste une aubaine car les cours du pétrole sont elevés pour un bon moment mais rien ne dit que les stocks soient aussi considérables qu'estimés ..
a écrit le 25/04/2014 à 13:24 :
Je suis effare par la nullite de cet article, voici de quoi contrer dans les largeurs :
- Le kWh allemand est cher, mais pas uniquement du fait des EnR. Le kWh nuke est en Allemagne valorise a 9 c€/kWh sorti usine (contre 5 chez nous), pourquoi ? Simplement parce que EON, EnBW, Vattenfall ne sont assimilees a l'Etat contrairement a nous et qu'elles subissent un control publique sans concession. Du coup le cout d demantelement et de stockage des dechets de meme que l'assurance Rc y sont pris en compte alors que chez EDF en est dispense, aux generations futures de payer. Voila deja une premiere raison pourquoi la tranisition energetqiue n'aura pas le cout annonce : le nuke y est deja a son vrai prix, cad cher.

- Les EnR sont payees une fois (et non pas 4) via un mecanisme identique a notre CSPE. Cette taxe est de l'ordre de 6 c€/kWh contre 1.65 chez nous (2 c€/kWh au 1er janvier 2015). ce qui laisse 20 c€/kWh pour le reste du cout du kWh allemand (26 c€/kWh au total).

- Les EnR ne vont pas couter de plus en plus cher, bien au contraire et ce pour les raisons suivantes :
1/ les incitatifs ont ete instaures en 2002 pour 15 ans (eolien) ou 20 ans (PV), donc dans 3 voire 8 ans, les premiers contrats d'incitation cesseront et donc la CSPE allemande diminuera.
2/ Les installation PV installees pour auto-consommer se multiplient car un particulier economise 26 c€kWh, un industriel autour de 12. Or Un kWh auto-consomme ne coute rien en incitatif. Voire les offres panneaux+batterie de Bosch et autre fabricants.

En conclusion dans 10 ans la promotion des EnR commencera a baisser en Allemagne, le prix de l'electricite y sera devenue stable et sans doute meme legerment decroissant par des gain de competitivites, tandis que nous Francais bouffis de notre suffisance nucleaire, nous serons englues dans le casse-tete du financement du demantelement et creusement de la mine de stockage CIGEO.
C'est alors l'electricite francaise qui ne sera plus competitive

Mais ce jour-la, je parie que Mr Fontan se sera fait oublie.
Réponse de le 25/04/2014 à 13:41 :
Bla-bla-bla. L'analyse est que dans 20 ans, moi, Stéph, Fontan ou Merkel, on sera passés à autre chose et personne n'aura de comptes à rendre comme d'habitude. Pendant ce temps les copains promoteurs de telle ou telle filière énergétique nouvelle s'en seront mis plein les poches et en auront fait profiter les décisionnaires et autres visionnaires politiques actuels. Pour le reste, on verra bien si en Europe fossilisée par le chômage et la pauvreté aura encore besoin d'énergie...
Réponse de le 25/04/2014 à 14:34 :
En deux paragraphes, vous m'avez davantage convaincu que cet article bourré de raccourcis et d'hypothèses bancales...

Pour info, la Biélorussie a estimé le coût de l'accident de Tchernobyl à 235 milliards de dollars. Celui de Fukushima tourne aujourd'hui autour de 100 milliards et l'IRSN estime qu'un tel accident en France coûterait de 120 à 430 milliards d’euros... Cela compte aussi et ce n'est pas après qu'il faudra se dire qu'il aurait mieux fallu investir 300 milliards dans des infrastructures productives que pour colmater des bêtises.
Réponse de le 25/04/2014 à 23:20 :
Et on stocke comment toute cette belle électricité intermittente?

De toute façon, si les écolos font une fixation sur le nucléaire, la production d'électricité n'est PAS un problème : le problème urgentissime à résoudre, c'est 1) ne plus dépendre du pétrole et du gaz et 2) réduire drastiquement et rapidement nos émissions de gaz à effet de serre.
Réponse de le 26/04/2014 à 8:43 :
Les priorités seraient plutôt de ne PAS subir un accident nucléaire grave qui contaminerait l'Europe entière pour plusieurs milliers d'années.
Ca a un coût, mais ça compte aussi. C'est cela que l'on reproche au nucléaire.
C'est la seule énergie avec une puissance destructrice potentielle aussi importante.
Réponse de le 27/04/2014 à 11:21 :
@Vincient : les STEP, ca vous parle ? Si non voire Ggoogle car le nuke non plus ne se stocke pas.
@kaizer : c'est sur que si vous ne lisez pas, vous ne risquez pas d'etre convaincu, il n'est de pire aveugle que celui qui refuse de voire.
@marchastel : blabla c'est facile, en ce qui me concerne je suis deja autonome en elec avec mes 9 kW solaire, qui me permettent meme de rouler avec. Et je regarderai les hausses d'electricite et de petrole que vous subirez avec amusement.
Réponse de le 27/04/2014 à 14:41 :
@vincent: vous semblez maîtriser le sujet des STEP. Y en a-t-il en France? Quel est le coût moyen du MW produit?
Réponse de le 27/04/2014 à 16:45 :
@Steph : Sais-tu ce que signifie "conduite du réseau électrique" ? Tous les écolos oublient cette notion mais bon...
Les batteries, une merveilleuse chose écologique, c'est bien connu !!!
Allez hop, des batteries chez tout le monde...

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